Le 26 juin, le Liban et Israël ont signé un accord-cadre en vue d'une « paix durable ». Les 14 et 15 juillet, un sixième cycle de pourparlers entre les deux pays s'est tenu à Rome. Cela étant, il est encore trop tôt pour affirmer que la guerre est terminée.
Depuis la signature de cet accord-cadre, les frappes israéliennes se sont poursuivies dans le sud du Liban, même si leur intensité a diminué. Par ailleurs, des drones israéliens ont continué à survoler Beyrouth et sa banlieue.
De même, les États-Unis et l'Iran ont signé, le 17 juin, un protocole d'accord visant à mettre fin au conflit déclenché le 28 février. Cependant, depuis le 7 juillet, une nouvelle escalade est en cours, avec des frappes qui touchent également les pays du Golfe et la Jordanie.
Interrogé le 3 juin par des journalistes sur sa définition d'un cessez-le-feu au Moyen-Orient, Donald Trump a déclaré : « C'est une autre région du monde, vous savez. Je dirais que, dans cette région, un cessez-le-feu, c'est quand on tire de manière plus modérée.
Une chose est certaine : les mots « guerre » et « paix », « victoire » et « défaite » ne recouvrent pas toujours les mêmes réalités.
Entre passé et présent
Généralement, pour sceller la fin d'une guerre, il faut qu'un des protagonistes accepte sa défaite, pour l'une de ces deux raisons : « soit parce que ses capacités militaires sont dégradées ou réduites, soit par volonté politique de mettre fin à la guerre », explique Olivier Passot, chercheur associé à l'Institut de recherche stratégique de l'École militaire (IRSEM) et à la Fondation pour la maîtrise des enjeux stratégiques (FMES), ainsi qu'ancien chef de liaison de la FINUL.
Mais cette acceptation dépend aussi de la capacité des belligérants à continuer de « mener des opérations et exercer leur autorité sur leur population », précise-t-il, avant d'illustrer son propos par un exemple historique : « En 1918, les forces armées allemandes ont été battues, mais le territoire allemand n'a pas été envahi. La population allemande a eu le sentiment de ne pas avoir perdu, ce qui a nourri un esprit de revanche et contribué au déclenchement de la Seconde Guerre mondiale. En 1945, en revanche, les Alliés et les Soviétiques ont envahi l'Allemagne et occupé Berlin. L'Allemagne a alors accepté la capitulation ».
Cela dit, une différence fondamentale distingue les guerres d'hier de celles d'aujourd'hui. Autrefois, les affrontements opposaient principalement deux armées, dont l'une finissait par être vaincue. « Très souvent, le gouvernement de cette armée était alors contraint de négocier, faute d'autre solution », explique François Chauvancy, expert en stratégie et en défense, consultant en géopolitique, ancien représentant de la France auprès de l'OTAN et rédacteur en chef de la Revue Défense de l'IHEDN.
Aujourd'hui, en revanche, les conflits ne se limitent plus aux affrontements militaires conventionnels. Ils englobent également les actions terroristes, les guérillas, les guerres économiques et les cyberattaques. Ce qui signifie qu'« une armée battue n'est plus forcément obligée de négocier, puisqu'il existe tout un contexte international qui lui permet de poursuivre la guerre sous d'autres formes », poursuit-il.
Cette évolution a une conséquence majeure : lorsque les cessez-le-feu ne tiennent pas, la seule manière d'imposer des négociations serait, en théorie, « d'écraser l'autre pour qu'il n'ait plus le choix », comme cela pouvait être le cas autrefois. Or, selon François Chauvancy, une telle issue n'est « plus possible dans les guerres modernes ».
L’Iran : le rêve de la fin
« De toute façon, qui pouvait croire que le cessez-le-feu allait durer ? « Il n'y a que des rêveurs qui pouvaient y croire », estime François Chauvancy.
À l'origine de la reprise des bombardements sur le front iranien se trouve, selon Dominique Trinquand, général à la retraite et expert en relations internationales, une incompréhension fondamentale : « Les deux versions de l'accord ne correspondent pas. » D'après lui, cette divergence s'explique notamment par la langue, le farsi comportant des subtilités que les Américains ne maîtrisent pas.
Le moment de la signature du mémorandum « représentait, pour les deux parties, une occasion de sortir de la guerre ; sauf que les termes de l'arrêt des combats n'étaient pas les mêmes », poursuit-il. Il ajoute qu'il ne s'agissait pas d'une véritable volonté de parvenir à un accord, mais plutôt de la nécessité de marquer une pause.
« Donald Trump avait autre chose à faire. Il avait les célébrations du 4 juillet à préparer et avait besoin de temps pour s'occuper de ses propres affaires. Il a donc accepté un cessez-le-feu, même si des escarmouches se poursuivaient », ajoute le général François Chauvancy.
Cette situation a permis à l'Iran « d'enfoncer les États-Unis dans un cul-de-sac dont ils ont du mal à sortir », affirme Dominique Trinquand.
Le 7 mai dernier, le général Olivier Passot avait évoqué trois scénarios possibles : contraindre par la coercition, forcer par l'asphyxie et l'usure, ou encore geler le conflit. Deux mois plus tard, il estime que la troisième hypothèse est désormais la plus probable, « car les deux protagonistes ont besoin de passer à autre chose, mais aucun ne peut réellement céder de manière formelle ». Selon lui, c'est précisément ce qui explique pourquoi, à ce stade, une fin de la guerre demeure inenvisageable.
L'avenir du Liban
Concernant la situation au Liban, les avis des experts interrogés sont plus nuancés. Tous les trois avancent toutefois plusieurs raisons qui expliquent pourquoi le conflit n'est toujours pas terminé.
Dominique Trinquand met d'abord en avant le rôle du Hezbollah : « Le Hezbollah ne cédera pas. Il est toujours sur la même position, il résiste et tient tête ».
Selon lui, mettre fin à la guerre suppose le désarmement du mouvement, un processus qui « va prendre du temps ». Parallèlement, « Israël doit comprendre que ce n'est pas en s'opposant au gouvernement (libanais), mais en l'accompagnant, qu'il atteindra son objectif », poursuit-il.
Pour François Chauvancy, malgré les pourparlers en cours, une issue au conflit demeure lointaine. Il estime qu'ils ne pourront pas « aboutir à quelque chose de durable. Ça pourra peut-être apporter quelques semaines de tranquillité, peut-être quelques mois, mais, au fond, on reviendra à la situation d'avant. Et lorsque le Hezbollah se sera reconstitué, réorganisé, il recommencera ».
De son côté, Olivier Passot porte son regard sur Israël. Selon lui, l'État hébreu cherchera à maintenir une présence prolongée dans le sud du Liban jusqu'à ce que « les Israéliens mettent en place un système leur permettant de gérer à distance un no man's land (zone tampon), grâce à des drones, des capacités d'observation et de frappes à distance, sans doute robotisées, ainsi qu'à des zones minées ».
Que signifie la paix ?
« Quand vous faites la guerre, c'est pour la gagner. Autrement, vous ne faites pas la guerre », affirme François Chauvancy. « La paix, c'est quoi ? Dans ce cadre-là, c'est quand on se met d'accord. C'est-à-dire qu'on accepte de faire des compromis sur certains points ».
Les cessez-le-feu échouent régulièrement parce que les « mémorandums ou les accords visant à ouvrir des négociations n'aboutissent pas », explique Dominique Trinquand. Si ces négociations échouent, c'est que, pour parvenir à un traité de paix, il faut « de la confiance mutuelle et du respect ». Or, en l'absence de cette confiance, « cela signifie une paix sous contrôle, une paix armée. Et à la moindre occasion, les hostilités reprennent », conclut François Chauvancy.
Une question demeure : est-il possible de bâtir une confiance durable tout en continuant à raisonner en termes de vainqueurs et de vaincus des guerres passées ?



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