Ce mardi 21 juillet, le président de la République libanaise, Joseph Aoun, s’entretiendra à Washington avec son homologue américain, Donald Trump. Cette rencontre revêt une dimension hautement symbolique après que le Liban a été livré à l’Axe de la Résistance durant plus de quarante ans, depuis le double attentat du 23 octobre 1983 contre les Marines américains et les parachutistes français.
À l’exception des deux voyages officiels de Michel Sleiman aux États-Unis, en 2008 et 2009, il n’y avait plus eu de rencontres officielles entre les chefs d’État libanais et américains depuis celles d’Amine Gemayel et Ronald Reagan en 1982 et 1983. Plus que cela, au cours des deux dernières décennies, les relations du Liban se sont gravement détériorées avec les pays arabes du Golfe, l’Occident en général, et les États-Unis en particulier.
Les bouleversements régionaux
Cette visite apparaît donc, pour beaucoup, comme l’une des premières manifestations du redressement, certes encore précaire, du pays. L’effondrement économique est toujours là ; des crises financières continuent de menacer ce qui subsiste des revenus des Libanais ainsi que le secteur bancaire ; la milice du Hezbollah conserve ses armes et ses relais au sein de l’administration publique ; enfin, une grande partie de la jeunesse demeure à l’étranger, sans perspective de retour.
Cependant, à l’échelle nationale, le rapport de force est modifié. Alors que l’armée maintient son unité, le Hezbollah a été discrédité, ne pouvant plus justifier le maintien de son arsenal après avoir subi des défaites cuisantes. Il est considérablement affaibli, ayant perdu ses cadres des trois premiers échelons, une bonne partie de ses combattants d’élite ainsi que les villages qui lui servaient de bases avancées et de refuges. En perdant le contrôle des ports et des aéroports, il voit également ses sources de financement illicites se raréfier drastiquement.
À l’échelle régionale, les bouleversements sont encore plus significatifs. La Syrie a échappé à l’influence de la République islamique d’Iran et a fermé les voies d’approvisionnement terrestres des groupes armés au Liban. Le Hamas est réduit à Gaza et l’Iraq vient de déclarer le Hezbollah organisation terroriste. Le Pakistan, qui cherchait encore récemment une voie de soutien à l’Iran, vient de prendre ses distances avec le Corps des gardiens de la révolution islamique. Il a même mobilisé ses troupes, via l’Arabie saoudite, contre leurs Houthis du Yémen. L’Axe de la Résistance semble ainsi s’effondrer de toute part.
Ce Liban qui, en 1955, s’était engagé dans le boycott d’Israël et qui, en 1969, en signant les Accords du Caire, a livré son territoire à des régimes et à des groupes armés souhaitant lancer des attaques contre l’État hébreu ; ce Liban devenu la chasse gardée d’une milice agissant comme proxy de la République des mollahs semble, pour la première fois depuis longtemps, pouvoir espérer une sortie du cauchemar.
La visite du président Joseph Aoun s’inscrit dans le sillage de cette nouvelle conjoncture régionale et internationale et abordera trois dossiers essentiels.
Économique
Sur le plan économique, Washington représente aujourd’hui la principale voie d’accès aux institutions financières internationales, aux bailleurs de fonds occidentaux ainsi qu’aux monarchies du Golfe susceptibles de contribuer au redressement d’une économie libanaise dévastée. Joseph Aoun devra, pour cela, convaincre l’administration américaine que son gouvernement est véritablement engagé sur la voie de la restauration de l’autorité de l’État, du monopole des armes ainsi que des réformes financières et juridiques.
Militaire
Sur le plan militaire, il s’agira de consolider la coopération entre les deux pays. Les États-Unis sont, depuis plusieurs décennies, le principal soutien de l’armée libanaise. Ils lui assurent un appui financier, des équipements militaires et des programmes de formation. Aujourd’hui plus que jamais, Washington souligne la nécessité de renforcer cette armée, qu’il considère comme la principale garantie de la stabilité et de la sécurité du pays. Elle est désormais appelée à combler le vide qui serait laissé par un retrait des troupes israéliennes du Sud-Liban.
Les discussions porteront donc nécessairement sur un plan de retrait progressif des forces israéliennes, accompagné du redéploiement de l’armée libanaise, en coordination avec le centre de commandement américain. Le président libanais devra faire preuve de fermeté dans ce dossier afin d’assurer la crédibilité du Liban officiel. Pour Washington, ce pays représente désormais un élément central du nouvel équilibre régional.
Dans ce contexte, qui semble se concrétiser sous nos yeux, on ne peut s’empêcher de penser aux propos du sénateur Lindsey Graham, qui préconisait un traité d’alliance entre le Liban et les États-Unis, en soulignant que peu de pays pourraient espérer une telle opportunité.
Diplomatique
Enfin, le volet diplomatique placera l’accord-cadre entre le Liban et Israël au cœur des discussions. Il est également probable que soit évoquée la nécessité d’abroger la loi de 1955 relative au boycott d’Israël. Les interprétations les plus extensives de cette loi par les fonctionnaires affiliés au Hezbollah permettent de criminaliser tout contact avec une personne ou une entreprise disposant d’une activité en Israël.
Si cette question est effectivement abordée, il sera également question des irrégularités et des injustices attribuées au tribunal militaire de Beyrouth qui fut utilisé par le Hezbollah pour museler ses opposants.
La paix
Bien qu’aucun traité de paix entre Israël et le Liban ne figure officiellement à l’ordre du jour, des diplomates américains évoquent désormais la possibilité d’une évolution progressive vers une normalisation des relations à moyen terme. Tout en étant conscients, à l’instar de l’équipe du président Aoun, du caractère encore prématuré d’une telle initiative, ils ne doutent pas de son importance pour l’avenir.
Les circonstances nationales et régionales sont aujourd’hui diamétralement opposées à celles de 1983. À cette époque, les États arabes voisins n’étaient nullement ouverts à l’idée d’une paix avec Israël et la Syrie occupait le Liban. Walid Joumblatt et Nabih Berri menèrent, à la demande du président syrien Hafez el-Assad, un soulèvement contre le gouvernement Gemayel. Ils firent échouer l’accord du 17 mai, précipitant le Liban dans l’Axe de la Résistance et faisant de Beyrouth l’une des capitales du terrorisme international. Ce furent les années des prises d’otages et de la désintégration du pays.
La réunion ministérielle conjointe entre le secrétaire d’État américain Marco Rubio et les représentants des pays du Conseil de coopération du Golfe, tenue à Manama, a donné lieu à une déclaration qui consacre la dissociation du dossier israélo-libanais du mémorandum d’entente entre les États-Unis et l’Iran. Ce dernier s’est soldé par un échec, tandis que les négociations entre Israël et le Liban se poursuivent, soulignant la volonté de la communauté internationale de favoriser le rétablissement de la souveraineté libanaise et de l’affranchir de l’Axe de la Résistance.
Dans la conjoncture actuelle, le président Joseph Aoun dispose donc d’une large marge de manœuvre et d’un soutien international significatif. S’il parvient à honorer les engagements pris envers les États-Unis et ceux qu’il a pris devant la communauté internationale comme devant son propre peuple, les Libanais, tout comme leurs voisins, pourront espérer des jours meilleurs et entrevoir les prémices d’une paix profitable à tous.




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