Les autorités libanaises s’apprêtent à transférer 129 détenus syriens vers la Syrie, dans le cadre de l’accord judiciaire signé entre Beyrouth et Damas, le 19 février 2026. Cette deuxième opération intervient un peu plus de trois mois après un premier transfert de 137 condamnés en mars dernier.
On rappelle que les Syriens représentent environ 29% de la population pénitentiaire, soit près de 2.572 détenus, répartis entre condamnés pour délits, pour crimes graves ou encore pour terrorisme. Parmi eux, 1.329 sont incarcérés sans qu’aucun jugement n’ait encore été émis à leur encontre.
Selon une source sécuritaire interrogée par Ici Beyrouth, le dossier relatif au second transfert a été finalisé après la conclusion des procédures légales internes, avant d’être transmis à la présidence du Conseil des ministres pour validation finale. Le ministre de la Justice, Adel Nassar, devrait signer le décret d’exécution dans les prochains jours, ouvrant la voie à une mise en œuvre attendue très prochainement.
Critères de sélection
La liste des détenus concernés a été établie à partir de critères judiciaires précis, comme indiqué de source susmentionnée. Sont principalement visés des condamnés dont les jugements sont définitifs, dont les peines sont clairement établies et dont les dossiers ne font l’objet d’aucune procédure en cours susceptible de bloquer un transfert.
En revanche, sept détenus syriens ont été exclus de cette opération. Selon des informations judiciaires obtenues par Ici Beyrouth, leurs dossiers relèvent de considérations sécuritaires particulières nécessitant un réexamen approfondi. Ils concernent notamment des crimes graves jugés, par les autorités libanaises, en lien avec la sécurité nationale ou aux assassinats de militaires libanais, ce qui impose, selon les mêmes sources, un traitement différé avant toute éventuelle décision de transfert.
«Ces dossiers restent donc en suspens», nous précise-t-on, avant d’ajouter qu’ils «pourraient soit être intégrés à de futures vagues de transferts, soit faire l’objet d’un traitement distinct, en fonction de l’évolution du traitement des affaires».
Coopération Beyrouth–Damas: avancées et interrogations
Depuis la première opération de mars dernier, les autorités judiciaires évoquent une coopération globalement fonctionnelle entre Beyrouth et Damas, reposant sur les mécanismes prévus par l’accord signé entre les deux capitales. Les échanges de dossiers et la coordination administrative ont permis, selon le responsable sécuritaire susmentionné, de faciliter l’identification des détenus éligibles et l’exécution des premières décisions de transfert.
Le processus suit le cours suivant. Les demandes de transfert sont introduites auprès de la justice libanaise. Chaque détenu souhaitant être transféré vers la Syrie devra présenter une requête écrite en ce sens devant le tribunal militaire, après quoi son dossier sera examiné individuellement afin de vérifier sa conformité aux critères fixés par l’accord. La suspension des recours judiciaires en cours constitue également une condition préalable à l’achèvement de la procédure, laquelle nécessite en parallèle une coordination logistique étroite entre les autorités des deux pays. Une fois ces formalités accomplies, les détenus concernés pourront être remis aux autorités syriennes afin d’y purger le reste de leur peine.
Cependant, plusieurs difficultés opérationnelles persistent, notamment liées à la vérification des situations individuelles, à la durée des procédures administratives et à la coordination entre les différentes instances judiciaires et sécuritaires des deux pays.
Sur le plan des garanties, le Liban insiste sur le fait que les transferts s’effectuent dans le cadre de procédures légales formalisées. Néanmoins, la question du suivi des détenus une fois transférés en Syrie demeure épineuse, plusieurs organisations de défense des droits humains exprimant régulièrement des inquiétudes quant aux conditions de détention et au respect des droits fondamentaux après remise aux autorités syriennes.
À ce stade, les mécanismes de suivi post-transfert restent limités et reposent principalement sur les cadres diplomatiques et judiciaires existants entre les deux pays, sans dispositif indépendant clairement établi de monitoring systématique.




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