Les Libanais doivent maintenir le cap

La reddition inconditionnelle d’un adversaire n’est possible que si le vainqueur mène lui-même une guerre sans restriction. De toute évidence, l’opinion publique américaine n’était pas prête à ce scénario dans le conflit avec l’Iran. La fin de cette confrontation impliquait donc nécessairement des compromis.

Le protocole d’accord américano-iranien est aujourd’hui largement survendu par la plupart des observateurs. Ses éléments concrets se limitent à un cessez-le-feu, à un allègement des sanctions contre l’Iran et à la réouverture du détroit d’Ormuz. Tout le reste dépend de négociations menées de bonne foi sur le programme nucléaire iranien.

La réalité, moins avouable, est que les sanctions pétrolières contre l’Iran ne sont plus véritablement appliquées depuis 2021. Si le gain symbolique est réel pour Téhéran, l’impact concret sur l’équation stratégique demeure limité.

Il convient également d’élargir notre perspective analytique et de mesurer à quel point la puissance iranienne s’est érodée depuis octobre 2023.

À cette époque, l’Iran contrôlait largement le rythme des événements au Moyen-Orient et exerçait une influence déterminante à Beyrouth, Bagdad, Sanaa et Gaza. Les États du Golfe ajustaient alors leur politique à l’égard de Téhéran, en l’absence d’une stratégie américaine claire pour contenir la menace iranienne.

Depuis lors, aucun président américain n’a davantage contribué à affaiblir les capacités iraniennes, y compris dans le domaine de l’enrichissement nucléaire, que Donald Trump.

Malgré les concessions et les ambiguïtés du protocole d’accord, l’Iran ne sort pas vainqueur. Sa capacité de projection de puissance à travers le Moyen-Orient a été fortement réduite. Les attaques menées contre les infrastructures énergétiques et civiles du Golfe lui ont aliéné de nombreux ennemis durables, non seulement dans les palais des émirs, mais également parmi les populations. Les récentes salves de missiles et de drones n’ont été qu’une pâle démonstration de ce dont la République islamique était capable il y a encore un an. Aujourd’hui, ce sont ses alliés régionaux qui ont besoin du soutien iranien pour éviter l’effondrement, et non l’inverse.

Les soixante prochains jours de négociations détermineront si cette dynamique positive peut se poursuivre. D’ici là, l’Iran ne pourra pas reprendre ses activités d’enrichissement. Quoi qu’il en soit, les différends qui opposent Washington à Téhéran demeureront et nécessiteront une gestion de long terme. Les États-Unis ne retireront pas leur présence militaire du Golfe ni ne réorienteront leurs priorités stratégiques vers la Chine tant que la menace iranienne ne sera pas neutralisée, ce qui prendra encore plusieurs années.

Les États du Golfe répareront leurs infrastructures et développeront davantage d’alternatives au détroit d’Ormuz pour le transport de l’énergie et des marchandises. Cela pourrait notamment passer par la réhabilitation de pipelines abandonnés depuis longtemps afin d’acheminer le pétrole vers la Méditerranée via le Liban.

Par ailleurs, l’idée selon laquelle les États-Unis et l’Iran pourraient régler leurs différends sur la question nucléaire d’ici la fin de l’année mérite d’être examinée avec prudence. L’équipe Trump risque une nouvelle fois de se heurter à ce qu’elle considère comme une rhétorique triomphaliste iranienne et à un style de négociation jugé peu fiable. Des considérations politiques et économiques pourraient conduire à une prolongation du protocole d’accord au-delà des soixante premiers jours, mais les désaccords persistants entre Washington et Téhéran sur l’interprétation même du texte, sans parler des objectifs des négociations de fond, risquent d’étouffer toute bonne volonté et tout progrès réel.

C’est précisément pour ces raisons et tant d’autres que les Libanais œuvrant à la restauration de la souveraineté de leur pays par des moyens pacifiques ne doivent ni se décourager ni renoncer.

Certes, le protocole d’accord américano-iranien et le cessez-le-feu entre Israël et le Liban présentent des divergences importantes qui devront être conciliées, notamment l’absence de toute référence au désarmement du Hezbollah dans le document américano-iranien. De même, après les avancées réalisées pour rétablir une part du contrôle souverain des autorités légitimes libanaises, les États-Unis ne devraient pas permettre à l’Iran de reprendre la main sur la stratégie de négociation du Liban.

Ce protocole révèle clairement la volonté de Téhéran de restaurer sa domination sur le Liban. Cette réalité doit être mise en lumière et utilisée pour contrer les ambitions iraniennes. Elle rappelle également qu’en l’absence d’un arrangement pacifique entre le Liban et Israël, la souveraineté libanaise demeure vulnérable aux manipulations, voire aux prédations, de l’Iran.

Il existe bien entendu des liens objectifs entre l’évolution de la situation libanaise et l’issue du rapport de force entre Washington et Téhéran après cette nouvelle phase. Toutefois, les deux processus de négociation doivent rester distincts. Les États-Unis devraient éviter toute initiative susceptible d’affaiblir la capacité décisionnelle souveraine du Liban ou de sacrifier les intérêts libanais dans la poursuite d’une paix incertaine avec l’Iran.

J’ai consacré un ouvrage entier à cette tendance récurrente de la diplomatie américaine à l’égard du Liban. Il est temps d’en tirer les leçons.

Il n’est pas trop tard pour procéder aux ajustements nécessaires. Un dialogue de haut niveau entre les dirigeants libanais et américains pourrait permettre d’exposer clairement la situation délicate du Liban. Le comportement probable de l’Iran lors de la prochaine phase de négociations mettra en évidence les limites de la diplomatie et du compromis avec Téhéran.

In fine, toute stratégie diplomatique à l’égard de l’Iran ne peut réussir que si elle s’accompagne d’une pression militaire constante et d’une approche résolue. Cette stratégie devrait inclure un soutien ferme aux alliés régionaux qui prennent des risques pour coopérer à l’endiguement des capacités iraniennes de déstabilisation, notamment à travers le désarmement du Hezbollah.

 

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