De Kfar Tebnite à Ali Taher: la bataille des hauteurs de Nabatiyé
©IciBeyrouth

Une colline qui est bien plus qu’un simple relief. Depuis des décennies, les hauteurs d’Ali Taher comptent parmi les positions les plus stratégiques et les plus convoitées du Liban-Sud. Dominant la région de Nabatiyé ainsi qu’une large partie de Jabal Amel, ce promontoire offre un avantage militaire considérable à quiconque en contrôle les sommets.

C’est précisément ce qui explique l’intensification des combats observée ces derniers jours autour de Kfar Tebnite, aux portes de cette position dominante. En effet, et au-delà de la bataille pour une localité, l’enjeu réside dans la maîtrise d’un observatoire naturel permettant de surveiller les mouvements sur une vaste étendue du territoire.

Selon un responsable militaire interrogé par Ici Beyrouth, la progression israélienne dans le secteur reste partielle et irrégulière. «Les forces engagées sont parvenues à atteindre Kfar Tebnite et tentent d’y consolider leur présence dans le cadre d’avancées progressives», indique-t-il. Il rappelle, à cet égard, que les précédentes tentatives d’approche directe d’Ali Taher n’avaient pas abouti, que ce soit par l’ouest ou par le sud, les unités ayant été contraintes de se replier ou de maintenir leurs positions en retrait. Seule une progression limitée depuis l’est a aujourd’hui permis d’atteindre les abords de Kfar Tebnite, sans atteindre la hauteur stratégique elle-même.

Ali Taher, la clé des hauteurs

Perché à environ 600 mètres d'altitude, le site d'Ali Taher domine un vaste espace sud-libanais. «Depuis ses hauteurs, les principaux axes reliant les villages du Sud à l’intérieur du pays deviennent directement observables, notamment en direction de Nabatiyé à l’ouest et au nord, de Jezzine, ainsi que de la chaîne orientale du Liban-Sud», décrit notre source militaire.

Dans une région marquée par un relief particulièrement accidenté, la maîtrise des hauteurs a toujours constitué un avantage militaire décisif. Bien avant l’ère des drones et des systèmes de surveillance satellitaires, les armées cherchaient déjà à contrôler les crêtes afin de dominer les vallées et sécuriser les axes de circulation.

Aujourd’hui encore, cette logique demeure. «Le relief permet non seulement une observation directe, mais aussi un appui opérationnel aux forces au sol», souligne-t-on de même source. Une position comme Ali Taher offrirait ainsi, selon le responsable militaire, la possibilité de suivre les mouvements sur l’ensemble du secteur et de soutenir d’éventuels déploiements blindés dans la zone de Nabatiyé, tout en renforçant la capacité d’action sur les axes environnants. Même à l’ère des drones, insiste-t-il, les hauteurs conservent une valeur stratégique fondamentale en raison de la maîtrise physique du terrain qu’elles permettent.

Au-delà de sa position dominante, Ali Taher est également considéré comme un espace à forte densité militaire. D’après notre interlocuteur, la zone abriterait actuellement un vaste réseau de tunnels ainsi que l’un des principaux dépôts d’armes du Hezbollah dans le secteur de Nabatiyé, constituant, depuis des années, des zones de déploiement et de dissimulation. 

Retour sur un terrain déjà occupé

L’histoire confère à cette séquence une dimension supplémentaire. Entre 1982 et 2000, durant l’occupation israélienne du Liban-Sud, les hauteurs d’Ali Taher faisaient partie de la «zone de sécurité» et étaient intégrées au dispositif de contrôle israélien. Elles servaient alors de poste d’observation avancé, destiné à surveiller les mouvements dans la région et à protéger les axes reliant les positions militaires israéliennes dans la bande occupée.

La logique stratégique de l’époque reposait déjà sur le contrôle des hauteurs pour compenser l’exposition des forces déployées dans les vallées et les localités environnantes. Si le retrait israélien de mai 2000 a mis fin à cette présence, la valeur stratégique du site n’a jamais disparu. Au contraire, Ali Taher est resté au fil des années un point régulièrement cité dans les évaluations militaires israéliennes et dans les analyses relatives aux infrastructures du Hezbollah au Liban-Sud.

Vingt-six ans plus tard, le retour des combats dans cette zone illustre la continuité de certaines constantes géographiques du conflit. Les mêmes reliefs continuent de structurer les calculs militaires des deux camps, indépendamment des évolutions politiques ou technologiques.

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