Depuis plusieurs jours, l’attention internationale se concentre sur la possibilité d’un accord entre les États-Unis et l’Iran susceptible de redessiner les équilibres régionaux et internationaux. Selon plusieurs hypothèses circulant dans les milieux diplomatiques, cet accord pourrait inclure un cessez-le-feu aux implications étendues sur une période d’environ soixante jours, la réouverture sécurisée du détroit d’Ormuz, des arrangements sécuritaires régionaux pouvant concerner le Liban, ainsi qu’une reprise de négociations approfondies autour du programme iranien d’enrichissement de l’uranium.
Le spectre d’un retour au JCPOA
Certains redoutent un retour à une approche comparable à celle du Joint Comprehensive Plan of Action (JCPOA), l’accord sur le nucléaire iranien conclu en juillet 2015 sous la présidence de Barack Obama.
Cet accord associait l’Iran aux cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies — États-Unis, France, Royaume-Uni, Chine et Russie — avec la participation de l’Allemagne et de l’Union européenne. Son objectif était de limiter les capacités iraniennes d’enrichissement de l’uranium et d’imposer un régime renforcé d’inspections internationales en échange d’une levée progressive des sanctions économiques.
Mais cet équilibre est rapidement apparu fragile. En 2018, lors de son premier mandat, Donald Trump a retiré les États-Unis de l’accord, estimant qu’il ne répondait ni aux intérêts américains ni aux impératifs de sécurité régionale. Cette décision traduisait une critique devenue centrale : l’accord encadrait le dossier nucléaire sans traiter d’autres dimensions jugées essentielles de la puissance iranienne.
Un accord confronté aux mêmes écueils
Aujourd’hui, même une faible probabilité de revenir à une formule similaire ravive certaines inquiétudes pour des raisons multiples.
Les partisans d’un nouvel accord similaire estiment qu’il pourrait réduire le risque d’escalade militaire, empêcher une accélération du programme nucléaire iranien, rétablir les mécanismes internationaux de contrôle et contribuer à débloquer la crise provoquée par la fermeture du détroit d’Ormuz.
Ses critiques soulignent au contraire que l’accord précédent n’avait ni intégré la question du programme balistique iranien ni réellement abordé celle de la projection régionale de Téhéran.
En effet, une levée des sanctions sans redéfinition plus large du cadre sécuritaire régional risquerait de fournir au régime iranien des ressources économiques supplémentaires, tout en lui permettant de sortir progressivement de son isolement diplomatique et de recourir à nouveau aux moyens subversifs qu’il mobilise pour étendre son influence régionale.
Pour plusieurs États de la région, la question n’est donc pas uniquement nucléaire ; elle concerne également les équilibres politiques et sécuritaires du Moyen-Orient.
Le véritable levier: le détroit d’Ormuz
Au-delà du dossier nucléaire, la crise récente a remis au premier plan un autre instrument de puissance : le détroit d’Ormuz.
Ce passage maritime constitue l’un des points les plus sensibles de l’économie mondiale. Une part considérable des exportations énergétiques du Golfe y transite quotidiennement. Toute menace pesant sur sa stabilité entraîne immédiatement des répercussions sur le commerce international, les marchés énergétiques ainsi que sur les prix mondiaux du pétrole et du gaz.
Cette réalité met en évidence une vulnérabilité structurelle : la dépendance persistante des économies mondiales à un nombre limité de points de passage stratégiques contrôlés par des États comme l’Iran, dont la nature autoritaire et les menaces récurrentes envers ses voisins — des pays du Golfe au Levant, jusqu’à l’Occident plus largement — alimentent les inquiétudes quant à la sécurité des échanges internationaux.
Elle rappelle également l’urgence d’accélérer le développement d’alternatives énergétiques et logistiques.
Vers une nouvelle architecture régionale?
Parmi les solutions régulièrement évoquées figurent le développement de corridors terrestres, le renforcement des infrastructures ferroviaires régionales ainsi que la multiplication de pipelines traversant la péninsule Arabique afin de rejoindre directement la Méditerranée puis les marchés internationaux.
Mais cette réflexion dépasse largement le seul enjeu énergétique.
Elle soulève surtout la question plus large de la normalisation régionale face à une politique iranienne fondée sur la confrontation, la projection d’influence et l’instabilité.
Dans cette perspective, la construction d’un espace régional davantage intégré sur les plans économique et stratégique apparaît, comme une alternative aux logiques de blocage et de fragmentation.
La relance de la dynamique des Accords d’Abraham, aujourd’hui fortement refroidie notamment à la suite de la guerre de Gaza, pourrait retrouver une importance stratégique majeure en favorisant une intégration économique renforcée, une coopération régionale plus approfondie et l’émergence d’un nouvel équilibre reposant davantage sur l’interdépendance que sur la confrontation.
La question de fond : paix régionale ou restauration d’un rapport de force?
L’enjeu central dépasse finalement la conclusion d’un simple accord technique sur le nucléaire.
L’avenir dira si l’accord actuellement envisagé constitue une simple désescalade tactique ou le point de départ d’une transformation plus profonde du Moyen-Orient.
Une chose paraît néanmoins certaine : au-delà du nucléaire, ce sont désormais les routes de l’énergie, les équilibres géopolitiques et les architectures de sécurité régionales qui déterminent la stabilité de demain.
Le Liban face à ses propres choix stratégiques
D’autre part les espoirs du Hezbollah et de ses alliés de voir les évolutions régionales jouer en leur faveur au au Liban ne risqueront en aucun cas de remettre en cause la décision du président Joseph Aoun et du gouvernement de Nawaf Salam d’engager des négociations directes avec Israël sous les auspices des États-Unis, ni leur volonté affichée de poursuivre le désarmement du Hezbollah et d’imposer le monopole de la force armée par l’État libanais. Ce processus bénéficie d’un soutien constant de l’administration américaine ainsi que de l’ambassadeur des États-Unis au Liban, Michel Issa, acteur clé de cette dynamique.
Cette orientation a été réaffirmée par le président Aoun lors de son entretien avec la journaliste Christiane Amanpour sur CNN, au cours duquel il a renouvelé sa détermination à poursuivre dans cette voie, en soulignant que le Liban négociait désormais son propre destin.
Cette dynamique s’est également traduite par la réunion tenue depuis quelques jours sous sa présidence, en présence du commandant en chef de l’armée, le général Rodolphe Haykal, ainsi que de l’ambassadeur Simon Karam, avec la délégation militaire chargée des négociations menées sous médiation américaine avec leurs homologues israéliens afin de discuter notamment de l’entrée en vigueur des zones pilotes.
Tout affaiblissement de la position de l’État libanais ne fera que renforcer la logique des milices, consolider l’emprise du Hezbollah sur le Liban et prolonger, au-delà de ses frontières, les dynamiques de déstabilisation que l’Iran projette dans la région. Un tel scénario, en aucun cas, ne saurait être considéré comme envisageable.




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