La Coupe du monde qui s'ouvre cette semaine en Amérique du Nord est, par la seule arithmétique de sa taille, un défi de sécurité inédit. 48 équipes joueront 104 matchs dans 16 villes hôtes sur 39 jours, les États-Unis accueillant 78 rencontres, le Canada et le Mexique, 13 chacun.
Le tournoi constitue une cible attrayante pour quiconque cherche à se faire entendre à l'échelle planétaire. Pour autant, selon le Center for Strategic and International Studies (CSIS), think tank américain spécialisé en sécurité internationale, les contre-mesures déployées pour le protéger sont à la mesure de l'enjeu.
Un spectre de menaces diffus
En 2026, selon le CSIS, aucune organisation étrangère ne présente le type de danger unique et dominant qu'al-Qaïda représentait après le 11 septembre, ou que l'État islamique incarnait au sommet de ses opérations extérieures dans les années 2010. Cela ne signifie pas pour autant que la menace a disparu.
Le CSIS identifie plusieurs catégories d'acteurs préoccupants: les groupes djihadistes en quête de publicité et de victimes, les États hostiles cherchant à perturber l'événement ou à se venger, les militants liés à des conflits étrangers souhaitant internationaliser leurs griefs, et les organisations criminelles, notamment les cartels mexicains nouvellement désignés comme organisations terroristes étrangères par Washington.
L'Iran illustre concrètement ce dernier point. Selon le CSIS, le pays pourrait chercher à se venger des frappes américaines et israéliennes ayant éliminé plus de 250 dirigeants iraniens. En mai, le ministère américain de la Justice a annoncé l'arrestation d'un haut responsable des Kataeb Hezbollah qui planifiait des attaques contre des synagogues et des centres juifs en Arizona, à Los Angeles et à New York.
La Russie, de son côté, a orchestré des opérations de sabotage et d'incendie à travers l'Europe ces dernières années, note le CSIS, et un événement sur sol américain lui offrirait des opportunités similaires.
Sur le terrain intérieur américain, le CSIS souligne que la menace dominante reste celle de l'acteur solitaire, radicalisé en ligne, agissant sans direction organisationnelle et utilisant des armes facilement accessibles contre des cibles non protégées. Les motivations sont variées: la violence djihadiste a culminé dans les années 2010 avant de refluer, tandis que la violence suprémaciste blanche reste une constante depuis des décennies, et l'extrémisme antigouvernemental a connu une forte progression récente.
Les cibles les plus exposées
La menace la plus probable, toujours selon le CSIS, est celle d'un acteur solitaire ou d'une petite cellule utilisant des armes à feu, des véhicules ou des engins explosifs improvisés contre des cibles non protégées. La finale au MetLife Stadium du New Jersey a été désignée événement de sécurité nationale spéciale – le niveau fédéral le plus élevé – déclenchant une opération centralisée sous la direction du Secret Service, avec périmètres renforcés, détecteurs de métaux, restrictions aériennes et systèmes anti-drones. Les 77 autres matchs américains bénéficient de désignations de sécurité requérant une coordination étendue entre agences fédérales, étatiques et locales.
Ce qui entoure les stades est en revanche plus vulnérable. Les files d'attente aux points d'entrée, les fan zones, les couloirs de transport et les quartiers de bars présentent chacun un type différent d'opportunité pour un attaquant déterminé, relève le CSIS. Certaines villes hôtes ont d'ailleurs annulé leurs fan zones extérieures, notamment San Francisco et le New Jersey, en partie pour des raisons de coûts sécuritaires.
Les drones représentent une dimension particulièrement complexe. Selon Reuters, un appareil bon marché capable d'atteindre 65 à 70 km/h peut parcourir trois kilomètres en moins de trois minutes, avant même que quiconque ait eu le temps de réagir. Ces engins peuvent contourner les mesures de sécurité traditionnelles – barrières physiques, détecteurs de métaux, périmètres élargis. L'administration Trump aurait dépensé 250 millions de dollars depuis décembre pour aider les villes hôtes à faire face à cette menace, toujours selon Reuters.
Des contre-mesures à la hauteur
Face à ces risques, le dispositif mis en place est substantiel. Le gouvernement américain a accordé 846 millions de dollars de subventions à neuf États hôtes pour renforcer la cybersécurité, la préparation aux urgences et la protection contre les drones, selon le Council on Foreign Relations.
Andrew Giuliani, directeur exécutif de la Task Force de la Maison-Blanche sur la Coupe du monde, a déclaré au Washington Post que ces fonds serviront notamment à rembourser les forces de l'ordre pour les mesures de sécurité supplémentaires.
Le CSIS souligne que la FIFA a mis en place une structure de planification trilatérale dédiée, avec un centre international de coopération policière consolidant les renseignements des pays participants et les acheminant vers le FBI et le ministère américain de la Sécurité intérieure. Le Centre national de contre-terrorisme américain a publié conjointement en avril avec ces deux agences des documents de guidance sur la sécurité des fan zones, des infrastructures ferroviaires et des personnalités de haut rang.
L'exemple des Jeux olympiques de Paris en 2024 est encourageant, relève le CSIS: les autorités françaises ont déjoué trois complots terroristes majeurs, conduit plus de 900 perquisitions administratives, placé plus de 700 individus sous surveillance renforcée et intercepté 90 drones non autorisés, et les jeux se sont conclus sans incident majeur.
Un événement qui reste une fête
Des obstacles ont néanmoins compliqué la préparation. L'arrêt du financement du ministère américain de la Sécurité intérieure pendant 76 jours au printemps 2026 a retardé les subventions aux villes hôtes, tandis que l'agence fédérale chargée de la protection des infrastructures critiques a perdu environ un tiers de ses effectifs, note le CSIS.
Des briefings de sécurité obtenus par Reuters ont par ailleurs averti que le risque d'attaques extrémistes avait augmenté en raison des tensions liées à la politique d'immigration de l'administration Trump et à la guerre en Iran.
Les menaces qui pèsent sur le tournoi sont réelles et diffuses. Mais si tout se passe comme prévu, l'histoire de l'été 2026 sera celle du vainqueur qui soulèvera le trophée lors du match final.




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