Plus d’un million de pèlerins musulmans du monde entier ont déjà commencé à converger vers La Mecque pour le grand pèlerinage annuel musulman, sur fond de craintes d’un effondrement du fragile cessez-le-feu entre l’Iran et les États-Unis et d’une reprise de la guerre dans la région.
Comme chaque année, des fidèles de tous les pays, dont l’Iran et les monarchies du Golfe, se réuniront la semaine prochaine pour le hajj.
En toile de fond, la crainte d’un embrasement régional, avec la potentielle reprise de la guerre au Moyen-Orient, qui a vu la République islamique lancer des attaques contre ses voisins du Golfe, alliés de Washington, pendant la guerre déclenchée par une attaque israélo-américaine contre l’Iran le 28 février.
«Brandir des drapeaux politiques ou confessionnels ainsi que toute forme de slogans scandés est interdit pendant le hajj», a rappelé un média d’État saoudien mardi.
Riyad tient à maintenir la politique à l’écart du pèlerinage, d’autant plus que la fragilité de la trêve conclue début avril ainsi qu’une frappe récente contre une installation nucléaire des Émirats arabes unis maintiennent la région sous tension.
Mais pour Fatima, Allemande de 36 ans en voyage avec sa famille, «il n’y a pas eu la moindre hésitation».
«Nous savons que nous sommes dans l’endroit le plus sûr du monde», assure-t-elle à l’AFP.
Le hajj, qui consiste en une série de rites codifiés se déroulant sur plusieurs jours à La Mecque et dans ses environs, est l’un des cinq piliers de l’islam.
Il doit être entrepris par tout musulman au moins une fois dans sa vie s’il en a les moyens.
Selon les autorités, plus de 1,2 million de pèlerins ont déjà rejoint l’Arabie saoudite pour le pèlerinage qui débutera lundi. L’an dernier, 1,6 million de personnes avaient pris part au pèlerinage, selon des chiffres officiels.
Canaux ouverts
Le hajj a longtemps constitué un point de tension entre l’Iran, à majorité chiite, et l’Arabie saoudite, à majorité sunnite.
Dans les années qui ont suivi la révolution islamique en Iran, les autorités saoudiennes ont accusé les pèlerins iraniens d’avoir provoqué des bousculades meurtrières et d’autres actes de violence, tout en scandant régulièrement des slogans politiques, un acte considéré comme tabou par l’establishment religieux à La Mecque.
Le dernier grand différend a éclaté en 2015, lorsque l’Arabie saoudite et l’Iran se sont une nouvelle fois renvoyé la responsabilité après que 464 Iraniens ont compté parmi les 2.300 fidèles tués dans une bousculade, l’une des tragédies les plus meurtrières de l’histoire du hajj.
Aucun pèlerin iranien n’avait été autorisé à participer en 2016.
Cette année-là, les deux poids lourds du Moyen-Orient avaient rompu leurs relations diplomatiques avant de les rétablir en mars 2023 grâce à un rapprochement négocié sous l’égide de la Chine.
Les experts estiment que les autorités feront tout leur possible pour empêcher que des troubles ne viennent perturber le pèlerinage de cette année.
«L’Arabie saoudite et l’Iran ont maintenu leurs canaux d’engagement politique ouverts» malgré la guerre, explique Umer Karim, spécialiste de la politique étrangère saoudienne.
Rêve d’une vie
Mais le rapprochement entre Riyad et Téhéran a été mis à rude épreuve par les frappes iraniennes sur les installations énergétiques et les infrastructures civiles saoudiennes, couplées au blocage par l’Iran de la majeure partie du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz, vital pour les exportations énergétiques des pays du Golfe.
Malgré tout, les pèlerins iraniens ont commencé à arriver dans le royaume fin avril et des dizaines de milliers d’entre eux devraient participer au hajj.
Comme les autres fidèles, ils seront exposés au soleil implacable de la péninsule arabique, avec des températures qui devraient dépasser les 40°C.
Depuis des années, les autorités saoudiennes tentent d’atténuer les effets des chaleurs extrêmes, notamment en climatisant les bâtiments et en agrandissant les zones ombragées.
En 2024, plus de 1.300 pèlerins, dont 22 Iraniens, avaient péri lors du hajj, alors que les températures avaient frôlé les 52°C, selon les autorités.
Cette année, le ministère saoudien de la Santé a indiqué que plus de 50.000 soignants, ainsi que 3.000 ambulances, étaient mobilisés pour venir en aide aux pèlerins.
Malgré la chaleur et la guerre, les fidèles se disent submergés par l’émotion à l’idée de se trouver près de la Kaaba, ce cube noir géant vers lequel les musulmans du monde entier se tournent pour prier.
«Le hajj, c’est le rêve de toute une vie», explique à l’AFP Ahmed Abo Seta, 47 ans.
Par Haitham EL-TABEI / AFP



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