Il y a quelques semaines, lors d’un rassemblement de partisans du Hezbollah devant l’ambassade d’Iran, un prétendu journaliste et analyste s’est livré à une prestation pour le moins théâtrale devant la foule, en entonnant une formule que l’on pourrait qualifier de flatterie et d’allégeance : « L’Iran aime le Liban ».
Depuis, ce leitmotiv est devenu une sorte de plaisanterie que l’on ressort chaque fois qu’une nouvelle déclaration iranienne tente de présenter Téhéran comme le sauveur du Liban face à la guerre, à l’oppression ou à l’occupation.
Le problème, toutefois, est plus profond. Plus d’un siècle après la création du Grand Liban, une partie de la société libanaise demeure prisonnière d’un réflexe politique consistant à rechercher un protecteur extérieur et une tutelle étrangère.
L’allégeance à l’Iran observée par les partisans du Hezbollah n’est, au fond, qu’une autre manifestation de cette quête de protection.
Ce qui est regrettable, c’est que la communauté chiite, monopolisée par le Hezbollah, semble toujours enfermée dans cette logique, alors que d’autres communautés s’en sont, à différentes étapes de leur histoire, affranchies ou ont, du moins, tenté de le faire.
Si l’on revient à la période de la fondation de l’État libanais, les inquiétudes des musulmans les poussaient alors à privilégier l’unité arabe, par crainte de la nouvelle réalité politique instaurée par le Grand Liban, sachant qu’elle accordait aux chrétiens une position prépondérante tant sur le plan du pouvoir que sur le plan démographique.
De leur côté, les chrétiens ne se sentaient pas pour autant pleinement protégés et continuaient à rechercher le soutien de la France comme garantie de sécurité.
Cette logique n’a commencé à s’estomper qu’avec la conclusion du Pacte national entre Béchara el-Khoury et Riyad el-Solh, porteurs des aspirations de leurs communautés respectives.
En revanche, la communauté chiite, placée depuis 1982 dans l’orbite de la République islamique d’Iran, n’est pas encore parvenue à sortir de cette logique. Plusieurs facteurs expliquent cela : le sentiment d’être assiégée dans son environnement régional, l’effondrement de ses alliés, notamment en Syrie, ou encore la conviction qu’elle a, malheureusement, besoin d’un protecteur extérieur.
Pourtant, l’histoire offre des enseignements clairs. La France n’aimait pas le Liban sous le mandat ; elle cherchait avant tout à préserver son influence au Levant.
La Syrie non plus n’aimait pas le Liban : sa présence sur le territoire libanais traduisait son refus de reconnaître pleinement son indépendance et le fait qu’elle le considère comme une province relevant de sa sphère.
Idem pour l’Iran qui n’aime pas le Liban. En fait, Téhéran considère le Liban comme la ligne de front avancée de son affrontement régional, un levier lui permettant de relever le niveau de ses exigences ou le prix d’éventuelles concessions sur son programme nucléaire, notamment en échange de garanties liées à la sécurité du nord d’Israël.
L’Iran aime avant tout l’Iran. Il est prêt à garantir la sécurité du nord d’Israël dès lors qu’il obtient des gains économiques et politiques, tout en envoyant les jeunes du Hezbollah au front, nourrissant chez eux la conviction qu’ils défendent leur terre et marchent vers la libération de Jérusalem.



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