Liban-Hezbollah: La Syrie, le retour? 
©Ici Beyrouth

Une petite phrase presque noyée dans le flux des catastrophes de l’actualité. Dans une interview à NBC diffusée dimanche, Donald Trump a déclaré : «La Syrie fait un très bon travail pour se remettre sur les rails. Elle a un très bon dirigeant. Et il serait ravi d’apporter son aide au Liban. Voilà, voilà. Comprendre, entrer dans la Bekaa et désarmer le Hezbollah.

Car la milice illégale, depuis l’automne 2024, n’est plus ce qu’elle était. Certes, elle est affaiblie, ses tunnels, en grande partie détruits, et ses commandants éliminés les uns après les autres.
Mais elle persiste dans son œuvre de déstabilisation. Elle a replié une grande partie de ses troupes et enfoui ce qui reste de son arsenal, dans la Bekaa que les Israéliens bombardent quotidiennement. 

Mais cette fois, le temps n’est peut-être plus de son côté. Et pas seulement au Liban. En Syrie aussi, la trace du Hezbollah refait surface. Pas une semaine ne passe sans que les autorités de Damas ne découvrent des tunnels ou des dépôts d’armes appartenant à la milice pro-iranienne, planqués sur le territoire syrien depuis des années. Le Hezbollah a colonisé deux pays à la fois. Il laisse ses empreintes partout où il est passé.

Si la logique Trump se concrétise, le tableau est celui-ci : les Israéliens au sud, les Syriens à l’est, dans la Bekaa. Ça vous rappelle quelque chose?  Une tenaille. Une pression des deux côtés d’un Liban qui n’aurait, là encore, rien décidé.

Nous serions revenus en 1978. Israël lançait alors «l’opération Litani ». Deux ans auparavant, Assad père, qui n’avait jamais digéré l’existence de son petit voisin, avait envoyé son armée occuper le pays. Le Liban découvrait alors qu’il était devenu le terrain sur lequel les puissances régionales venaient régler leurs comptes. Quarante-huit ans plus tard, la géographie n’a pas changé. L’Histoire non plus. Et le problème est le même : une organisation armée, l’OLP naguère, le Hezbollah aujourd’hui, a confisqué à l’État le monopole de la décision stratégique.

Sauf qu’Ahmed el-Chareh traine les pieds. Il n’est pas lui-même à l’abri des turbulences. En 2026, des affrontements à Alep entre les forces gouvernementales et les milices kurdes l’ont contraint à des concessions politiques douloureuses. La question kurde n’est pas réglée. La colère druze couve dans le Sud et les Alaouites digèrent difficilement leur effacement soudain du pouvoir. Un homme fragilisé chez lui qu’on enverrait stabiliser le chaos chez le voisin.

Voilà ce que le Hezbollah aura coûté au Liban. Pas seulement des milliers de morts, des destructions et une économie en ruines. Il lui aura coûté sa souveraineté. Sa capacité à décider de son destin. Parce qu’une milice aux ordres de Téhéran a décidé, pendant quarante ans, que le Liban était une pièce sur l’échiquier iranien. Une rampe de lancement, un fusible.

La milice illégale aura sacrifié la jeunesse libanaise, ses villages et son avenir, pour les beaux yeux des ayatollahs. Des hommes qui vivent terrés dans des caves, à Téhéran, qui ne mettront jamais les pieds dans la Bekaa, et qui ne verseront pas une larme sur les ruines du Sud.

Le plus inquiétant est peut-être ailleurs. Dans le fait qu’aujourd’hui encore, lorsqu’il est question de l’avenir du Liban, ce sont les Israéliens, les Syriens, les Iraniens ou les Américains qui occupent le centre de la conversation. Comme si l’idée même que les Libanais puissent décider seuls de leur destin était devenue secondaire. Voilà le véritable coût de quarante années de milice. Avoir progressivement habitué le monde, et parfois les Libanais eux-mêmes, à considérer leur pays non comme un acteur, mais comme un territoire sur lequel les autres projettent leurs intérêts, leurs peurs et leurs guerres.

Étienne de la Boétie disait: «Soyez résolus à ne plus servir, et vous voilà libres». La tragédie du Liban n’est pas seulement d’avoir été envahi et instrumentalisé. C’est d’avoir fini par croire que cela était normal.

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