Vers une reprise des vols américains vers Beyrouth après 41 ans d’absence?
©Ici Beyrouth

Dans une démarche historique, en marge de la rencontre à la Maison-Blanche entre le président américain Donald Trump et le président libanais Joseph Aoun, Trump a exprimé son enthousiasme à encourager les entreprises américaines à investir au Liban dans plusieurs secteurs, annonçant avoir donné des directives à son administration afin d’autoriser les compagnies aériennes américaines à assurer des vols directs vers le Liban.

Cette décision pourrait marquer la fin de l’une des plus longues restrictions imposées aux liaisons aériennes civiles entre les deux pays, après plus de quatre décennies d’interruption des vols directs des compagnies aériennes américaines vers Beyrouth.

L’histoire remonte à 1985

La suspension des vols des compagnies aériennes américaines vers Beyrouth fait suite à l’une des opérations de détournement d’avion les plus marquantes de l’histoire.

Le 14 juin 1985, le vol 847 de la compagnie américaine Trans World Airlines (TWA) a été détourné après son décollage d’Athènes, en Grèce, à destination de Rome. L’appareil transportait 153 passagers ainsi que les membres d’équipage.

Le vol avait débuté au Caire, avant de faire escale à Athènes et à Rome, puis de poursuivre sa route vers les États-Unis.

Des hommes armés ont pris le contrôle de l’avion et l’ont contraint à atterrir à Beyrouth, déclenchant une crise qui s’est prolongée pendant 17 jours et s’est soldée par la mort de l’un des otages.

Durant le détournement, l’appareil a effectué plusieurs trajets entre Beyrouth et Alger, au-dessus de la Méditerranée, avant d’être immobilisé à l’aéroport de Beyrouth.

Les ravisseurs ont formulé deux revendications principales. La première concernait la libération de 17 détenus au Koweït, membres du Hezbollah libanais et du mouvement islamique irakien Da’wa, condamnés pour des attaques ayant fait six morts en 1983.

La deuxième portait sur la libération de centaines de prisonniers chiites.

Les ravisseurs, dont le nombre était estimé à quatre, ont affirmé appartenir à un groupe baptisé «Les Opprimés de la Terre», qui aurait été lié au Hezbollah, ce que ce dernier a par la suite démenti.

La mort de Robert Dean Stethem

Le matin du 15 juin, face au refus de satisfaire leurs revendications, les ravisseurs ont tué l’un des otages, Robert Dean Stethem, un plongeur de la marine américaine âgé de 23 ans.

Stethem a été torturé avant d’être tué d’une balle dans la tête. Son corps a ensuite été jeté de l’avion sur la piste de l’aéroport de Beyrouth.

Cette scène a provoqué une vive émotion aux États-Unis et dans le monde, entraînant une montée des tensions entre Washington et le Liban.

Quelques jours après le début du détournement, Israël a libéré plusieurs détenus qu’il retenait dans le Sud-Liban.

Lorsque l’avion est arrivé pour la première fois d’Athènes à Beyrouth, les ravisseurs ont libéré 19 passagers en échange du ravitaillement de l’appareil en carburant, avant de repartir vers Alger, où 20 autres passagers ont été libérés.

L’avion est ensuite revenu à Beyrouth le 15 juin, où des hommes armés supplémentaires ont rejoint les ravisseurs, avant de repartir une nouvelle fois vers Alger.

Lors du deuxième trajet entre Beyrouth et Alger, 65 personnes retenues à bord ont été libérées, avant que l’avion ne revienne à Beyrouth pour la troisième et dernière fois.

À Beyrouth, les ravisseurs ont libéré huit passagers grecs en échange de la libération d’Ali Atwé, détenu en Grèce et accusé d’avoir participé à la préparation de l’opération.

Les médiations se sont poursuivies afin d’obtenir la libération des otages. Le mouvement Amal est parvenu à négocier la libération de 40 personnes le 17 juin, avant que les derniers otages ne soient libérés le 30 juin.

Les personnes accusées d’être impliquées dans le détournement

Les enquêtes ont mis en avant plusieurs noms considérés comme liés à l’opération de détournement. Parmi eux figurait notamment Imad Moghniyé, l’un des principaux responsables militaires du Hezbollah, accusé d’avoir planifié et exécuté l’opération.

Les États-Unis l’ont inscrit sur leurs listes de personnes recherchées et ont offert une récompense de cinq millions de dollars pour toute information permettant de le retrouver, avant son assassinat en Syrie en février 2008.

Parmi les autres noms associés au détournement figure Mohammed Ali Hamadé, inscrit sur les listes internationales de personnes recherchées le 14 novembre 1985.

Les États-Unis avaient également proposé une récompense de 250.000 dollars pour toute information pouvant contribuer à son arrestation.

Hamadé a été arrêté le 13 janvier 1987 à l’aéroport de Francfort, après la découverte d’explosifs dans ses bagages.

Les autorités allemandes ont décidé de le juger sur leur territoire pour meurtre, prise d’otages, détournement et d’agression, malgré les demandes américaines visant à obtenir son extradition.

Le 17 mai 1989, la justice allemande l’a condamné à la réclusion criminelle à perpétuité.

Il a toutefois été libéré le 15 décembre 2005 dans le cadre d’un accord d’échange impliquant deux ressortissants allemands détenus à Beyrouth, avant de retourner au Liban.

Les autorités américaines ont continué à le rechercher. En 2007, elles ont offert une récompense de cinq millions de dollars pour toute information permettant son arrestation.

Parmi les autres personnes accusées dans cette affaire figurent également Hassan Ezzeddine et Ali Atwé, restés en liberté malgré leur inscription sur la liste des personnes les plus recherchées au niveau international par le FBI.

L’interruption des vols américains vers Beyrouth

Le 30 juin 1985, le détournement du vol 847 de TWA a pris fin à Beyrouth avec la libération de l’ensemble des otages.

Cet épisode a conduit les compagnies aériennes américaines à suspendre leurs vols vers Beyrouth, tandis que l'Administration fédérale de l'aviation américaine (FAA) imposait des restrictions sur les liaisons aériennes directes entre les deux pays.

Ces mesures reposaient sur des évaluations sécuritaires estimant que la situation au Liban ne présentait pas les garanties nécessaires à la sécurité de l’aviation civile.

La décision américaine est restée en vigueur pendant plus de 40 ans, une période marquée au Liban par des guerres, des assassinats et des crises sécuritaires et politiques successives. Ces facteurs ont contribué au maintien des restrictions, empêchant la reprise des vols directs malgré l’évolution des relations bilatérales entre Beyrouth et Washington.

Vers la reprise des vols américains vers Beyrouth?

En marge de sa rencontre avec Joseph Aoun à la Maison-Blanche, Donald Trump a annoncé son intention d’autoriser à nouveau les compagnies aériennes américaines à assurer des vols directs vers le Liban.

Cette décision représente une étape majeure, mais sa concrétisation nécessitera plusieurs mesures sécuritaires et réglementaires.

Selon les informations disponibles, les autorités américaines devront procéder à une évaluation complète des dispositifs de sécurité de l’aéroport international Rafic Hariri de Beyrouth et de ses environs avant toute reprise des vols, afin de s’assurer de la sécurité de l’aéroport, de son périmètre et de son espace aérien.

Il faudra également attendre la réaction des compagnies aériennes américaines et leur disposition à reprendre leurs liaisons vers Beyrouth, en tenant compte de critères économiques, sécuritaires et opérationnels.

De son côté, la FAA a indiqué qu'elle entendait collaborer avec les compagnies aériennes et les agences concernées afin de mettre en œuvre les directives du président Trump et de soutenir la reprise des vols directs.

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