Le vieux souk de Nabatiyé, cœur économique du Jabal Amel
Le vieux souk de Nabatiyé raconte une autre histoire du Sud-Liban. ©Ici Beyrouth

Des cités phéniciennes aux forteresses médiévales, des souks historiques aux villages de pierre, le Sud-Liban concentre plusieurs millénaires d’histoire. À travers cette série d’articles, Ici Beyrouth part à la découverte d’un patrimoine exceptionnel, témoin des civilisations qui ont façonné la région et aujourd’hui fragilisé par les conflits, le temps et l’oubli.

Pendant des siècles, le souk de Nabatiyé a constitué l'un des principaux carrefours commerciaux du Sud-Liban. Bien plus qu'un marché, il reliait villages, campagnes et routes régionales, faisant de la ville l'un des centres économiques et sociaux du Jabal Amel.

Bien avant que Nabatiyé ne soit associée aux conflits qui ont marqué le Sud-Liban, la ville était connue pour son marché.

Chaque lundi, des habitants venus de dizaines de villages convergaient vers ses ruelles commerçantes. On y vendait des récoltes, du bétail, des outils, des tissus, des épices ou des produits artisanaux. On y venait aussi pour rencontrer des proches, échanger des nouvelles et prendre le pouls de toute une région.

Cette tradition est si ancienne que ses origines se perdent dans l'histoire.

Selon plusieurs historiens locaux, le marché du lundi plonge ses racines à la fin de l'époque mamelouke avant de prospérer sous la domination ottomane. Avec les marchés de Bint Jbeil et de Hasbaya, il comptait parmi les plus anciens marchés hebdomadaires du Sud-Liban.

Le marché où se rencontrait le Jabal Amel

L'histoire du souk est étroitement liée à la position géographique de Nabatiyé.

Située au cœur du Jabal Amel, la ville se trouvait sur plusieurs axes de circulation reliant le Sud-Liban à la Palestine et à l'intérieur du Levant. À une époque où les marchandises voyageaient à dos de mule ou d'âne, Nabatiyé constituait une halte naturelle pour les commerçants.

Au centre de la ville s'élevait autrefois un khan, un caravansérail où les marchands pouvaient se reposer, entreposer leurs marchandises et conclure des affaires. Peu à peu, les échanges qui s'y déroulaient donnèrent naissance à un vaste marché hebdomadaire qui allait devenir l'un des principaux rendez-vous économiques de la région

Les producteurs y écoulaient fruits, légumes, céréales, huile d'olive et produits laitiers. Les éleveurs y négociaient moutons, chèvres et bétail. Les artisans y vendaient leurs outils, leurs vêtements ou leurs objets du quotidien. Le marché permettait également de mesurer la qualité des récoltes, les besoins des villages et l'état général de l'économie régionale.

Pour de nombreuses familles du Sud-Liban, le lundi de Nabatiyé rythmait la semaine.

Le souk constituait souvent le premier contact avec un monde plus vaste que celui du village. On y rencontrait des habitants venus de régions différentes, on y découvrait de nouveaux produits et l'on y suivait les évolutions économiques qui traversaient le Jabal Amel.

Quand le commerce devient mémoire

Réduire le souk à sa seule fonction économique serait pourtant une erreur.

Comme tous les grands marchés méditerranéens, celui de Nabatiyé était aussi un espace de sociabilité. Les nouvelles y circulaient aussi vite que les marchandises. On y discutait politique, agriculture, mariages, récoltes ou émigration. Des liens commerciaux s'y nouaient, mais aussi des amitiés et parfois des alliances familiales.

Au fil des décennies, les modes de consommation ont changé. Les supermarchés, les nouvelles infrastructures routières et les transformations économiques ont modifié les habitudes commerciales. Pourtant, le souvenir du souk demeure profondément ancré dans la mémoire de plusieurs générations de Sudistes.

Dans les ruelles d’Al-Saray, le quartier historique qui abritait les anciens souks de Nabatiyé, ou ce qu’il en subsiste désormais, ce n’étaient pas seulement des marchandises qui circulaient, mais aussi des nouvelles, des habitudes, des liens familiaux et une certaine manière de vivre ensemble. Les boutiques, les passages couverts et les échoppes formaient le décor d’une vie collective construite au fil des générations. Les destructions successives qui ont touché ce cœur historique ces dernières années ont rappelé combien ce patrimoine demeurait fragile.

Car le vieux souk de Nabatiyé ne racontait pas seulement l’histoire du commerce régional. Il racontait celle des paysans, des artisans, des commerçants et des familles qui ont fait vivre le Jabal Amel au fil des siècles. À travers ses allées, ses étals et son marché du lundi se dessine une autre histoire du Sud-Liban : celle d’une région construite autant par les échanges quotidiens que par les grands événements qui ont marqué son destin.

À suivre : Khiam, le village qui veillait sur la frontière.

Le khan à l'origine du souk

Avant l'apparition du grand marché, le cœur commercial de Nabatiyé était un khan, un caravansérail destiné aux marchands de passage. Les commerçants venus de Palestine, du Sud-Liban ou de l'intérieur du Levant y trouvaient un lieu pour se reposer, stocker leurs marchandises et négocier. C'est autour de ce khan que s'est progressivement développé le célèbre marché du lundi, devenu l'un des plus importants du Jabal Amel.

 

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