Gare à ne pas froisser l’Iran!
©Ici Beyrouth

Le pire reproche que l’on puisse adresser au Hezbollah est son recours permanent au deux poids, deux mesures pour justifier toutes les décisions contestables qu’il prend depuis le 7 octobre 2023, date à laquelle il a lancé ses opérations de soutien sans retenue. Il estime que libérer l’ensemble de la région lui revient alors même que le sud du Liban demeure exposé à des violations et à des agressions à tout moment.

Depuis lors, le Hezbollah s’est enlisé dans une succession de revers, sans jamais véritablement le reconnaître. Fidèle à sa culture de l’entêtement, il préfère nier l’évidence et persister dans des choix qu’il sait pourtant risqués. Aujourd’hui, il se retrouve acculé dans une impasse dont il peine à sortir, tout en rejetant, comme à son habitude, la responsabilité sur l’État libanais.

Cette attitude n’a d’ailleurs rien de nouveau. Lorsqu’il remportait des victoires par la force, il s’en attribuait seul le mérite et les exploitait sur le plan politique. En revanche, lorsqu’il essuyait des revers, il se réfugiait derrière l’État, dénonçant ses insuffisances et lui faisant porter la responsabilité de ses propres échecs, tout en exigeant qu’il assume les conséquences de ses aventures les plus hasardeuses.

Mais la double logique à laquelle on assiste aujourd’hui atteint un niveau inédit, puisque le Hezbollah accorde à l’Iran ce qu’il refuse catégoriquement au Liban, ce qui est particulièrement regrettable.

La formation pro-iranienne rejette systématiquement les résultats des négociations menées directement par le Liban sous l’égide des États-Unis. En revanche, elle ne trouve aucun inconvénient, bien au contraire, à ce que le Liban figure au premier rang des dossiers abordés lors des négociations entre l’Iran et les États-Unis concernant le dossier nucléaire iranien et les modalités d’un règlement des tensions régionales.

L’outrecuidance du Hezbollah est allée jusqu’à revendiquer ouvertement son ancrage iranien et à s’en remettre à l’Iran pour défendre ses intérêts, tout en rejetant les efforts déployés par l’État libanais et par le président de la République pour trouver une issue à cette question.

À ses yeux, l’Iran serait davantage en mesure de lui obtenir des garanties ou des acquis lors des négociations. Pourtant, il sait parfaitement qu’un tel scénario a peu de chances de se concrétiser. Mais il semble avoir atteint le stade de celui qui mise tout ce qui lui reste sur une ultime cartouche.

Le Hezbollah espère que les négociations tourneront à l’avantage de l’Iran, tout en étant conscient du caractère quasi irréalisable de cette perspective. Il continue néanmoins à s’accrocher à une infime lueur d’espoir, qui repose sur la délégation implicite de son destin à l’Iran. Mais le véritable choc surviendrait si l’Iran sortait affaibli des négociations, contraint à des concessions majeures. Dans ce cas, Téhéran pourrait être amené à sacrifier la carte du Hezbollah pour préserver ses intérêts stratégiques, obtenir un allègement des contraintes qui pèsent sur son économie ou négocier un accord plus avantageux garantissant la pérennité de son régime.

Le Hezbollah se retrouverait dans la situation la plus délicate de son histoire récente.

On pourrait alors voir une délégation du Hezbollah annoncer qu’elle tend la main au président de la République pour engager un processus de désarmement, et solliciter la possibilité de préserver un rôle dans la vie politique libanaise.

La véritable erreur, selon cette lecture, serait d’accepter un tel revirement après tant d’années de déni, d’intransigeance et de refus de toute remise en question.

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