Réunies mardi à Rome, les délégations libanaise, israélienne et américaine ont poursuivi les négociations destinées à concrétiser l’accord-cadre conclu le 26 juin dernier sous médiation américaine, confirmant l’entrée du processus dans une phase plus opérationnelle.
Des discussions rapidement recentrées sur les questions militaires
Bien que la composition des délégations laissait présager une réunion essentiellement politique et diplomatique, les discussions se sont rapidement concentrées sur les aspects militaires liés à la mise en place des « zones pilotes ».
Le président de la République, Joseph Aoun, avait insisté sur la nécessité d’un retrait israélien préalable de certaines localités afin que l’armée libanaise puisse s’y déployer et lancer concrètement le mécanisme prévu par l’accord.
Du côté israélien, il était proposé de débuter par des localités désignées par Israël, où les forces israéliennes sont absentes ou n’assurent qu’une présence partielle.
Cette proposition a immédiatement suscité une objection de la délégation libanaise, qui considère qu’une zone pilote ne peut être qualifiée comme telle que si elle correspond à une région ayant fait l’objet d’un retrait effectif de l’armée israélienne.
Le déploiement de l’armée libanaise : un signal aux multiples lectures
Au cours des deux derniers jours, l’armée libanaise a d’ailleurs procédé au déploiement de ses unités dans plusieurs localités concernées, mettant en place des barrages et renforçant sa présence.
Pour certains observateurs, ce déploiement vise à réaffirmer la position libanaise sur la définition des zones pilotes. Une autre lecture, plus constructive, y voit la détermination de l’armée libanaise à respecter les engagements de l’État en renforçant progressivement son contrôle sur le terrain et en amorçant la mise en œuvre de l’accord, notamment sur le plan sécuritaire.
Le Hezbollah continue de s’opposer au processus
Cette mission se heurte cependant au refus constant du Hezbollah, qui rejette à la fois l’accord lui-même et les mesures qu’il implique.
À travers plusieurs de ses élus locaux, la milice pro-iranienne laisse entendre que les habitations situées dans les localités concernées ne pourront être fouillées par l’armée libanaise qu’en vertu de décisions judiciaires, voire de décisions gouvernementales.
Cette position rappelle les mécanismes qui avaient, par le passé, considérablement entravé la mission de l’armée libanaise. Ces obstacles avaient finalement conduit à la découverte de vastes réseaux de tunnels construits sous de nombreuses habitations, s’étendant sur plusieurs kilomètres.
Les garanties attendues par Israël
Dans ce contexte, un retrait israélien de la zone de sécurité établie au Sud-Liban depuis la dernière guerre paraît difficilement envisageable.
Les autorités israéliennes estiment que les nombreux tunnels déjà découverts démontrent l’absence de garanties suffisantes quant au désarmement du Hezbollah et à la pacification durable des régions situées au sud comme au nord du Litani.
Tant que ces garanties ne seront pas réunies, Israël considère qu’un retrait constituerait un risque sécuritaire majeur.
Un ralentissement, mais pas une remise en cause des négociations
Ces désaccords sur les modalités d’application de l’accord ont entraîné un ralentissement du processus de mise en œuvre.
La réunion militaire virtuelle prévue ce vendredi soir, par visioconférence, afin de finaliser les modalités techniques du plan des zones pilotes, semble avoir été reportée.
Cette évolution peut naturellement susciter une certaine frustration. Toutefois, il convient de rappeler qu’un processus de négociation aussi sensible nécessite inévitablement du temps, des ajustements et des compromis successifs.
Les véritables avancées du dossier libanais
Au-delà de ces difficultés, plusieurs évolutions positives méritent d’être soulignées.
Sous l’impulsion des États-Unis, et grâce à l’attention particulière accordée au dossier libanais par le président Donald Trump et le secrétaire d’État Marco Rubio, le Liban continue à sortir de l’équation régionale qui le liait systématiquement au dossier iranien ainsi qu’au protocole d’Islamabad.
La pérennité de cette dissociation constitue un changement stratégique majeur. Le rattachement du Liban aux négociations régionales pilotées par l’Iran avait non seulement empiété sur la souveraineté décisionnelle libanaise, mais avait également démontré son inefficacité.
À l’inverse, l’accord-cadre actuellement en vigueur a permis de limiter les combats et de réduire considérablement l’intensité des affrontements sur le territoire libanais tout en consacrant la souveraineté de l’État libanais, seul maître de ses décisions et de la gestion de sa situation nationale.
Le Hezbollah face au découplage du dossier libanais de l’Iran
Dans cette nouvelle configuration régionale, le Hezbollah, proxy de l’Iran au Liban, s’efforce de maintenir le dossier libanais dans l’orbite stratégique de Téhéran, en s’opposant à toute dissociation entre les intérêts libanais et les priorités régionales iraniennes.
L’objectif n’est manifestement pas de servir les intérêts du Liban, mais de préserver la carte libanaise comme levier de négociation aux côtés de celle des Houthis au Yémen, afin d’accroître la marge de manœuvre d’un régime iranien dont l’influence régionale s’érode progressivement.
Cette dynamique s’est une nouvelle fois confirmée après la visite du Premier ministre irakien Ali Zaidi à la Maison-Blanche. À l’issue de son entretien avec le président Donald Trump, Bagdad a engagé une série de mesures bancaires et financières contre le Hezbollah et les entités qui lui sont liées, dans le sillage des sanctions adoptées par le Trésor américain en juin dernier.
La visite de Joseph Aoun à Washington : un rendez-vous hautement symbolique
Autre élément particulièrement encourageant : la visite officielle du président de la République, Joseph Aoun, à Washington, prévue le 21 juillet.
Cette visite constitue un événement diplomatique majeur qui devrait confirmer une nouvelle fois la confiance des États-Unis envers les institutions légitimes libanaises.
À travers cette réception officielle, Washington entend réaffirmer son soutien aux autorités libanaises dans leur mission de restauration de la souveraineté nationale, de désarmement du Hezbollah et de rétablissement de l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire.
Une dynamique encore fragile, mais orientée dans la bonne direction
Au-delà des obstacles actuels, le processus engagé conserve une dynamique porteuse. Le véritable enjeu dépasse les seuls aspects sécuritaires : il s’agit de permettre au Liban de rompre avec des décennies de dépendances extérieures, notamment vis-à-vis de l’Iran, qui a progressivement succédé à la Syrie d’Assad dans l’influence exercée sur le dossier libanais, et de redevenir un État souverain, maître de ses décisions et pleinement responsable de sa sécurité.
C’est à cette condition que pourra émerger une paix durable, assurer le retour des populations déplacées et ouvrir la voie à une reconstruction économique appuyée par les alliés et les amis du Liban.




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