Longtemps paralysé par les arbitrages politiques, l’aéroport de Kleiate–René Moawad amorce une nouvelle phase décisive. Sa remise en service, attendue dans les prochains mois, pourrait rebattre les équilibres du transport aérien libanais et repositionner le Liban-Nord sur la carte logistique régionale. Objectif affiché: désengorger l’aéroport international de Beyrouth tout en injectant de nouvelles recettes dans les finances publiques.
Sky Lounges Services remporte la concession
Au terme d’un appel d’offres compétitif, la société Sky Lounges Services a été retenue pour assurer la réhabilitation, la gestion et l’exploitation de la plateforme aéroportuaire pour une durée de quatre ans. Treize entreprises avaient initialement soumissionné, avant qu’une shortlist de trois finalistes ne soit arrêtée pour la phase finale.
Une remise en service sous 90 jours
Le contrat prévoit une remise en activité accélérée de l’aéroport. Dans un délai de 90 jours après son entrée en vigueur, l’investisseur devra mettre en place une infrastructure opérationnelle d’accueil des passagers.
Deux options sont prévues: la construction d’un terminal temporaire ou la réhabilitation du bâtiment des officiers existant pour le transformer en terminal provisoire, sous réserve d’une expertise technique préalable sur sa solidité.
Dans le même temps, l’exploitant devra lancer dans les meilleurs délais les opérations aériennes commerciales et assurer la gestion complète de la plateforme, avec une obligation minimale d’exploitation de deux avions. L’ensemble du dispositif s’inscrit dans une logique de remise en état des infrastructures existantes, notamment la piste de 3 km, le balisage et les équipements de sécurité, davantage que dans une phase de construction lourde.
L’aménagement des parkings n’est, lui, pas soumis au délai de 90 jours.
Parallèlement, le ministère des Travaux publics et des Transports s’est engagé à réhabiliter la route d’accès à l’aéroport dans le même délai.
Un modèle économique fondé sur les redevances
Le volet financier constitue l’un des piliers du contrat. La société exploitante devra verser à la Direction générale de l’aviation civile (DGAC) une redevance fixe minimale de 600.000 dollars par trimestre, soit environ 200.000 dollars par mois, indépendamment du niveau de trafic (même dans le cas de zéro vol).
À cette redevance s’ajoute une part variable fixée à 8 % des revenus générés par l’exploitation de l’aéroport. Ceux-ci englobent l’ensemble des activités commerciales et opérationnelles: commerces, restauration, salons passagers, publicité, stationnement, services aux voyageurs, assistance au sol, avitaillement, restauration aérienne, ainsi que les activités liées aux compagnies aériennes et au fret.
Ce mécanisme combine ainsi une garantie de revenus réguliers pour l’État et une participation directe à la performance économique de la plateforme.
L’État en appui pour réorienter le trafic aérien
Dans cette dynamique, les autorités publiques entendent jouer un rôle actif pour assurer la montée en puissance de l’aéroport. Une partie du trafic actuellement concentré à l’aéroport international de Beyrouth pourrait être progressivement transférée vers Kleiate.
Sont notamment concernés les vols charters, les rotations saisonnières, les liaisons liées aux pèlerinages ainsi que les compagnies low-cost, dont l’activité contribue à la saturation des infrastructures de la capitale.
L’administration se réserve également la possibilité d’y rediriger d’autres vols compatibles avec les capacités de la plateforme, sous réserve d’une limite technique fixée à 65 tonnes au décollage. Le dispositif devrait être opérationnel dans un délai d’un mois après la mise en service de l’aéroport, marquant le lancement effectif de sa phase d’exploitation.




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