Les autorités libanaises accélèrent la relance économique du Liban-Nord avec une ambition claire : transformer cette région en une plateforme logistique intégrée reliant la Méditerranée au monde arabe. Après le lancement du projet de l’aéroport de Kleiate–René Moawad, Beyrouth remet désormais sur les rails la liaison ferroviaire entre Tripoli, chef-lieu du Liban-Nord, et Abboudieh, poste frontalier avec la Syrie.
L’objectif est stratégique : connecter le port de Tripoli, sa zone économique spéciale et l’aéroport aux réseaux régionaux de transport afin de repositionner le Liban sur la carte des échanges commerciaux du Machrek.
Une ligne ferroviaire à l’arrêt depuis 1975
Longue de 35 kilomètres, la ligne Tripoli-Abboudieh faisait autrefois partie du réseau ferroviaire reliant le nord du Liban à la ville syrienne de Homs. Tombée hors service avec le déclenchement de la guerre civile en 1975, cette infrastructure pourrait aujourd’hui renaître dans un contexte marqué par la recherche de nouvelles voies de relance économique.
Les administrations du ministère des Travaux publics et des Transports, de l’Office des chemins de fer et du port de Tripoli ont déjà élaboré un cahier des charges visant à sélectionner un consultant international. Celui-ci sera chargé d’actualiser deux études antérieures sur la réhabilitation de la ligne et de préparer le dossier d’appel d’offres exécutif du projet.
Le « Corridor de l’Escwa » en ligne de mire
Mais l’enjeu dépasse largement une simple réhabilitation ferroviaire locale. L’efficience de la ligne Tripoli-Abboudieh dépend directement de son raccordement au réseau syrien. Cette reconnexion s’inscrit dans une initiative régionale plus vaste connue sous le nom de « Corridor de l’Escwa », auquel le Liban a adhéré dès 2003.
Ce projet vise à créer des corridors intégrés — routiers, ferroviaires, maritimes et parfois numériques — reliant les pays arabes du Machrek et du Golfe afin de fluidifier le commerce, le transit des marchandises, la circulation des passagers et l’intégration économique régionale.
Dans cette perspective, des efforts sont déployés pour relier le port de Tripoli à la Syrie, puis à l’Irak, à la Jordanie, à la Turquie et à l’Arabie saoudite, avec l’ambition de faire du Liban une porte d’entrée logistique vers les marchés arabes.
Un pari économique à fort potentiel
Les promoteurs du projet mettent en avant une équation économique jugée favorable. La remise en service de la ligne ferroviaire permettrait de réduire sensiblement les coûts du transport et du fret par rapport au transport routier assuré par camion.
Le projet pourrait également contribuer à alléger la facture énergétique du pays, estimée à près de 4 milliards de dollars par an, grâce à une baisse de la consommation d’hydrocarbures liée au transport routier. À cela s’ajoutent des bénéfices indirects : réduction des embouteillages, diminution de la pollution et amélioration de la fluidité logistique.
Les observateurs estiment en outre que cette infrastructure pourrait dynamiser les opérations de transit via les ports de Beyrouth et de Tripoli vers la Syrie, l’Irak et les pays du Golfe. Le potentiel est considérable : à titre indicatif, le volume du transit panarabe avait atteint 240 milliards de dollars en 2017.
Dans cette course régionale à la connectivité, le Liban dispose encore de plusieurs atouts. Le port de Beyrouth affiche une capacité de traitement de 1,5 million de conteneurs par an, contre environ 600 000 pour le port de Tripoli. Reste à savoir si la stabilité politique et les financements suivront pour transformer cette vision logistique en réalité économique durable.

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