À l’approche de l’été 2026, les plages libanaises retrouvent leurs habitués, mais aussi une polémique désormais récurrente : la flambée des prix dans les piscines et complexes balnéaires privés. Cette année, la hausse atteint des niveaux particulièrement élevés. Dans certains établissements, le tarif d’entrée grimpe jusqu’à 60 dollars par personne, transformant une simple sortie à la mer en un luxe inaccessible pour une large partie des familles.
Une journée de plage à 300 dollars
C’est le chiffre qui résume le mieux la saison. Une journée ordinaire au bord de la mer peut désormais dépasser 300 dollars pour une famille, en additionnant les frais d’entrée, les repas, les boissons, le transport et les embouteillages estivaux.
Derrière ce constat, les écarts régionaux restent importants mais tendus. À Beyrouth, les prix varient entre 30 et 60 dollars par personne. À Jounieh et Byblos, ils frôlent les 30 dollars. À Batroun et dans certaines zones du Chouf, ils oscillent entre 20 et 35 dollars.
Si plusieurs établissements revendiquent un positionnement «haut de gamme», une question revient avec insistance: la mer est-elle devenue un privilège réservé aux plus aisés?
Des familles prises en étau
Face à ces prix, les marges de choix se réduisent. Les familles se retrouvent souvent devant deux options: des plages publiques accessibles mais fréquemment mal entretenues, parfois polluées ou peu sécurisées, ou l’abandon pur et simple de toute sortie en bord de mer.
Pour beaucoup, l’accès à une plage privée revient à consacrer en une seule journée l’équivalent du salaire mensuel d’un employé.
Les complexes balnéaires sur la défensive
Dans le secteur, les professionnels défendent leur position. «Les tarifs n’ont augmenté que de 5% cette saison en glissement annuel, malgré la hausse des charges opérationnelles», souligne Jean Beyrouti, président du syndicat des propriétaires de stations balnéaires.
Selon lui, toutes les composantes de coût sont orientées à la hausse: taxes municipales, redevances liées aux fonds maritimes, salaires saisonniers et prix du mazout, passé en moins d’un an de 750 à 1.300 dollars la tonne.
Cette pression se reflète aussi dans la fréquentation. Dans les plages privées de l’entrée sud de Beyrouth, entre Khaldé et Saadiyat, le taux d’occupation ne dépasse pas 5%, un niveau jugé révélateur de la morosité ambiante, à proximité pourtant d’une zone marquée par les tensions au Liban-Sud.
Plus au nord, entre Nahr el-Kalb et Batroun, le constat n’est guère meilleur: la fréquentation est inférieure de moitié à celle de l’an dernier.
La diaspora, ultime espoir du secteur
Autre inquiétude majeure: l’absence de la diaspora libanaise, traditionnel moteur de la saison estivale.
«Le renoncement des expatriés à passer leurs vacances auprès de leurs familles serait vécu comme un coup dur pour une activité déjà fragilisée par l’érosion du pouvoir d’achat des résidents», confie une source du syndicat, sous couvert d’anonymat.
L’an dernier, les membres de la diaspora représentaient environ 50% du chiffre d’affaires des établissements balnéaires, contre 50% pour la clientèle locale. Aujourd’hui, leur présence est jugée quasi inexistante.
Même en cas d’amélioration de la situation sécuritaire, les professionnels estiment que leur retour resterait limité.




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