Inflation au Liban : la guerre creuse les écarts entre les mohafazats
Cette image montre les décombres de bâtiments détruits lors de frappes israéliennes dans la ville côtière de Tyr, au sud du Liban, le 21 avril 2026. ©MAHMOUD ZAYYAT / AFP

Selon les données publiées cette semaine par la Direction générale des statistiques, l’inflation a atteint 13,8 % à l’échelle nationale. Mais derrière cette moyenne se dessinent de fortes disparités régionales : la guerre accentue les écarts de prix selon la proximité des zones de tension, instaurant une inflation à géométrie variable et accélérant la fragmentation de l’économie libanaise.

Des écarts régionaux marqués

Pour le mois de mars — marqué par le déclenchement du conflit — les prix de l’eau, du gaz, de l’électricité et des carburants ont progressé de 25,87 % dans le mohafazat de Nabatiyeh, soit près du double de la moyenne nationale. Ce niveau dépasse également ceux de la Békaa (19,56 %), du Nord (16,89 %), de Beyrouth (16,83 %) et du Mont-Liban (7,99 %).

Nabatiyé, un cas d’inflation de crise

Selon les experts, l’inflation observée à Nabatiyé illustre une « inflation de crise » ou « de guerre », dominée par des facteurs sécuritaires et logistiques plutôt que monétaires. La hausse des prix résulte de la rareté des biens et de la difficulté d’accès, liée aux destructions d’infrastructures, aux perturbations des approvisionnements et au recours à des sources d’énergie coûteuses.

À cela s’ajoutent des risques de monopole et un affaiblissement des mécanismes de contrôle, tandis que la capacité de l’État à harmoniser les prix et les services reste limitée, accentuant la pression sur le pouvoir d’achat des ménages.

Choc d’offre et choc énergétique

L’inflation en temps de guerre résulte principalement d’un double choc. Le choc d’offre, d’abord, lié aux destructions d’infrastructures et aux difficultés d’importation, réduit la disponibilité des biens. Le choc énergétique, ensuite, provoque des coupures d’électricité et une flambée des prix des carburants, avec des effets en cascade sur le transport, la production et les denrées alimentaires.

Dans ce contexte, l’énergie devient le principal moteur de l’inflation. Les perturbations des chaînes d’approvisionnement aggravent également la situation, en rendant l’acheminement des biens plus lent, risqué et coûteux.

Une inflation amplifiée par les marchés mondiaux

Par ailleurs, la hausse des prix du pétrole à l’échelle mondiale alimente la pression inflationniste. Selon l’Institut de recherche et de conseil, les prix à la consommation ont progressé de 15,3 % en mars 2026 par rapport à mars 2025. Le transport a particulièrement augmenté (+20,7 %), tandis que les prix du pétrole ont bondi de 49,4 % sur la même période.

Vers un scénario de stagflation

Bien qu’il soit encore prématuré d’évaluer pleinement l’impact de la guerre sur l’année 2026, ses effets apparaissent à la fois récessifs et inflationnistes : récessifs en raison de l’incertitude généralisée, et inflationnistes sous l’effet des chocs d’offre et énergétiques.

Le Liban semble ainsi s’orienter vers un scénario de stagflation, combinant stagnation économique, hausse durable des prix et montée du chômage. Dans ce contexte, les ménages subissent simultanément l’érosion de leur pouvoir d’achat et l’augmentation du coût de la vie, accentuant les fragilités sociales.

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