Le ministre de l’Industrie, Joe Issa El Khoury, a lancé une vidéo promotionnelle accompagnée du slogan: «Achetez libanais… pour que la décision reste libanaise». Cette initiative vise à encourager la consommation de produits locaux, dans un contexte où le Made in Lebanon s’impose progressivement comme un choix à la fois économique et stratégique pour les ménages.
Entre patriotisme économique, recherche de prix plus abordables et volonté de soutenir l’économie nationale, les produits fabriqués localement gagnent du terrain dans les habitudes de consommation.
Une industrie locale bien implantée sur le marché libanais
Selon l’Association des industriels libanais (AIL), l’industrie locale produit aujourd’hui l’équivalent de 10 milliards de dollars destinés au marché intérieur, auxquels s’ajoutent près de 3 milliards de dollars d’exportations.
Les propriétaires de supermarchés confirment cette tendance: les produits libanais représentent désormais plus de 55% des ventes réalisées dans leurs enseignes.
Une capacité éprouvée en période de crise
Les industriels soulignent également la résilience de la production locale. Durant la pandémie de Covid-19 et la crise multidimensionnelle qu’a traversée le Liban, l’industrie nationale aurait couvert jusqu’à 90% des besoins de consommation domestique, compensant en grande partie les pénuries de produits importés.
Une structure des importations révélatrice
Pour les industriels, l’évolution de la structure des importations reflète la montée en puissance de la production locale dans la consommation nationale.
Les hydrocarbures demeurent le principal poste d’importation, en raison de l’absence de production pétrolière nationale. Viennent ensuite les métaux précieux, avec l’or et l’argent, pour une valeur d’environ 2,8 milliards de dollars, principalement destinés à être transformés et manufacturés localement.
Les voitures importées représentent près de 1,3 milliard de dollars, tandis que le reste des importations – notamment les animaux, les fruits et les légumes – avoisine un milliard de dollars.
«Cela signifie que le volume réel des importations ne dépasserait pas 12 milliards de dollars», affirme Ziad Bekdache dans des propos publiés sur ses plateformes sociales.
Selon lui, le Liban reste structurellement dépendant de certaines importations, notamment les hydrocarbures, en l’absence de ressources pétrolières et d’industrie automobile. Quant à l’or et à l’argent, ils sont importés principalement pour être transformés localement, puis réexportés sous forme de produits manufacturés.
Le défi des exportations industrielles
«Je crains que les exportations des produits Made in Lebanon ne retombent à des niveaux qui n’ont pas été observés depuis des années si l’instabilité perdure sur les marchés extérieurs», alerte un industriel interrogé par Ici Beyrouth.
Les échanges commerciaux avec les pays du Golfe, qui absorbent environ 40% des exportations industrielles libanaises, sont aujourd’hui perturbés par les tensions géopolitiques régionales, notamment le conflit entre les États-Unis et l’Iran, ainsi que par les perturbations des routes maritimes.
Des coûts logistiques en forte hausse
Face à ces contraintes, de nombreux industriels libanais sont contraints de recourir à des itinéraires logistiques alternatifs, notamment via le port de Khor Fakkan aux Émirats arabes unis et via les centres de transit situés à Amman, en Jordanie.
Les marchandises sont ensuite acheminées par voie terrestre vers les marchés du Golfe. Ce détour logistique alourdit fortement les coûts et réduit la compétitivité des produits libanais. Le coût d’un conteneur a ainsi augmenté d’environ 2.500 dollars, pour atteindre entre 6.000 et 8.000 dollars selon les cas.
Des marchés toujours contraints
À ces difficultés s’ajoute la fermeture persistante du marché saoudien aux produits libanais depuis 2019. Par ailleurs, les autorités libanaises n’ont pas obtenu de réponse favorable à leurs demandes répétées visant à autoriser le transit des camions via le territoire saoudien.
Une pression qui s’étend à l’Europe
Les défis ne se limitent pas aux marchés arabes. L’Europe constitue également un débouché fragilisé, marqué par une baisse du pouvoir d’achat liée à la récession économique, ainsi que par les fluctuations du dollar et de l’euro. Ces facteurs se répercutent directement sur la demande de produits libanais.




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