Le Liban à pleine vitesse: Feghali entre dans l’histoire au Paul Ricard
Moment historique au Paul Ricard: Christopher Feghali offre au Liban un moment d’histoire. ©Christopher Feghali

Historique! Pour la première fois, l’hymne national libanais a retenti depuis la plus haute marche d’un podium FIA-accrédité. Au Paul Ricard, Christopher Feghali a signé une victoire de prestige en Eurocup-3, offrant au sport automobile libanais l’un de ces moments rares où le drapeau, le talent et l’émotion montent ensemble sur le podium.


Il y a des victoires qui comptent au classement. Et puis il y a celles qui dépassent le simple verdict de la piste. Celle de Christopher Feghali, ce week-end sur le circuit Paul Ricard, appartient à cette deuxième catégorie. Dans une Course Sprint nerveuse, piégeuse, disputée au couteau, le jeune pilote libanais, engagé sous les couleurs de l’écurie espagnole Drivex, a tenu son rang, ses nerfs et sa trajectoire pour aller chercher une victoire retentissante en Eurocup-3.

Le drapeau à damier est tombé, mais c’est surtout un autre symbole qui a pris toute la lumière: l’hymne libanais, joué pour la première fois depuis la plus haute marche d’un podium FIA-accrédité. Dans le vacarme des moteurs, c’est le Liban qui a résonné. Et, avec lui, toute une promesse.

Un sang-froid de vieux briscard

Feghali n’a pas gagné par hasard. Il a gagné comme on signe une course aboutie: avec du rythme, de la lucidité et cette capacité rare à ne pas perdre le fil quand la course se tend. La Sprint Race avait tout du piège: départ agité, peloton nerveux, relances sous pression, rivaux affamés dans les rétroviseurs. Feghali n’a pas tremblé.

Face à Enzo Tarnvanichkul et James Egozi, deux adversaires solides, le Libanais a parfaitement géré les moments chauds. Pas de panique, pas de geste de trop, pas de roue mise là où il ne fallait pas. Une victoire propre, maîtrisée, presque froide dans son exécution, mais brûlante dans sa portée symbolique.

Dans une catégorie tremplin où la moindre erreur se paie cash, Feghali a envoyé un message limpide: il n’est plus seulement un jeune espoir à suivre. Il est désormais un pilote capable de convertir la promesse en résultat, le potentiel en victoire, la vitesse en hymne.

Une affaire de famille

Cette victoire n’arrive pas dans le vide. Christopher Feghali porte un nom qui, au Liban, sent l’essence, la poussière des rallyes, les virages attaqués à la corde et les week-ends de course suivis comme des rendez-vous nationaux. Chez les Feghali, le volant n’est pas un accessoire: c’est presque un héritage.

Il est le fils d’Abdo Feghali, figure majeure du rallye et du drift, et le neveu de Roger Feghali, monument du sport automobile libanais et recordman national dans sa discipline. Autour de ce nom, il y a une dynastie sportive, une culture de la gagne, une familiarité presque naturelle avec la pression, le chrono et le danger maîtrisé.

Mais Christopher ne se contente pas d’hériter. Il construit. Après ses titres en karting, son passage vers la monoplace et son intégration au Red Bull Junior Team, il trace désormais sa propre trajectoire. Celle d’un pilote qui ne veut pas seulement prolonger une histoire familiale, mais l’emmener ailleurs, plus haut, plus loin, sur les circuits européens où se fabrique l’élite de demain.

Un Libanais dans la cour des grands espoirs

L’Eurocup-3 n’est pas une promenade dominicale. C’est une catégorie de formation féroce, un sas où les jeunes pilotes viennent se mesurer avant de rêver plus haut. On y croise des écuries structurées, des talents déjà repérés, des ambitions de Formule 3, de Formule 2, parfois plus encore. Chaque week-end y ressemble à une audition sous haute tension.

Dans ce contexte, la victoire de Feghali au Paul Ricard prend une autre dimension. Elle dit que le Liban, pays sans vraie infrastructure automobile de haut niveau, peut malgré tout produire un pilote capable de gagner sur la scène européenne. Elle dit aussi que le talent, lorsqu’il est encadré, préparé et nourri par une culture sportive solide, peut franchir les frontières que le pays, lui, peine parfois à dépasser.

Le Paul Ricard a donc vu passer plus qu’une monoplace. Il a vu passer un symbole: un jeune Libanais lancé à pleine vitesse dans une discipline où l’on n’offre rien, où l’on gagne tout au dixième, au freinage, à l’audace et au sang-froid.

L’hymne, le drapeau et la suite

Bien sûr, la route reste longue. Une victoire ne fait pas une carrière, encore moins une destinée. Le sport automobile est un monde impitoyable, fait de budget, de régularité, de timing, d’opportunités et de week-ends parfois cruels. Mais certaines victoires agissent comme des jalons. Elles déplacent le regard. Elles changent le statut d’un pilote.

Christopher Feghali vient d’en signer une. Il a gagné une course, oui. Mais il a surtout offert au Liban une image rare: celle d’un jeune champion debout sur la plus haute marche, pendant que retentissait l’hymne national.

Dans un Liban pris sous le fracas d’une guerre qui se joue sur son sol, Christopher Feghali a fait entendre un autre son: celui de l’hymne national libanais sur la plus haute marche d’un podium. Au Paul Ricard, il n’a pas seulement gagné une course. Il a offert au pays une parenthèse de fierté, de vitesse et de lumière.

 

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