Sud: sous les bombes, des milliers de familles s’accrochent
©KAWNAT HAJU / AFP

Dans l’extrême sud du Liban, où le fracas des bombardements s’est désormais fondu dans le quotidien, les localités de la bande frontalière du secteur oriental offrent le visage d’une population qui refuse de plier. Malgré la guerre et l’insécurité, l’attachement à la terre l’emporte sur la peur.

De Qlayaa à Borj el-Moulouk, de Jdeidet Marjeyoun à Deir Mimas, en passant par Ebel es-Saqi, Kawkaba et Rachaya el-Foukhar, les habitants ont choisi de rester. Un choix assumé, malgré les risques, dans un contexte d’angoisse permanente et de conditions de vie toujours plus éprouvantes.

«La situation reste relativement stable», assure Hanna Daher, président du conseil municipal de Qlayaa, tout en reconnaissant la dureté du contexte. Les routes demeurent pour l’essentiel praticables, permettant l’acheminement de l’aide et des biens de première nécessité, ce qui atténue partiellement la pression sur les habitants.

Mais sous les bombes, la vie suit son propre rythme. «C’est notre décision. Nous en assumons les conséquences. Nous ne quitterons pas nos maisons», martèle l’édile. À Qlayaa et dans les villages environnants, la population encore présente demeure significative, soutenue tant bien que mal par les associations et l’attention médiatique.

Les chiffres témoignent de cette ténacité: près de 2.800 habitants, soit environ 800 familles, demeurent à Qlayaa. Dans les localités voisines, ils sont encore environ 1.000 à Borj el-Moulouk, Jdeidet Marjeyoun, Deir Mimas et Ebel es-Saqi, 700 à Kawkaba et 1.000 à Rachaya el-Foukhar.

Reste que les défis sont immenses. L’intensification des bombardements entretient un climat alarmant, particulièrement pour les personnes âgées et les enfants. Ces derniers paient un tribut silencieux: privés d’école, mais aussi d’enseignement à distance, faute d’accès à Internet.

Les infrastructures, elles aussi, vacillent. La route menant à Hasbaya a été visée, faisant planer la menace d’un isolement accru. Emprunter l’axe du Khardali vers Marjeyoun relève désormais du pari risqué, malgré les tentatives de l’armée d’encadrer les déplacements.

En dépit de tout, Qlayaa et les villages alentour, situés à plus de six kilomètres de la frontière, restent pour l’heure relativement à l’écart des retraits sécuritaires observés dans d’autres secteurs frontaliers. Une marge relative qui ne dissipe ni la tension ni l’incertitude.

Le message des habitants, lui, ne varie pas: «Personne ne partira. Chacun reste chez soi.»

Ce qui se joue aujourd’hui ravive le souvenir de 1975, lorsque les populations du Sud avaient été abandonnées à leur sort, avant d’être blâmées pour avoir refusé de partir. Une mémoire encore vive, qui éclaire la détermination actuelle.

Dans ces villages, les récits du quotidien écrivent une nouvelle page de l’histoire du Sud libanais: celle d’une terre plus forte que la peur, d’un attachement plus profond que le danger. Ici, rester n’est pas seulement un choix — c’est une identité.

 

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