Depuis le début de la guerre américano-israélienne contre l’Iran fin février, un acteur inattendu s’est glissé au cœur de la diplomatie de crise: le Pakistan.
Un plan en quinze points, contenant les propositions américaines visant à mettre un terme aux combats, a été transmis et, officiellement rejeté, à Téhéran par l’intermédiaire de médiateurs pakistanais et le ministre des Affaires étrangères Ishaq Dar a officiellement confirmé qu’Islamabad jouait le rôle d’intermédiaire par le biais de messages transmis entre les deux belligérants.
Comment expliquer qu’un pays souvent perçu comme une puissance régionale secondaire se retrouve à occuper une telle position ?
La première explication est géographique et donc existentielle. Le Pakistan partage avec l’Iran une frontière d’environ 900 kilomètres. Une guerre prolongée à sa porte n’est pas une abstraction: elle se traduit concrètement par des flux de réfugiés, des perturbations d’approvisionnement énergétique, et surtout par le risque d’embrasement de la vaste province du Baloutchistan, région instable à cheval sur les deux pays.
Le risque qu’une guerre prolongée en Iran ne déborde sur le territoire pakistanais figure parmi les plus grandes craintes d’Islamabad.
Mais ce qui fait du Pakistan un médiateur crédible plutôt qu’un simple voisin inquiet, c’est sa capacité rare à parler aux deux camps.
La mission diplomatique de facto de Téhéran aux États-Unis est hébergée par l’ambassade du Pakistan à Washington depuis la rupture des relations diplomatiques entre les deux pays en 1979. Islamabad est le fil conducteur institutionnel entre deux pays qui ne se parlent plus depuis près d’un demi-siècle.
Côté américain, le chef de l’armée pakistanaise, le maréchal Asim Munir, a noué des relations étroites avec Donald Trump, à tel point que ce dernier l’a surnommé son «maréchal préféré». Munir s’est entretenu avec le président américain et a rencontré Trump à la Maison-Blanche à plusieurs reprises.
Côté iranien, le Premier ministre Shehbaz Sharif et son ministre des Affaires étrangères sont en contact étroit avec les plus hauts responsables iraniens. Ou ce qu’il en reste.
La neutralité comme atout stratégique est aussi un point important.
Contrairement aux monarchies du Golfe, le Pakistan n’héberge pas de bases militaires américaines et constitue une puissance militaire à part entière. C’est précisément ce qui le rend acceptable aux yeux de Téhéran.
Un médiateur trop proche de Washington serait rejeté d’emblée. Le Pakistan, lui, dispose d’un historique de tensions avec chacune des deux parties, ce qui lui confère, par une des curiosités de la diplomatie, une crédibilité de neutralité.
Il y a enfin une dimension de politique intérieure que l’on sous-estime. Le Pakistan abrite la deuxième plus importante communauté chiite dans le monde, entre 30 et 40 millions de personnes, comme l’ont montré les violentes manifestations anti-américaines qui ont éclaté après l’assassinat du guide suprême Ali Khamenei.
Laisser la guerre s’enliser sans s’y opposer activement, c’est prendre le risque d’une déstabilisation interne. À cela s’ajoute l’accord de défense mutuelle signé avec Riyad en septembre 2025, qui oblige les deux pays à se porter secours mutuellement, ce qui signifie qu’une attaque iranienne sur l’Arabie saoudite engage mécaniquement le Pakistan. Islamabad joue donc les médiateurs avec un couteau dans le dos.
La tentation de l’histoire n’est pas absente des calculs pakistanais. De tels pourparlers conféreraient au Pakistan une stature internationale inédite depuis son rôle dans la médiation ayant conduit à la visite historique du président Nixon en Chine en 1972.
Islamabad fut alors le pont secret entre Washington et Pékin. L’ambition est la même aujourd’hui: transformer une situation subie en capital diplomatique durable.
Pour l’heure, les obstacles demeurent immenses. Le Pakistan continue de transmettre des messages. Dans une guerre où personne ne veut être vu en train de céder, avoir un facteur discret est peut-être la seule porte de sortie possible.




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