Une économie «percutée par les désordres mondiaux»: la croissance française devrait être moins bonne que prévu aux premier et deuxième trimestres en raison d'une inflation liée à la hausse des prix des hydrocarbures, même si elle «résistera» à ce stade, a indiqué mardi l'Insee.
Après une croissance de 0,5% au troisième trimestre 2025 puis un ralentissement à 0,2% au quatrième trimestre, l'Institut national de la statistique prévoit à nouveau une hausse de 0,2% du produit intérieur brut (PIB) aux premier et deuxième trimestres 2026, a-t-il indiqué dans sa note de conjoncture intitulée «Inflation ravivée, croissance fragilisée».
C'est en-deçà de sa précédente estimation de décembre: l'Insee tablait alors sur une croissance de 0,3% au premier trimestre, et autant au deuxième.
«L'environnement international a brutalement changé», a indiqué lors d'une conférence de presse le chef du département de conjoncture de l'Insee, Dorian Roucher.
La hausse des prix du gaz et de ceux du pétrole, «qui tutoient les 100 dollars contre un peu plus de 60 dollars» avant le conflit «propulseraient l'inflation au-delà de 3% d'ici juin dans la zone euro comme aux États-Unis et autour de 2% en France» au «cours du printemps», a-t-il ajouté.
Avec ce «net regain d'inflation», elle était jusqu'ici faible, à 0,9% en février en France, les «désordres du monde viendraient percuter l'économie française via les prix», a-t-il dit.
Cette «brusque remontée» de l'inflation ne «contaminerait pas encore les autres secteurs» au premier semestre, sauf «le transport aérien» via le prix du kérosène, selon l'Insee.
Devant la commission des Finances de l'Assemblée nationale, le ministre de l'Économie Roland Lescure a qualifié la situation de «nouveau choc pétrolier».
«Si ce choc énergétique persiste au-delà de quelques semaines, la crise pourrait se diffuser plus largement à l'économie, et être au fond d'une nature plus systémique», a estimé M. Lescure.
Croissance «fragilisée»
Selon l'Insee, l'«acquis de croissance» à mi-2026, c'est-à-dire ce que serait la croissance totale annuelle si le PIB n'évoluait plus du tout au second semestre, serait de 0,9%, contre 1% prévu avant. Il atteindrait donc un niveau équivalent à la croissance de l'année 2025, qui était de 0,9%.
L'institut statistique, qui retient l'hypothèse d'un maintien des cours du pétrole autour de 100 dollars jusqu'en juin, estime ainsi que la croissance serait «fragilisée», mais «résisterait» à ce stade.
«Les enquêtes de conjoncture étaient plutôt encourageantes jusqu'au déclenchement du conflit, ce qui nous fait penser qu'à très court terme, la croissance résiste grâce à cet élan de reprise qui était déjà en cours», a souligné Dorian Roucher.
Mais l'Insee prévient: une intensification du conflit, notamment en cas de destruction des capacités de production d'hydrocarbures des pays du Golfe, «conduirait à une hausse encore plus marquée des prix», avec des effets plus graves sur l'économie.
Dans le détail, l'Insee prévoit que la croissance soit soutenue au premier semestre par le commerce extérieur, le secteur aéronautique et une demande privée mieux orientée.
Effets sur les ménages
Les ménages seront touchés par le regain d'inflation, via notamment leur pouvoir d'achat, qui «flancherait». «Ce sont les ménages qui paieraient à court terme la facture», a souligné Dorian Rocher.
La consommation des ménages, elle, «serait freinée», souligne l'Insee, mais l'effet «ne serait toutefois pas immédiat», car les Français atténueraient le choc inflationniste en puisant dans leur épargne.
Au premier trimestre, la consommation ralentirait nettement (+0,1% après +0,4%), mais surtout du fait de la douceur de l'hiver. Au deuxième trimestre, le rebond serait limité (+0,2%), les ménages «commençant à restreindre leurs dépenses» sous l'effet de l'inflation.
L'institut a relevé une «ruée vers les stations-service début mars», via les paiements en carte bleue à la pompe. Mais il prévoit qu'elle «ne devrait pas avoir d'impact sur la consommation du trimestre, car elle serait compensée par de moindres achats sur la deuxième partie du mois».
Pour l'Insee, qui ne donne pas encore de prévision pour le second semestre, «l'essentiel des effets» de la guerre au Moyen-Orient sera «attendu en seconde partie d'année».
Selon le baromètre PMI Flash publié mardi par S&P Global, l'activité du secteur privé en France a connu en mars sa plus forte contraction depuis octobre.
AFP



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