Les vins français de nouveau dans la ligne de mire des États-Unis
Des bouteilles de vin français sont exposées à la vente dans un magasin d’alcool, le 3 décembre 2019, à Arlington, en Virginie. ©Olivier Douliery / AFP

Pris de nouveau dans les nasses de la géopolitique, les vins français, déjà en crise et dépendants du marché américain, se retrouvent encore une fois menacés par Donald Trump d'une surtaxe à 200% «inimaginable».

Le président américain en a brandi la menace lundi en réponse au refus d'Emmanuel Macron de rejoindre son «Conseil de paix», une pression aussitôt jugée «inacceptable» par Paris.

«Je suis très inquiet, parce qu'on juge sur pièce maintenant l'administration Trump et son président, et généralement il arrive au bout des choses», a réagi mardi Jérôme Bauer, président de la Confédération des producteurs de vins et eaux-de-vie de vin à appellations d'origine contrôlée (Cnaoc).

La France a expédié en 2024 pour 2,4 milliards d'euros de vin et 1,5 milliard de spiritueux aux États-Unis, qui absorbe environ un quart de ses exportations.

Cumulant les crises (consommation en recul, changement climatique, sanctions chinoises sur le cognac...), la viticulture française sort d'une année 2025 déjà chahutée par les intimidations douanières.

En mars, le président américain avait déjà menacé les alcools européens de taxe à 200% quand l'UE envisageait de répliquer à des surtaxes américaines sur l'acier.

La bataille s'était soldée par un taux de 15% de droits de douane, fixé en août lors d'un accord trouvé avec Bruxelles. Jusqu'alors, ces droits étaient minimes et les spiritueux étaient exonérés.

Cela a déjà «des effets, avec une baisse, pas très importante pour le moment, des échanges vers les États-Unis et surtout une perte» de revenus, les producteurs ayant absorbé une part du surcoût, décrit M. Bauer, sans pouvoir encore donner de chiffre.

La profession estime que chaque point de taxe supplémentaire, c'est 1% de commerce en moins: un enseignement des années 2019-20, quand 25% de surtaxe Trump dans le cadre d'un conflit sur l'aéronautique avaient coûté 25% d'exportations aux vins français.

«Deux cents pour cent, c'est totalement inimaginable», a ajouté mardi le vigneron alsacien.

«Cela reviendrait à tuer les exportations aux États-Unis», résume Thiébault Huber, président de la Confédération des appellations et vignerons de Bourgogne.

Le week-end dernier, Donald Trump avait évoqué pour les produits européens 10% puis 15% supplémentaires: «déjà c'était compliqué, ça allait geler tout ce qu'on avait reconstruit», note M. Huber.

Ne «pas attiser le feu»

Veillant à ne pas surréagir, la Fédération des exportateurs de vins et spiritueux de France (FEVS) a renvoyé mardi à l'UE le soin de traiter la nouvelle sortie du président américain.

«Il s’agit de questions géopolitiques qui dépassent les enjeux sectoriels des vins et spiritueux. En ce qui concerne la politique commerciale, c’est une compétence exclusive de l’Union européenne. Le sujet doit donc être traité au niveau européen, de manière unie et coordonnée», a réagi la FEVS, appelant au «sang-froid».

«C'est une menace à ce stade, inadmissible, d'une brutalité inouïe, qui ne peut pas rester sans réaction», a réagi sur TF1 la ministre de l'Agriculture Annie Genevard, déplorant «un outil de chantage».

Le premier syndicat agricole, la FNSEA, a appelé l'Europe à arrêter de «subir ces bras de fer» avec Donald Trump, qui «est en train de détruire une partie de l'économie mondiale pour régner», a dit son secrétaire général Hervé Lapie sur Europe 1.

Du côté des viticulteurs, on invite les représentants français à «ne pas attiser le feu» et à parler aux côtés de l'Europe.

«On se sent pris en otage. La France s'expose beaucoup trop par rapport à d'autres pays producteurs européens, et la réponse de Trump vise encore une fois un fleuron français», note M. Baeur. «Donald Trump ne fait que prêcher la paix dans le monde, mais finalement il ouvre des guerres commerciales partout», relève-t-il.

Lors de la discussion budgétaire, le secteur s'était déjà ému d'un projet seulement français de taxation accrue des géants du numérique, redoutant des rétorsions.

Pour tenter de se diversifier, les viticulteurs ont soutenu l'accord UE-Mercosur. Mais ce marché à 70 millions d'euros reste loin de l'américain, mature et premium.

Celui-ci «est difficilement remplaçable à court terme», admet M. Bauer: «on espère que l'UE puisse lever les barrières douanières dans d'autres pays. Le commissaire (Christopher) Hansen est très actif, notamment en Inde. Mais cela va prendre beaucoup de temps».

AFP

 

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