Salim Zeeni : « L’industrie libanaise est habituée aux crises »
©Ici Beyrouth

Au 12ᵉ jour de la guerre et dans un contexte de fortes tensions régionales, l’industrie libanaise tente de maintenir le cap. Si les exportations vers les pays du Golfe sont quasiment à l’arrêt en raison de la fermeture du détroit d’Ormuz, les marchés européen et américain restent ouverts malgré des perturbations logistiques. Pour Salim Zeeni, président de l’Association des industriels au Liban (ALI), un ralentissement de la production est possible, mais l’industrie libanaise a déjà prouvé sa capacité de résilience face aux crises.

1- Les tensions régionales ont-elles affecté la production industrielle ou les exportations libanaises? Dans quelle proportion?

Les exportations industrielles libanaises vers les pays du Golfe sont au point mort. Acheminées par voie maritime, elles se heurtent aujourd’hui à l’impraticabilité du détroit d’Ormuz. Ce marché représente environ 700 millions de dollars pour l’ensemble de l’industrie libanaise, sans compter l’Arabie saoudite, qui représentait autrefois 500 millions de dollars et reste désormais fermée aux exportations libanaises. Les industriels et commerçants ne sont même pas autorisés à faire transiter leurs marchandises, rendant impossible tout transfert de camions pour un transport terrestre vers d’autres pays arabes.

En revanche, les marchés européen et américain restent accessibles, malgré une perturbation de la chaîne logistique. Le marché européen seul pèse 650 millions de dollars, un chiffre élevé mais encore modeste comparé au volume des importations du Liban.

La crise n’est ni propre au Liban ni strictement régionale : des millions de conteneurs attendent actuellement sur les quais des ports européens. Pour y remédier, l’Association des industriels au Liban (AIL) collabore avec les compagnies de fret maritime afin de trouver des solutions et de contourner l’obstacle posé par la fermeture du détroit d’Ormuz.

2- Les tensions régionales ont-elles entraîné une hausse des coûts pour les industriels (transport, assurances, énergie)? Dans quelles proportions ?

Il est encore trop tôt pour estimer l’ampleur de la hausse des coûts. Par ailleurs, l’impact de la guerre varie selon les secteurs industriels, et il est particulièrement lourd pour les industries électro-intensives. Même en temps de paix, l’industrie libanaise reste peu compétitive, avec un coût de l’électricité parmi les plus élevés au monde. Quant à l’augmentation du prix du carburant et des primes d’assurance, il s’agit d’un phénomène mondial qui touche tous les pays.

3- Si la situation sécuritaire se détériore, quel impact sur l’industrie et l’emploi ?

Le secteur industriel libanais a démontré, au fil des années, une remarquable capacité d’adaptation face aux circonstances exceptionnelles. Entre 2019 et 2024, période marquée par une crise économique et financière historique ainsi que par la pandémie de Covid-19, les industriels ont fait preuve d’une réelle résilience.

Dans ces périodes difficiles, l’industriel libanais ajuste sa stratégie et passe souvent en « mode survie », afin de préserver ses fonds propres et surtout son capital humain. Contrairement à certaines sociétés de services, qui peuvent rapidement cesser leurs activités et se délocaliser vers des marchés plus favorables, l’industrie reste ancrée dans l’économie locale et s’efforce de maintenir sa production.

La guerre survient toutefois à un moment délicat : le secteur productif se trouve encore dans une phase de reconstruction et de rétablissement après plusieurs années de crises.

Ces dernières années ont néanmoins confirmé le rôle crucial de l’industrie libanaise comme alternative aux importations. Sur le marché local, son chiffre d’affaires atteint environ 10 milliards de dollars, 50 % de ses produits fabriqués localement sont écoulés sur le marché domestique.

Au-delà de sa contribution économique, l’industrie constitue également un pilier social : elle fait vivre près de 250 000 familles et contribue à l’entrée de devises dans le pays, aux côtés du tourisme et des transferts de la diaspora.

Certains segments se distinguent particulièrement :

  • l’industrie pharmaceutique, qui détient environ 15 % du marché local ;
  • l’industrie agroalimentaire, avec une part d’environ 45% ;
  • l’industrie des détergents et des produits d’hygiène, qui compte parmi les leaders du marché au Liban.

Dans le contexte de guerre, un ralentissement de la production n’est pas exclu. Toutefois, selon l’industriel, celui-ci devrait rester limité et temporaire.

 

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