Pionnières, battantes, championnes : ces Libanaises qui ont marqué le sport
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En cette Journée internationale des femmes, le Liban n’a ni tout à fait le cœur ni vraiment le luxe de célébrer comme il se doit. La guerre qui ravage à nouveau le pays, au rythme des frappes israéliennes et des combats avec le Hezbollah, assombrit l’instant, brouille les élans et relègue la fête à l’arrière-plan. Mais ce n’est pas une raison pour effacer celles qui, depuis des décennies, ont ouvert des brèches, tenu leur ligne et hissé les couleurs libanaises sur les pistes, dans les bassins, sur les tatamis, les parquets, les montagnes ou les stands de tir.

À titre historique, le premier nom à surgir est celui d’Ani Jane Meguerdichian, première femme à avoir représenté le Liban aux Jeux olympiques. À Munich, en 1972, la nageuse de 19 ans s’aligne sur le 200 m brasse, puis sur le 100 m brasse, sans franchir le cap des séries. Elle entre ainsi en scène avant Arda Kalpakian, autre pionnière de cette même édition, engagée en athlétisme quelques jours plus tard. La natation libanaise féminine ouvre donc la voie avant l’athlétisme féminin libanais sur la scène olympique.

Cette liste n’a évidemment rien d’exhaustif, et des excuses s’imposent d’emblée auprès de celles que l’espace, l’angle retenu ou les limites de l’exercice auraient pu laisser hors champ. Mais ces seize trajectoires racontent déjà beaucoup : des pionnières, des olympiennes, des bâtisseuses et des femmes de caractère qui ont marqué, chacune à sa manière, l’histoire du sport libanais. Les noms qui suivent sont présentés par ordre alphabétique, et non selon un quelconque classement.

Andrea Paoli
Avant Laetitia Aoun, il y eut Andrea Paoli. Olympienne à Londres 2012, elle a offert au taekwondo féminin libanais une visibilité olympique précieuse, à une époque où chaque percée avait valeur d’ouverture. Son parcours reste celui d’une pionnière moderne, d’une femme qui a donné à sa discipline une crédibilité nouvelle sous le drapeau libanais.

Aziza Sbaity
Aziza Sbaity, c’est la vitesse en version libanaise. Recordwoman nationale du 100 m et du 60 m, multiple championne nationale, elle a replacé le sprint féminin libanais dans une zone de respectabilité régionale et internationale. Chez elle, il n’y a pas seulement l’explosivité : il y a aussi la constance, la répétition, et cette capacité à durer au sommet.

Chirine Njeim
Il y a chez Chirine Njeim une rareté qui force le respect. Trois Jeux olympiques d’hiver en ski alpin, puis un marathon olympique à Rio en 2016 : peu d’athlètes, au Liban ou ailleurs, peuvent revendiquer une telle traversée des mondes. Deux fois porte-drapeau, elle a donné au sport libanais l’image d’une femme capable de relier la neige et l’asphalte, la glisse et l’endurance, avec la même exigence.

Gabriella Doueihy
Double olympienne en natation, Gabriella Doueihy a incarné une forme de régularité rare dans une discipline où l’exigence quotidienne use autant qu’elle révèle. Sa répétition au plus haut niveau, sa solidité dans les bassins internationaux et sa place durable parmi les meilleures nageuses du pays en font l’un des visages les plus sûrs de la natation féminine libanaise contemporaine.

Gretta Taslakian
Gretta Taslakian appartient à ces noms qu’aucune évocation sérieuse du sport féminin libanais ne peut contourner. Triple olympienne, elle a longtemps porté presque seule le drapeau du sprint féminin libanais sur la scène olympique. Sa longévité, sa densité et sa présence sur trois olympiades lui donnent une place à part.

Jacky Chamoun
Double olympienne en ski alpin, Jacky Chamoun a imposé son nom dans un univers rarement associé au Liban. Elle a offert au pays une présence identifiable dans les sports d’hiver et contribué, avec d’autres, à rendre plus visible la filière féminine sur la neige. Dans l’imaginaire sportif libanais, elle reste l’un des visages les plus marquants de cette scène.

Joyce Azzam
Joyce Azzam ne vient pas du sport fédéral classique, mais son cas déborde les catégories. Première Libanaise à avoir bouclé les Seven Summits, elle a porté l’alpinisme libanais sur un sommet symbolique et physique hors norme. Sa place ici tient à l’ampleur de l’exploit autant qu’à sa puissance d’inspiration.

Laetitia Aoun
Avec Paris 2024, Laetitia Aoun a fait franchir un cap au taekwondo féminin libanais. Pour sa première apparition olympique, elle s’est hissée jusqu’au combat pour le bronze et a terminé cinquième, au pied d’un podium que le Liban attend toujours au féminin. Son nom appartient déjà au présent fort du sport libanais, et peut-être davantage encore à son avenir.

Mahassen Hala Fattouh
Mahassen Hala Fattouh a ouvert une porte lourde : celle de l’haltérophilie olympique pour le Liban. Présente aux Jeux olympiques, elle a donné à son sport une visibilité rare et à sa trajectoire une dimension pionnière évidente. Dans une discipline longtemps verrouillée pour les femmes, son nom compte double.

Manon Ouaiss
Olympienne et porte-drapeau du Liban, Manon Ouaiss s’est imposée comme l’un des visages récents les plus convaincants du ski féminin libanais. Qualifiée pour les Jeux de 2026, elle n’a toutefois pas pu y participer en raison d’une blessure. Elle prolonge, à sa manière, une filière où la neige n’a jamais été un décor, mais un vrai terrain d’expression sportive.

Mariana Sahakian
Il y a chez Mariana Sahakian quelque chose de l’endurance silencieuse. Double olympienne, elle a maintenu le tennis de table féminin libanais à flot et à niveau pendant des années. Sa longévité, son exigence et son obstination en font une figure précieuse d’un sport peu exposé mais redoutablement exigeant.

May El Khalil
May El Khalil n’est pas ici pour un palmarès d’athlète, mais pour une œuvre. Fondatrice et présidente de la Beirut Marathon Association, elle a transformé le marathon de Beyrouth en rendez-vous national et en mouvement collectif. Chez elle, l’exploit n’est pas dans le chrono, mais dans la capacité à avoir fait du sport un espace de rassemblement, de souffle et de reconstruction.

Mona Shaito
Double olympienne en escrime, Mona Shaito a donné de l’épaisseur à une discipline peu médiatisée mais impitoyablement technique. Son parcours a montré qu’une Libanaise pouvait exister avec sérieux et constance dans un sport de précision, d’exigence et de nerfs. Son nom appartient à ces trajectoires qui s’installent par la tenue, le travail et la durée.

Ray Bassil
Ray Bassil défend aujourd’hui d’autres couleurs. Mais l’histoire ne s’efface pas d’un coup de tampon administratif : quadruple olympienne sous les couleurs du Liban, elle reste l’un des plus grands noms du tir sportif libanais. Dans un panorama historique, sa place demeure incontournable, même si son drapeau a changé.

Rebecca Akl
Dans le basket, Rebecca Akl n’est pas seulement une cadre : c’est une locomotive. Meneuse, scoreuse, capitaine, repère, elle a porté l’équipe nationale dans plusieurs rendez-vous majeurs du basket asiatique. Elle est aujourd’hui l’un des visages les plus forts du sport collectif féminin libanais.

Zeina Mina
Zeina Mina mérite davantage qu’une simple mention d’ancienne olympienne. Oui, elle a représenté le Liban aux Jeux. Mais elle a surtout ensuite beaucoup fait pour la structuration du sport libanais : doyenne de faculté, actrice de la formation, de la performance et des politiques sportives, puis responsable à l’échelle francophone. Chez elle, la carrière ne s’est pas arrêtée à la piste : elle s’est prolongée dans l’architecture même du sport.

Des bassins de Munich aux pistes enneigées, des tatamis aux stands de tir, des sommets aux parquets, une même ligne relie ces trajectoires : rien ne leur a été offert, tout a été conquis. Et dans un Liban trop souvent secoué, c’est peut-être là leur plus belle victoire : avoir prouvé, encore et toujours, que les Libanaises n’attendent pas qu’on leur fasse une place — elles la prennent.

 

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