Or et dollar sous pression des tensions géopolitiques
©Ici Beyrouth

Mardi, sur le marché de l’or, le métal précieux a renoué avec la hausse après une forte baisse, dépassant 5.150 dollars l’once et s’éloignant de son plus bas niveau en plus d’une semaine. Cette progression intervient alors que le dollar recule face à un panier de devises et que l’incertitude géopolitique s’accentue, notamment avec l’intensification des frappes aériennes américano-israéliennes sur l’Iran. Ces facteurs renforcent la demande pour l’or, considéré comme une valeur refuge en période de tensions.

En effet, l’or a repris des gains ce matin à mesure que les tensions dans la région s’intensifient. Cette hausse fait suite à l’annonce par le corps des Gardiens de la révolution iranien de son contrôle total du détroit d’Ormuz, ainsi qu’aux déclarations du président américain Donald Trump affirmant que la marine américaine est capable d’escorter les pétroliers traversant le détroit si nécessaire. Tous les regards se tournent désormais vers les détails de la stratégie américaine qui sera dévoilée pour sécuriser et accompagner les navires transportant du pétrole.

Malgré la baisse enregistrée mardi, le prix de l’once d’or demeure élevé, affichant un gain d’environ 20% depuis le début de l’année 2026. Ces gains se sont encore renforcés après la hausse constatée mercredi. En 2025, l’or avait enregistré une progression d’environ 64%, confirmant ainsi son rôle traditionnel de valeur refuge.

Pourquoi l’or a-t-il reculé mardi?

La guerre au Moyen-Orient s’est étendue, entraînant une flambée des prix du pétrole en raison des craintes de perturbation des approvisionnements et de l’annonce par le Corps des Gardiens de la révolution iranien de la fermeture du détroit d’Ormuz. Cette situation a ravivé les inquiétudes liées à l’inflation et au ralentissement de la croissance mondiale, dans un contexte où le pétrole a dépassé les 82 dollars le baril.

Ce que nous observons actuellement rappelle la série de chocs qui ont frappé le marché de l’énergie ces dernières années. Cela se traduit par une forte hausse des prix du pétrole, ainsi que des coûts de production, de transport et d’assurance des navires-citernes, contribuant en fin de compte à alimenter l’inflation tout en pesant sur le pouvoir d’achat des consommateurs.

Avec la probabilité croissante d’une poursuite du conflit, les marchés se trouvent confrontés à une équation délicate: d’un côté, maîtriser l’inflation, de l’autre, protéger la croissance réalisée et éviter de glisser vers une nouvelle phase de récession.

Les évolutions géopolitiques et sécuritaires rapides au Moyen-Orient ont plongé les marchés dans un climat d’inquiétude et d’attente, tandis que les prix des métaux ont fortement reculé, notamment l’or. Mardi dernier, le métal jaune a ainsi accentué ses pertes, parallèlement à la forte hausse du dollar.

La performance décevante de l’or s’explique par un ensemble de facteurs imbriqués, en tête desquels la hausse du dollar, qui a lourdement pesé sur le métal jaune. La vigueur du dollar constitue un facteur clé de pression sur l’or et les autres métaux, l’or étant libellé en dollars américains. Avec la progression du billet vert, l’élan haussier que l’on aurait pu attendre sur le métal jaune après le déclenchement des opérations militaires a été considérablement réduit.

Pourquoi le dollar a-t-il d’abord progressé avant de reculer?

Le billet vert avait renforcé ses positions face aux principales devises, stimulé par l’intensification du conflit au Moyen-Orient, qui a poussé les investisseurs à se tourner vers les valeurs refuges, parmi lesquelles le dollar. Cette hausse s’explique par la crainte des investisseurs que la flambée des prix du pétrole n’accentue les pressions inflationnistes aux États-Unis, ce qui pourrait conduire à une révision les anticipations concernant la politique de taux d’intérêt américaine.

En résumé, les développements géopolitiques ont fortement fait grimper le prix du pétrole, et plus largement, celui de l’énergie en général. Face à ces hausses, les perspectives d’inflation aux États-Unis se sont compliquées, rendant plus probable un report de la baisse des taux d’intérêt américains. Cette situation a renforcé le dollar, limitant par ricochet la progression de l’or.

Le dollar a toutefois reculé après un relatif apaisement des craintes, consécutif à l’annonce du secrétaire au Trésor américain, Scott Biden, selon laquelle la marine américaine pourrait intervenir pour sécuriser le passage des pétroliers dans le détroit d’Ormuz si nécessaire. Cette mesure vise à protéger les flux énergétiques mondiaux alors que les tensions au Moyen-Orient s’intensifient.

M. Biden a également souligné que les États-Unis se trouvent dans une situation très différente de celle qui avait suivi le déclenchement de la guerre en Ukraine, laissant entendre qu’ils disposent d’une plus grande capacité pour gérer d’éventuelles perturbations dans l’approvisionnement en pétrole.

L’administration américaine se prépare à publier une série d’annonces concernant le marché pétrolier dans les prochaines semaines, parallèlement à des discussions en cours avec les armateurs et les courtiers en assurance sur les dispositifs de sécurisation des cargaisons maritimes face aux risques croissants.

M. Biden a enfin souligné que le marché pétrolier dispose toujours d’un approvisionnement suffisant malgré les tensions militaires en cours et que l’offre reste solide, même avec l’intensification du conflit lié à l’Iran.

Quel avenir pour le dollar et l’or?

L’annonce américaine a quelque peu apaisé les craintes concernant le prix du pétrole, qui a conservé ses gains tout en ralentissant sa progression rapide. Cette évolution a également freiné la hausse du dollar, le marché évaluant désormais l’efficacité des mesures américaines pour sécuriser l’approvisionnement en pétrole et contenir les prix. À terme, cela pourrait limiter les inquiétudes inflationnistes et inciter la Réserve fédérale à ne pas modifier défavorablement sa de baisse des taux d’intérêt.

Selon FedWatch, l’outil de suivi des marchés de la CME Group pour les contrats à terme américains, les investisseurs s’attendent à ce que la Réserve fédérale (Fed) maintienne ses taux d’intérêt inchangés à l’issue de sa prochaine réunion de deux jours, le 18 mars. Les perspectives futures restent toutefois dépendantes de l’évolution de la situation géopolitique et de son impact sur l’inflation.

On ne peut cependant ignorer la gravité d’une poursuite des opérations militaires au Moyen-Orient et la crainte des investisseurs de voir la Réserve fédérale maintenir les coûts d’emprunt, c’est-à-dire les taux d’intérêt, inchangés plus longtemps que prévu, ou n’opérer que des réductions limitées. Un tel scénario pourrait entraîner un retour du dollar américain vers de nouveaux sommets historiques.

Dans ce contexte, Bank of America avait prévu, dans une note publiée mardi dernier, quelques jours avant le déclenchement du conflit, que le prix de l’once d’or atteindrait 6 000 dollars au cours des douze prochains mois, tandis que J.P. Morgan maintient ses prévisions pour la fin 2026 à 6 300 dollars l’once.

L’or continue de bénéficier de la demande en tant que valeur refuge, ce qui lui confère un certain soutien face aux pressions exercées par la vigueur dollar, du moins à court terme. Le métal jaune reste le principal bénéficiaire des risques géopolitiques, des cycles de baisses de taux de la Réserve fédérale américaine, ainsi que des achats des banques centrales et des flux des fonds négociés en bourse adossés à l’or.

 

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