Les réserves de la Banque du Liban chutent de 540 millions de dollars en 45 jours, avec des engagements mensuels de 418 millions. Sommes-nous confrontés à une pénurie de dollars qui pourrait limiter la capacité de la Banque du Liban à honorer ses obligations et à couvrir les salaires du secteur public ?
La Banque du Liban a enregistré une baisse de ses réserves en devises entre la mi-février et la mi-mars 2026, passant de 12,1 milliards de dollars à 11,66 milliards, soit une baisse d’environ 440 millions de dollars. Cette baisse s’est poursuivie, les réserves en devises atteignant fin mars 2026 près de 11,560 milliards de dollars, ce qui représente une baisse des réserves d'environ 540 millions de dollars entre la mi-février et la fin du mois de mars.
La Banque du Liban continue d’honorer ses engagements mensuels, en versant environ 418 millions de dollars par mois. Cette somme se divise entre 214 millions de dollars versés chaque mois à près de 350.000 déposants conformément aux circulaires 158 et 166, paiement que la Banque centrale continue d’assurer jusqu’à nouvel ordre, et environ 204 millions de dollars mensuels destinés à couvrir les salaires et rémunérations du secteur public et des retraités. Le ministère des Finances transfère cette masse monétaire en livres libanaises à la Banque du Liban, qui se charge à son tour de se procurer les dollars nécessaires pour la couvrir et la verser sur les comptes des employés du secteur public, des militaires et des retraités en dollars américains.
Les informations indiquent que la Banque du Liban dispose d’une liquidité disponible d’environ un milliard de dollars, suffisante pour couvrir l’intégralité de la masse monétaire en livres libanaises, estimée actuellement à environ 70.000 milliards de livres, soit près de 782 millions de dollars. Malgré cela, le marché connaît une pénurie de livres libanaises, alors que la Banque du Liban poursuit une politique d’assèchement du marché de la monnaie locale, bien qu'elle dispose de liquidités suffisantes pour couvrir toute augmentation « modérée » de cette masse monétaire. Cette pénurie a entraîné une hausse record du taux interbancaire en livres, atteignant parfois 120%.
Le problème persiste à moyen terme pour sécuriser les dollars nécessaires au renforcement des réserves en devises, alors que l’offre de dollars continue de baisser d’environ 50%. La balance des paiements montre un recul notable des entrées de devises, avec une baisse des transferts des expatriés, notamment en provenance des pays du Golfe, estimée à au moins 5% selon des sources non officielles, ainsi qu’un recul des recettes du secteur touristique, avec une facture touristique en baisse de plus de 75%, et une chute des exportations qui a atteint dans certains secteurs un niveau proche de zéro, notamment vers les pays du Golfe. À cela s’ajoute la prévision d’une contraction du PIB liée à la guerre et à ses conséquences, pouvant dépasser 8%, selon la durée et l’ampleur du conflit.
Les réserves en devises de la Banque du Liban s’épuisent rapidement, d’autant que la facture d’importation mensuelle dépasse 1 milliard de dollars, par conséquent, les réserves pourraient ne pas suffire pour plus de dix mois d'importations. La Banque du Liban pourrait se retrouver dans une situation délicate quant à la poursuite du mécanisme qu’elle a mis en place ces dernières années pour collecter des dollars directement sur les marchés afin de continuer à financer ses engagements. Cela soulève des questions quant à la capacité de la Banque du Liban à continuer de financer les circulaires et de couvrir les salaires du secteur public en dollars.



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