Nouvelle fronde maritime entre l’Irak et le Koweït
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Bagdad et Koweït City se retrouvent une nouvelle fois face à un différend maritime qui refait surface avec le dépôt par l’Irak de nouvelles coordonnées de ses frontières maritimes auprès des Nations unies, ravivant les tensions autour du stratégique canal de Khor Abdullah. Plusieurs monarchies du Golfe ont rapidement réaffirmé leur soutien à la capitale koweïtienne.

Selon le ministère irakien des Affaires étrangères, les nouvelles listes soumises à l’ONU incluent les coordonnées géographiques de points précis, accompagnées d’une carte explicative. Bagdad a précisé que ce dépôt remplace les envois précédents datant du 7 décembre 2021 et du 15 avril 2011, dans le cadre de la mise à jour des données maritimes irakiennes conformément au droit international. La documentation définit les eaux intérieures, la mer territoriale, la zone contiguë et la zone économique exclusive de l’Irak.

Selon le site web des Nations unies, «les coordonnées maritimes soumises à l'ONU sont des listes de points géographiques (latitude et longitude) déposées par les États côtiers auprès du Secrétaire général des Nations Unies, en vertu de la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer (Cnudm/Unclos), notamment les articles 16, 47, 75 et 84.  Ces données servent à définir officiellement les limites des espaces maritimes sous juridiction nationale et à assurer leur publicité internationale». 

La frontière maritime demeure un sujet majeur de discorde, plus de 35 ans après l’invasion du Koweït par Saddam Hussein, et malgré la reprise des relations diplomatiques entre les deux pays en 2003, à la suite de la chute de son régime.

Le Koweït, pour sa part, considère ces nouvelles coordonnées comme une «violation» de ses eaux souveraines. Le 21 février, le ministère koweïtien des Affaires étrangères a dénoncé que la carte inclut les îlots de Fisht al-Eid et Fisht al-Eij, que Kuwait City considère comme son «territoire incontesté». Le ministère a convoqué le chargé d’affaires irakien pour lui remettre une note de protestation officielle et a rappelé à Bagdad le respect de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer de 1982 et des accords bilatéraux existants.

Le différend concerne le canal de Khor Abdullah, corridor maritime reliant le port irakien d’Umm Qasr au Golfe et jouxtant le port koweïtien de Mubarak al-Kabeer, que le Koweït développe comme hub logistique entre l’Asie, le Moyen-Orient et l’Europe. Après l’invasion du Koweït par l’Irak en 1990, le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté la résolution 833 en 1993, fixant la frontière terrestre entre les deux États et laissant la délimitation maritime aux négociations ultérieures.

Les tensions ont de nouveau augmenté en septembre 2023, lorsque la Cour suprême fédérale irakienne a déclaré inconstitutionnel l’accord maritime de 2013 régissant la navigation dans le canal. Ratifié par les deux pays, cet accord encadrait la coopération technique et administrative entre les îles koweïtiennes de Bubiyan et Warbah et la péninsule irakienne de Faw, conformément à la résolution 833.

En Irak, l’accord avait suscité de vives critiques politiques, accusant le gouvernement de concéder trop de souveraineté au Koweït. Pour sa part, le Koweït continue de considérer l’accord de 2013 comme pleinement juridiquement contraignant.

À la suite du dépôt irakien, les Émirats arabes unis, l’Arabie saoudite, le Qatar et Bahreïn ont exprimé leur soutien au Koweït. Abu Dhabi a averti que la manœuvre pourrait porter atteinte aux droits maritimes du Koweït.

Riyad a annoncé suivre de près la situation, notant que les coordonnées incluent des zones adjacentes à la zone partagée saoudo-koweïtienne, riche en ressources naturelles. Doha a dénoncé une «violation de la souveraineté koweïtienne», tandis que Bahreïn a appelé Bagdad à agir «sérieusement et de manière responsable» pour respecter les relations bilatérales.

L’Irak, pour sa part, maintient que ses coordonnées sont «précises» et défend ses «droits et juridiction» sur ses zones maritimes, insistant sur le fait que la délimitation des zones maritimes relève de sa souveraineté et qu’aucun autre État n’a le droit d’intervenir, tout en réaffirmant son respect du droit international.

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