Le leader chiite irakien Moqtada el-Sadr a annoncé mercredi dernier la séparation complète de sa faction armée, les Saraya al-Salam (Brigades de la Paix), de son mouvement politique, le Courant national chiite, et leur intégration dans les forces armées officielles de l'État irakien. Un délai d'une semaine a été fixé pour compléter la remise, coïncidant avec la fête religieuse chiite de l'Eid al-Ghadir.
Le geste a été immédiatement salué par le Premier ministre Ali al-Zaidi, qui a appelé toutes les factions armées à «suivre la même voie nationale responsable». Derrière l'annonce, un calcul politique complexe.
Une milice née de la guerre contre Daech
Les Saraya al-Salam ont été fondées en juin 2014, au moment où l'État islamique s'emparait de Mossoul et de larges pans du territoire irakien. Intégrées aux Forces de mobilisation populaire (FMP) à travers les brigades 313, 314 et 315, elles ont assuré des missions de sécurité dans plusieurs régions, notamment à Samarra.
Héritières de l'Armée du Mahdi – la milice que Sadr avait dirigée contre les forces américaines après 2003 avant de la dissoudre en 2008 –, elles ont été accusées au fil des années d'assassinats, d'enlèvements et d'extorsions. Leur idéologie se distingue toutefois des groupes pro-iraniens : nationaliste irakienne plutôt qu'alignée sur Téhéran, la milice sadriste a même affronté directement les factions du Cadre de coordination – coalition de partis chiites majoritairement alignés sur l'Iran – lors des violences de la Zone verte en août 2022.
Un désarmement sous pression américaine
L'annonce de Sadr intervient dans un contexte de pression intense des États-Unis sur Bagdad. L'intégration des Forces de mobilisation populaire (FMP) dans les forces de sécurité, le désarmement des autres groupes et l'exclusion des politiciens qui leur sont liés des postes gouvernementaux constituent les principales exigences du président Trump à l'égard du gouvernement Zaidi. Washington a suspendu sa coopération sécuritaire et les transferts de dollars irakiens pour contraindre Bagdad à former une coalition sans influence iranienne.
Pour répondre à cette pression, l'Irak débat d'un projet de ministère fédéral des affaires sécuritaires qui fusionnerait les FMP, la police fédérale, la force de réponse rapide et les gardes-frontières sous une structure unique supervisée par le Premier ministre. Un comité réunissant Zaidi, l'ancien Premier ministre Soudani et le chef de l'Organisation Badr Hadi al-Amiri travaillait déjà depuis le 9 mai sur un «projet exécutif» de désarmement avant l'annonce de Sadr, selon Asharq Al-Awsat.
Un coup tactique contre les rivaux pro-iraniens
Réduire le désarmement des Saraya al-Salam à une simple concession à Washington serait pourtant une erreur d'analyse. En remettant ses armes en premier, Sadr crée ce qu'un analyste interrogé par le média Alhurra appelle «un nouveau référentiel politique» auquel la conduite des autres milices sera désormais mesurée. Kataeb Hezbollah et Harakat al-Nujaba ont refusé catégoriquement tout désarmement – cette dernière qualifiant le projet de «purement américain».
Asaib Ahl al-Haq de Qais al-Khazali envoie des signaux ambigus. En se positionnant du côté de l'État, Sadr isole ses rivaux chiites dans une posture intenable : ils ne peuvent ni le suivre sans perdre leur levier de pouvoir, ni refuser ouvertement sans s'exposer aux accusations de loyauté étrangère.
Ce calcul est rendu possible par une particularité du mouvement sadriste que Chatham House documentait dès 2022 : la base sadriste obéit à Sadr pour des raisons religieuses et identitaires, pas militaires. Contrairement aux factions pro-iraniennes dont la survie politique dépend directement de leurs armes, Sadr peut remettre ses armes sans se désarmer politiquement.
Des doutes sur la mise en œuvre
Le scepticisme reste néanmoins de mise. L'ancien député Sajjad Salem rappelle dans Asharq Al-Awsat que Sadr avait déjà annoncé par le passé la dissolution de sa milice sans jamais la mettre en œuvre. L'analyste Ihsan al-Shammari, cité par The National, va plus loin : même si le nouveau ministère sécuritaire voit le jour, «tout ce qui se passera, c'est offrir une nouvelle couverture fédérale aux FMP», sans résoudre la question des armes hors contrôle étatique. Depuis plus d'une décennie, les groupes armés irakiens répondent à la pression extérieure par des gestes symboliques avant de revenir à leurs pratiques habituelles dès que la pression retombe.
L'envoyé spécial américain en Irak, Mark Savaya, a lui-même averti que les simples déclarations d'intention ne suffisaient pas, exigeant un désarmement «complet, irréversible et mis en œuvre dans un cadre national contraignant», selon l'International Crisis Group. Si la décision de Sadr ouvre indéniablement une nouvelle phase dans le bras de fer sur le monopole de la force en Irak, «la route est très longue», concluait al-Shammari. Et si la guerre entre les États-Unis et l'Iran reprend, «tout cela pourrait s'évanouir».
Reste à savoir si la leçon traversera la frontière pour atteindre certains esprits à Beyrouth. À bon entendeur, salut.



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