Après trois jours de mobilisation intense menée par le syndicat des camions frigorifiques et le blocage du passage des poids lourds au poste-frontière de Masnaa et Jdeidet Yabous, une percée diplomatique est intervenue jeudi soir. Un accord libano-syrien provisoire a été conclu, prévoyant la reprise normale du trafic des camions pour une durée de sept jours, dans l’attente d’un mécanisme permanent.
Cette entente vise à contenir les pertes économiques, fluidifier le trafic et rétablir les chaînes d’approvisionnement perturbées depuis samedi dernier.
Une crise déclenchée par une décision unilatérale
À l’origine de la tension : une décision soudaine de l’Autorité générale syrienne des postes-frontières et des douanes interdisant l’entrée sur le territoire syrien des véhicules non syriens, à l’exception des camions en transit.
Dans les faits, les transporteurs libanais étaient contraints de transférer leurs cargaisons sur des camions syriens dès la frontière. Une mesure perçue comme une inégalité flagrante, d’autant que les camions syriens continuent d’entrer au Liban sans restriction similaire.
Estimant subir un traitement asymétrique, les camionneurs libanais ont bloqué les points de passage stratégiques de Masnaa et de Jdeidet Yabous, réclamant l’application du principe de réciprocité.
Une réunion décisive à Masnaa
Face à l’escalade, une délégation syrienne s’est rendue à Masnaa, où une réunion conjointe s’est tenue au centre des douanes libanaises. Elle a rassemblé des représentants officiels, des administrations concernées ainsi que des syndicats et fédérations des deux pays.
Les discussions ont abouti à l’adoption d’un mécanisme transitoire fondé sur la réciprocité, destiné à organiser le mouvement des camions sans porter atteinte aux positions juridiques de chaque partie.
Les modalités de l’accord
Concrètement, les camions libanais sont désormais autorisés à entrer dans les zones douanières syriennes pour y décharger leurs marchandises, puis à repartir chargés de produits syriens. Le même principe s’applique aux camions syriens entrant au Liban.
Certaines marchandises sont toutefois exemptées du dispositif en raison de leur nature : produits transportés en citernes, matières dangereuses, ciment en vrac, matières premières pour l’industrie du ciment ou encore médicaments spécifiques ne pouvant supporter une opération de transfert.
Les deux parties ont également convenu d’autoriser, à titre exceptionnel et unique, l’entrée des camions restés bloqués à la frontière au moment de la réunion, à condition qu’ils repartent vides après déchargement. Cette mesure ne constitue ni un précédent ni un droit acquis.
L’accord est valable du 13 au 20 février 2026. Une réunion d’évaluation est prévue le 19 février afin d’examiner les résultats de cette phase test et de décider d’un éventuel ajustement, élargissement ou arrêt du mécanisme.
Les autorités ont par ailleurs insisté sur le caractère strictement temporaire et organisationnel de la mesure, qui ne modifie en rien les accords bilatéraux existants.
Un apaisement temporaire, mais des enjeux structurels
Si cet accord devait permettre un retour progressif à la normale au poste-frontière de Masnaa, la question de fond demeure : celle de l’équilibre réel entre les deux secteurs du transport routier.
Les chiffres illustrent un déséquilibre structurel. La flotte libanaise compte environ 5 000 camions, dont 20 % appartiennent à des Syriens et dont la majorité des chauffeurs sont de nationalité syrienne. En face, la Syrie dispose d’environ 15 000 camions.
Chaque jour, 150 à 200 camions syriens entrent au Liban, dont la moitié repartent chargés. À l’inverse, 80 à 100 camions libanais franchissent quotidiennement la frontière syrienne, et seuls 20 % poursuivent leur route vers d’autres pays arabes.
Dans ce contexte, il apparaît difficile de considérer le secteur libanais comme une menace pour son homologue syrien.
Au-delà de l’apaisement immédiat, les sept jours d’essai seront déterminants. Ils diront si ce compromis provisoire peut ouvrir la voie à une formule durable, capable de mettre un terme aux tensions récurrentes sur cet axe frontalier vital pour les deux économies.




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