Le Liban doit compter sur lui-même pour rebâtir ce que le Hezbollah, la milice pro-iranienne, a détruit après avoir déclaré unilatéralement la guerre de soutien à Gaza, plongeant le pays dans un cycle de violence destructeur. Les besoins financiers sont colossaux, alors même que, dans le budget 2026, les taxes indirectes représentent déjà 79 % des recettes fiscales et que les dépenses d’investissement ne pèsent que 11 % du total, destinées à peine à la maintenance de base. Une reconstruction qui ressemble à un véritable casse-tête, d’autant que les pays amis — États-Unis, Europe, Golfe — ont d’autres priorités urgentes.
Les zones d’ombre de la reconstruction
Près d’un an et demi après le cessez-le-feu entre Israël et le Hezbollah, le gouvernement de Nawaf Salam a enfin approuvé un plan-cadre fixant, sur le papier, les principes de reconstruction du Sud-Liban et d’indemnisation des sinistrés, y compris ceux touchés par l’explosion du port de Beyrouth. Mais le document laisse perplexe : aucune échéance n’est prévue pour le démarrage des indemnisations, que ce soit pour reconstruire, réhabiliter ou reloger les déplacés.
Le plan repose sur une estimation des dégâts à 11 milliards de dollars, issue du rapport de la Banque mondiale «Rapid Damage and Needs Assessment» (RDNA), publié en mars 2025 avec l’appui technique du Conseil national de la recherche scientifique (CNRS) à la demande du gouvernement. Mais sur la question la plus sensible — le financement — le texte reste muet. Aucun mécanisme, aucune source de fonds n’y est précisée. Un cadre sans calendrier ni moyens, qui souligne l’ampleur du défi et les zones d’ombre de la reconstruction.
Une aide internationale quasi inexistante
Le rapport de la Banque mondiale est sans appel : la reconstruction du Sud-Liban se déroule dans un quasi-vide international. Seule une aide d’urgence exceptionnelle de 250 millions de dollars, limitée à la maintenance des infrastructures, a été apportée. La communauté internationale reste aux abonnés absents. Ce désengagement contraint l’État libanais à se débrouiller seul, en puisant dans des ressources locales déjà exsangues ou en sollicitant des financements extérieurs, souvent marginaux.
Le gouvernement se retrouve coincé : il doit aujourd’hui supporter les conséquences dévastatrices d’une guerre qu’il n’a ni voulue ni déclarée. Le Liban est en proie à une crise multidimensionnelle, avec une trésorerie fragile et des contribuables vulnérables. L’excédent budgétaire dégagé en 2025 a déjà été englouti par la révision à la hausse de 37 % des allocations salariales et 25 % des allocations sociales aux fonctionnaires. Quant au crédit de 89 millions de dollars prévu dans la loi de finances 2026 pour la reconstruction, c’est une goutte d’eau dans l’océan. Le crédit a été inséré suite à une pression soutenue de la Commission parlementaire des Finances et du Budget.
Des niches fiscales encore négligées
Le pouvoir continue de négliger des sources de revenus potentiellement importantes. Il rechigne à briser les logiques de l’économie de rente en taxant les capitaux et fortunes à l’étranger, les sociétés offshore, les hauts revenus ou l’occupation illégale du domaine maritime. Selon la Banque mondiale, 10 % des Libanais détiennent 55 % du revenu national, justifiant largement une fiscalité progressive.
Des bailleurs étrangers contraints par de nouvelles priorités
Quant aux financements internationaux, ils se raréfient. Les États-Unis, confrontés à un déficit public élevé et à des priorités économiques internes, réduisent drastiquement leur soutien aux agences onusiennes, et à plusieurs programmes d’aide jugés inefficients, privilégiant désormais des logiques d’investissement à retour économique.
L’Union européenne fait face à des contraintes similaires, liées au coût de la guerre en Ukraine et à ses propres équilibres budgétaires. Ses priorités se concentrent sur la sécurité énergétique et la stabilité financière, au détriment de programmes de reconstruction à long terme.
Quant aux pays du Golfe, ils ont tourné la page des aides inconditionnelles. Les financements sont désormais sélectifs et liés à des projets rentables, dans un cadre réglementaire stable et sécurisé. Les capitaux se dirigent vers des secteurs à forte valeur ajoutée — intelligence artificielle, énergies renouvelables, tourisme — laissant peu de place à des engagements traditionnels pour la reconstruction.
Un chantier bloqué par le manque de garanties
Dans ce contexte, l’absence de garanties sécuritaires et institutionnelles constitue un obstacle majeur. Faute de visibilité économique et politique, les conditions d’une reconstruction sérieuse restent loin d’être réunies, laissant entrevoir la prolongation du statu quo.




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