Présentée comme la clé de voûte de la souveraineté libanaise, l’armée concentre aujourd’hui les espoirs du Liban et de ses partenaires internationaux. Mais, faute de financements et d’effectifs suffisants, son avenir demeure fragile. Combien faut-il pour maintenir cette institution à flot?
Dans ce contexte, le commandant en chef de l’armée libanaise, le général Rodolphe Haykal, se trouve aux États-Unis pour évoquer le renforcement des capacités de l’institution militaire.
Budget de défense sous pression
Depuis l’effondrement financier du Liban, le budget du ministère de la Défense fonctionne en mode survie, presque entièrement absorbé par les dépenses incompressibles: salaires, indemnités et prestations sociales des militaires. Cette configuration laisse peu de marges pour l’investissement, l’équipement ou la modernisation de l’institution.
Alors qu’il avoisinait 2 milliards de dollars en 2019, le budget a plongé à 432 millions en 2020, soit une chute de plus de 81 % en un an. La contraction s’est poursuivie en 2021, avec seulement 171,59 millions de dollars, un recul supplémentaire de 60% par rapport à 2020. Une reprise timide est apparue ensuite: le budget a été porté à 218,75 millions en 2022 (+27,48%), puis à 241 millions en 2023 (+10,31%), selon Macrotrends. En termes relatifs, la Défense représentait près de 20% du budget général de l’État en 2024, avant de voir sa part retomber autour de 10% en 2025, d’après le ministère des Finances.
Une armée sous perfusion financière
Dans ce contexte, l’armée continue de fonctionner grâce à des aides internationales, alors même qu’elles ne transitent pas par le budget de l’État. Les États-Unis financent des équipements, de la formation, de la logistique et du soutien institutionnel. Le Qatar verse des aides sociales directes aux soldats. L’Union européenne soutient la formation et certaines capacités non létales. Pris ensemble, ils illustrent toutefois le rôle central de l’aide américaine dans le financement de facto de l’armée libanaise, en l’absence de capacités budgétaires. Depuis 2006, l’aide américaine cumulée dépasse 3 milliards de dollars, principalement sous forme d’équipements, de formations, de soutien logistique et d’assistance directe à la troupe.
Ces dernières années, dans un contexte de crise aiguë, Washington a également financé des programmes de soutien direct aux soldats, incluant des aides alimentaires, médicales et logistiques, afin de préserver la cohésion et l’opérationnalité de l’institution.
Les États-Unis renforcent l’armée libanaise en 2025
En 2025, les États-Unis ont apporté plusieurs aides à l’armée libanaise, malgré le gel de l’aide étrangère sous l’administration Trump. Cette exception est considérée par les observateurs comme un vote de confiance important des États-Unis envers le nouvel ordre qui émerge au Liban.
La contribution la plus importante, débloquée en octobre, s’élève à 230 millions de dollars pour les forces de sécurité libanaises, dont 190 millions destinés à l’armée et 40 millions aux Forces de sécurité intérieure, garantissant le fonctionnement et la continuité opérationnelle des institutions de sécurité. En décembre, un second dispositif d’environ 90,5 millions de dollars a été approuvé pour la fourniture de 90 Humvees et équipements associés, dans le cadre de la coopération stratégique.
Ces deux aides, l’une financière, l’autre en matériel, reflètent l’engagement américain à maintenir et renforcer la capacité opérationnelle de l’armée libanaise. D’autres aides plus modestes, comme un accord d’environ 35 millions de dollars pour des véhicules supplémentaires, ont également été accordées.
Qatar: soutien social
Le Qatar est aussi un acteur important du soutien à l’armée libanaise. Depuis 2022, Doha a débloqué plus de 100 millions de dollars, principalement pour verser des allocations mensuelles en devises aux militaires, durement affectés par l’effondrement de la livre libanaise. L’objectif: stabiliser les revenus des soldats et éviter une désagrégation de la troupe.
Selon plusieurs sources de presse, l’armée aurait perdu 7.000 membres depuis fin 2019 (sur un total approximatif de 80.000 membres), en raison de départs à la retraite anticipés et d’un ajustement salarial insuffisant. Pour limiter les démissions, le personnel est désormais autorisé à cumuler d’autres emplois.
Outre l’aide financière, Doha a fourni 162 véhicules militaires, renforçant la mobilité et les capacités opérationnelles de l’armée sur l’ensemble du territoire libanais. L’émirat a également livré d’importantes quantités de carburant (diesel et mazout), assurant le maintien des opérations quotidiennes de la troupe.



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