Haykal à Washington, loué par le Hezbollah au Liban

Une partie des Libanais refuse que le commandant de l’armée, le général Rodolphe Haykal, à eviter de qualifier le Hezbollah d’organisation terroriste lors de sa rencontre avec le sénateur Lindsey Graham à Washington. Certes, le gouvernement libanais ne classe pas le Hezbollah comme organisation terroriste, mais de nombreux Libanais l’accusent d’être à l’origine d’une série d’assassinats visant responsables politiques, militaires, journalistes et autres personnalités. Le Tribunal spécial pour le Liban (TSL) a condamné des membres du Hezbollah pour l’assassinat de l’ancien Premier ministre Rafic Hariri, tandis que d’autres enquêtes restent au point mort depuis des années, certains dépourvus de tout document ou élément probant, laissant entendre que l’action de la justice est entravée.

Alors que les sources officielles présentent la visite de Haykal à Washington comme un succès, des informations en provenance de la capitale américaine indiquent que sa rencontre avec Graham pourrait avoir des répercussions pour le chef de l’armée et l’institution militaire. Graham pourrait provoquer une onde de choc au sein du Congrès et de l’administration américaine sur ce dossier, mettant en jeu 150 millions de dollars d’aide au Liban, qu’il considère comme provenant des contribuables américains, dont certains ont été victimes du Hezbollah et ont perdu des proches lors d’attaques menées par le groupe, notamment au Liban, en Irak et en Syrie.

On ne peut exclure que le sénateur ait délibérément mis le commandant en chef de l’armée dans cette situation. Des informations depuis les États-Unis évoquent par ailleurs un autre épisode lié à la visite, susceptible lui aussi d’avoir des répercussions. Le général était accompagné du colonel Souhail Harb, responsable du renseignement au Liban-Sud, suspecté par des sources américaines et israéliennes de transmettre au Hezbollah des informations sur le fonctionnement du “Mécanisme”. Des demandes auraient été formulées pour qu’il soit relevé de ses fonctions, mais la direction de l’armée l’a maintenu en poste et a démenti ces informations.

Dans ce contexte, en approuvant l’accord de cessez-le-feu du 27 novembre 2024, qui limite le port d’armes à six entités - la « Résistance » n’en faisant pas partie - le Hezbollah a privé ses armes de toute légitimité. Le gouvernement a réaffirmé, dans sa décision du 5 août, que le monopole de la force appartient à l’État.

Dès lors, l’usage des armes par le Hezbollah apparaît contraire à la décision du Conseil des ministres et à la volonté internationale, telle qu’exprimée dans l’accord de cessez-le-feu. L’adhésion du parti au décret 1701, fondé sur la résolution 1559 de l’ONU, implique également son accord sur la dissolution de ses structures militaires et sécuritaires. Le communiqué de la direction de l’armée, publié le 8 janvier dernier à l’occasion de la fin de la première phase de consolidation du monopole des armes dans le sud du Litani, mentionne les « groupes armés » sans citer la « Résistance » ni le Hezbollah. 

De ce fait, le Hezbollah est passé de « Résistance » à « groupes armés ». Selon le droit interne libanais, sa structure militaire constitue une organisation armée opérant en dehors des forces et services de sécurité légitimes, sans mandat légal. Elle peut être qualifiée juridiquement de bande armée, d’organisation armée illégale, de milice non régulière ou, si les critères du terrorisme sont remplis, d’organisation terroriste.

Le Hezbollah, qui ne dispose d’aucune autorisation officielle des autorités libanaises, notamment des services du ministère de l’Intérieur, avait été classé organisation terroriste par la Ligue des États arabes le 11 mars 2016. Le 29 juin 2024, en pleine guerre de soutien, le secrétaire général adjoint de la Ligue, Hossam Zaki, a annoncé depuis la banlieue sud de Beyrouth que le Hezbollah n’était plus considéré comme organisation terroriste. Deux jours plus tard, il est revenu sur cette déclaration, expliquant que ses propos avaient été interprétés hors contexte.

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