Les tensions géopolitiques sur les différentes scènes internationales sont en plein bouleversement et semblent loin de se stabiliser. Aucune des crises n’a encore trouvé de solution durable, et elles peuvent, à tout moment, se raviver, alors que la diplomatie hésite et n’a pas encore fixé de cap précis. Ce climat d’incertitude stratégique et politique est intenable et ne peut perdurer face aux enjeux en lice. Le dénouement de ces situations est essentiel, tant aux niveaux national que régional et international.
Les conflits non résolus au Moyen-Orient (Liban, Syrie, Gaza, Irak), au Venezuela et au Groenland illustrent des dynamiques chaotiques persistantes, qui menacent la sécurité internationale dans un environnement global en état de crise. Les mécanismes de régulation internationale se sont progressivement affaiblis, en raison de la remise en question des consensus stratégiques consécutive à l’émergence de nouvelles mouvances totalitaires et de leurs équivalents sur la scène géopolitique.
La crise de l’alliance transatlantique met particulièrement en lumière les défis stratégiques croissants : ceux de la culture politique dans les démocraties occidentales, de l’exploitation des migrations massives par les islamismes de tout acabit, ainsi que du retour des politiques de subversion bolcheviques et de leurs variantes contemporaines. Il est urgent de redéfinir les repères politiques et moraux sur des bases consensuelles afin de réduire les divergences qui affectent les différents contextes géostratégiques.
La crise du Groenland a agi comme un révélateur et un précurseur des négociations politiques nécessaires pour aborder les crises persistantes au sein de l’OTAN, ainsi que les chocs civilisationnels et culturels qui secouent les démocraties occidentales. Elle a également eu des répercussions sur les crises affectant la Communauté européenne et les Nations unies. Les lignes de fracture géopolitiques évoluent, tout comme leur impact sur les cultures et les institutions politiques, tant au niveau national qu’international. Les crises en cours ne peuvent être comprises sans établir un lien entre leur évolution, les divergences normatives et intellectuelles, et leurs implications stratégiques.
La fin des grands récits de l’ordre bipolaire, ainsi que l’effondrement de l’ère post-guerre froide, expliquent l’émergence de crises teintées de nihilisme politique, de tendances totalitaires et des contradictions d’un ordre mondial de plus en plus dysfonctionnel. L’émergence du populisme et le retour à « l’âge des extrêmes » ne sont pas le fruit du hasard ; ils illustrent de manière aiguë la déliquescence de l’ère post-guerre froide et l’apparition d’un environnement chaotique où « nommer et délimiter » devient une tâche complexe. Le volontarisme politique de Donald Trump reflète les vides accumulés d’un ordre mondial en déclin et ses multiples conséquences.
Le Venezuela constitue un exemple frappant des conséquences de l’effritement de l’ordre étatique, à la croisée du terrorisme, de la criminalité organisée et du retour du totalitarisme. La dernière offensive contre le chavisme est un effort tardif qui aurait dû être entrepris plus tôt afin de prévenir des tragédies à travers les Amériques et d’anticiper le retour de scénarios propres à la guerre froide. Les dynamiques de démocratisation ont pris du retard face aux nouvelles réalités apparues après la chute du communisme et de ses narrations.
Se dégager d’un régime criminel est une entreprise complexe, qui exige d’éviter les pièges de la guerre civile et les dangers d’un chaos latent. Négocier avec un groupe criminel pose de sérieux problèmes, car sa principale préoccupation demeure la survie au pouvoir. En dehors de cet agenda, toutes les autres questions deviennent accessoires, voire inexistantes. Trouver des solutions à ces dilemmes est une tâche ardue, ce qui explique les blocages prolongés.
La configuration du Moyen-Orient suit un schéma similaire, dans lequel les enjeux liés à l’islamisme, les retournements stratégiques et les rivalités entre puissances chiites et sunnites éclairent les évolutions politiques en cours. Le Liban demeure un État otage, instrumentalisé par le régime islamique de Téhéran et servant de base à une stratégie de déstabilisation poursuivie après l’effondrement des « plateformes opérationnelles intégrées ».
Bien que difficile à cerner, cette stratégie vise à relancer des scénarios de chaos généralisé, de guerre civile et d’instabilité endémique. Le gouvernement libanais a démontré son incapacité à surmonter les obstacles d’une politique dysfonctionnelle et à traiter les divergences idéologiques qui ont marqué son histoire contemporaine. Les questions d’extraterritorialité politique et militaire témoignent d’une crise persistante de la légitimité nationale.
La nouvelle équation géostratégique redéfinit les paramètres de résolution des conflits et ajuste ses principes autour de la nécessité d’une paix négociée avec Israël, d’une nouvelle ingénierie constitutionnelle et d’une réforme de la gouvernance. Ces trois principes sont interdépendants si le Liban souhaite restaurer sa souveraineté et retrouver son statut d’État fonctionnel. La confusion entre légitimités concurrentes, extraterritorialités institutionnalisées et affaiblissement de l’État constitue un obstacle majeur. À défaut, la souveraineté libanaise sera difficilement protégeable sans un soutien stratégique américain.
Le renversement du régime Assad par un mouvement djihadiste en voie de restructuration représentait une initiative audacieuse, mais incertaine. Toutefois, l’occupation de Damas n’a pas suffi à conférer une légitimité à ce groupe rebelle, qui s’est rapproché du centre et a cherché à s’aligner sur les mandats stratégiques des États-Unis. Bien que significatif, ce repositionnement n’a pas répondu aux préoccupations des grandes minorités religieuses et ethnonationales, n’a pas, à ce stade, permis de contrôler les groupes terroristes réfractaires, de sanctuariser son autonomie politique et opérationnelle face à la politique de puissance turque, ni d’engager Israël sur la base de la nouvelle configuration géostratégique.
La situation dans le nord-est de la Syrie, marquée par le démantèlement de l’État proto-kurde, demeure instable et pourrait raviver des sentiments irrédentistes et relancer la guerre civile. Le contrôle militaire susceptible d’étendre cette dynamique vers de nouveaux extrêmes comporte de nombreux risques et menace inévitablement la paix civile ainsi que la reconstruction de l’État syrien. La surveillance de cette situation est essentielle afin d’éviter des projections démesurées.
La situation à Gaza est liée à la rupture entre le régime islamique de Téhéran et le Hamas. Ce dernier constitue un obstacle à une transition pacifique et à l’établissement d’un gouvernement fonctionnel sur un territoire contrôlé durant deux décennies par une organisation terroriste. En l’absence d’une telle transition, la guerre pourrait ressurgir. Les ambiguïtés du Qatar, de même que l’agenda du gouvernement islamiste d’Ankara, ne contribuent guère à l’émergence d’une nouvelle dynamique. Le nombre d’intervenants, porteurs de politiques de puissance et d’agendas concurrents, complique également la situation. Aborder la question de Gaza constitue une étape préalable à la résolution du conflit israélo-palestinien dans son ensemble.
La défaite de l’Iran et la neutralisation de ses mandataires sont essentielles pour réduire les dynamiques de sabotage que ce régime promeut. L’Irak représente un axe incontournable dans la mise en œuvre d’une stratégie d’endiguement. Historiquement, l’Irak a servi de vecteur à la stratégie impériale iranienne ; il est désormais temps de l’aider à reconstruire son autonomie politique et à consolider sa structure fédérale comme modèle à suivre.
Cet examen vise à éclairer les dynamiques opérationnelles, à comparer leurs similarités et à analyser leurs différences. Si nous échouons à comprendre les dynamiques sous-jacentes, ainsi que leurs références idéologiques et stratégiques, les chances de résoudre ces crises et de favoriser la paix seront compromises, rendant les perspectives de paix presque inconcevables.




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