Abou Omar, ou l’ombre qui a déstructuré l’État libanais
©Ici Beyrouth

La figure d’«Abu Omar» surgit comme un spectre d’un autre temps dans les chapitres de la politique libanaise, rappelant celle d’«Abou Abdo» à l’ère de la tutelle syrienne. À l’époque, Abou Abdo, surnom de Rustom Ghazalé, chef du renseignement syrien au Liban, dictait les politiques, façonnait les lois, ordonnait, menaçait et exécutait. La plupart des Libanais se pliaient à ses injonctions: il suffisait simplement de mentionner son nom pour que ses ordres soient appliqués, sans qu’il ait besoin de les formuler.

L’histoire semble se répéter aujourd’hui, mais dans un contexte plus désolant: le nôtre. Le nom d’Abou Omar, personnage fictif, a pris une dimension démesurée. Par habileté et calcul, d’aucuns ont exploité la soif de soutien extérieur, saoudien en particulier, de certains politiciens en quête d’ascension. Résultat : des sommes colossales ont circulé, au prétexte d’obtenir une bénédiction promise de Riyad, afin de nommer ou révoquer des responsables, jusqu’à influencer la formation du gouvernement en maîtrisant le bloc dit «modéré».

La première victime de cette supercherie est l’Arabie saoudite. Son nom a été instrumentalisé et associé à une ingérence politique qu’elle n’a jamais revendiquée, simplement parce que certains préfèrent se soumettre à des ordres supposés plutôt que d’agir dans un cadre constitutionnel et démocratique.

Si l’ambassadeur saoudien au Liban n’a pas vocation à donner des directives, faut-il croire qu’un mystérieux appel venu de l’étranger puisse dicter aux députés leur conduite ? Chaque voix qui reconduit les élus impliqués dans ce scandale n’est qu’un signe de servilité.

Il est inadmissible que les consultations politiques, les lois et les nominations, qui vont du gouverneur de la Banque du Liban jusqu’aux officiers des Forces de sécurité intérieure, dépendent de coups de téléphone anonymes émanant d’usurpateurs de titres.

Si un inconnu se présentait comme gendarme pour nous interroger, nous remuerions ciel et terre afin de vérifier de quoi il retourne. Pourtant, plusieurs députés libanais considèrent qu’un appel prétendument saoudien vaut décret. Quelle déchéance pour une démocratie réduite à ce degré de complaisance !

Selon les informations disponibles, l’ambassade d’Arabie saoudite à Beyrouth est la première à exiger une enquête approfondie pour établir les faits et redorer son blason.

La leçon reste cruelle : au Liban, certains ne méritent ni l’indépendance ni les responsabilités parlementaires ou gouvernementales qu’ils occupent, puisqu’ils estiment que toute décision doit découler d’ordres venus d’ailleurs.

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