La réunion tant attendue entre le président américain et le Premier ministre israélien nous laisse sceptiques quant aux évolutions à venir. La diplomatie poursuit son cours habituel, et la violence sur le terrain ne discontinue pas. La question qui se pose est celle de la durée de cette indétermination aléatoire et replète de risques et de dérapages incontrôlables. L’Iran s’acharne dans sa politique de sabotage, de manœuvres diplomatiques sans fin et d’instrumentalisation des États fragiles comme plateformes de guerres par procuration, de théâtres pour guerres civiles en préparation, et de friches sécuritaires prospectives.
Les mouvements terroristes du Hezbollah et du Hamas se repositionnent sur l’échiquier stratégique proche-oriental en relais, en acteurs domestiques, et en figures emblématiques de la mouvance islamo-gauchiste en quête de narratif dans les démocraties occidentales. Ce qui, en d’autres termes, veut dire le rejet des démarches diplomatiques, la poursuite de la politique des boucliers humains, et l’impossibilité de toute approche de normalisation des conflits en cours.
La frugalité de cette constatation nous renvoie à la question tracassante des interfaces fluctuantes entre la diplomatie en sursis continu et les cycles récurrents de violence. Cet intermède ne peut pas se prolonger indéfiniment, et il faudrait bien à un certain moment trancher en faveur de l’un ou de l’autre. Entretemps, le régime iranien poursuit sa course vers la nucléarisation militaire, tente de ressusciter sa politique des “plateformes opérationnelles intégrées,” d’entretenir les guerres civiles, et de s’acharner sur l’opposition iranienne qui lui refuse toute légitimité.
Le président Trump s’est exprimé là-dessus en faisant savoir au régime iranien que toute velléité en matière de nucléarisation du militaire, et la continuation des politiques de déstabilisation constituent un casus belli. Les Israéliens, de leur côté, poursuivent leur politique de dissuasion et de prévention de manière assidue, installent leurs lignes de démarcation et s’investissent pleinement dans les réalités géostratégiques qu’ils ont imposées sur le plan régional. Donc, il n’est plus question de faire marche arrière dans un espace géopolitique entièrement volatilisé. Ils s’inscrivent désormais dans une mouvance géopolitique alternative et à partir d’un narratif inédit.
L’administration américaine a pris acte des mutations géostratégiques et élabore sa démarche diplomatique et sécuritaire sur la base de la nouvelle donne. Ceci rend largement compte de la nature intermédiaire de ce positionnement et de ses alternances inhérentes. Les États-Unis vont persister dans cette démarche hybride sans pour autant renoncer à la politique des choix définitifs et unilatéraux en cas de blocage hermétique.
La diplomatie est une voie de paix et non pas de résignation, surtout que les rapports de force sont loin de jouer en faveur du régime iranien dont le seul atout est le sabotage, la prolifération des friches sécuritaires et l’institutionnalisation du chaos. Le choix de la chute du régime se fera le jour où le coût de son abattement sera moins préjudiciable que son maintien. La fragilité structurelle des États du Moyen-Orient et le caractère hautement délétère de leur délitement ayant toujours servi de garde-fou au changement de régimes.
Le Liban n’arrive pas jusque-là à arrêter des choix stratégiques après avoir signé des engagements stipulant la fin des extraterritorialités militaires et politiques. Le Hezbollah et ses alliés ont réinvesti les institutions et préparent la voie à la guerre civile. Le Hamas à Gaza refuse d’engager la deuxième phase prévue dans les accords de trêve et revendique manifestement l’exclusivité de son emprise sur Gaza. Les deux sont unanimes à vouloir reprendre la guerre avec Israël quels qu’en soient les aléas. Les Irakiens sont sommés de remettre la paix civile et le régime confédéral sur la sellette. Alors que le Yémen reprend le chemin de la guerre civile.
Le rejet des solutions négociées sur la base des trêves signées au Liban et à Gaza, et les entreprises de délégitimation des cadres étatiques et paraétatiques dans les cas libanais, palestinien et irakien, doublés de la guerre civile institutionnalisée au Yémen, suscitent des réserves quant aux intentions du régime iranien et à sa volonté de changer de conduite. Paradoxalement, son état de fragilité extrême ne semble pas privilégier une attitude plus réaliste et davantage adaptée aux impératifs d’une politique de transition dûment négociée par l’aile modérée du régime. La cécité idéologique, la mystification religieuse, les intérêts de l’oligarchie régnante, et l’aversion à tout changement expliquent cette imperméabilité à toutes les politiques alternatives. L’oligarchie religieuse et ses associés savent pertinemment que le changement, quel qu’il soit, scellera la fin de cette dystopie meurtrière.
La diplomatie hybride des États-Unis poursuit sa navigation à partir d’un schéma directeur, celui de l’endiguement et des alternances diplomatiques. Le changement du régime iranien et le contrôle de l’impérialisme turc qui se pose en héritier de l’impérialisme iranien. La négociation des arrangements sécuritaires entre Israël, la Syrie, l’Iraq et le Liban. Il s’agit d’une voie tortueuse, à haut risque, et qui laisse peu de choix en cas de blocage involontaire ou délibéré. Nous sommes toujours dans l'intérim.




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