
Les propos que le président de la Chambre, Nabih Berry, a tenus dimanche au sujet du désarmement des groupes armés, étaient en décalage, dans la forme, mais en phase, sur le fond, avec le discours du Hezbollah qui rejette le processus envisagé par le gouvernement pour un monopole étatique des armes.
Dans son discours pour la 47ème commémoration de la disparition de l’imam Moussa Sadr et de ses deux compagnons, cheikh Mohammad Yaacoub et le journaliste Abbas Badreddine, M. Berry a ainsi appelé à un dialogue «dans le calme» autour d’une stratégie nationale de défense, cinq jours avant l’examen en Conseil des ministres, d’un plan élaboré par l’armée pour le désarmement des milices, notamment le Hezbollah.
S’il a évité de commenter le processus envisagé par le gouvernement, il a mis en garde contre «toute tentative de jeter la balle dans le camp de la Troupe», accusant Washington, de chercher, à travers sa feuille de route pour le Liban, à remplacer l’accord de cessez-le-feu avec Israël, qui a mis fin, en novembre 2024, à la guerre dans laquelle le Hezbollah a entraîné le Liban.
Nabih Berry s’en est pris d’emblée à l’opposition locale contre le Hezbollah, mais sans la nommer. «Les esprits diaboliques sont plus dangereux pour le Liban que les armes de la résistance», a averti le chef du Parlement qui a bâti son discours autour des dangers qui guettent le Liban, selon lui, dans la phase actuelle.
M. Berry a commencé par rappeler qu’il avait pratiqué «la politique de la main tendue depuis que le cessez-le-feu a été instauré» et qu’il a appelé les «habitants des régions bombardées à rentrer chez eux».
«Nous avons tendu la main avec sincérité et dans un esprit de coopération pour qu’on œuvre ensemble à sauver le Liban. Nous avons élu un président et nous avons appuyé toute la teneur du discours d’investiture. Nous avons fait tout cela, tout en sachant que ceux qui mènent des campagnes systématiques de harcèlement politique, et de diabolisation à l’encontre d’une communauté fondatrice du Liban, œuvraient, avant, pendant et après les attaques israéliennes, pour prolonger la vacance au niveau du pouvoir. Ceux-là misaient sur les résultats des attaques israéliennes, dans l’espoir d’un déséquilibre au niveau des rapports de force. Ils espèrent ainsi profiter du facteur israélien pour ressusciter d’anciens-nouveaux projets politiques», a déclaré M. Berry.
Bras-de-fer
De la sorte, il a situé indirectement le projet de désarmement du Hezbollah, non pas dans le cadre d’une volonté officielle de réédification de l’État et de l’extension de l’autorité de celui-ci sur l’ensemble du territoire national, mais dans celui d’un bras-de-fer politique visant à modifier l’équilibre des forces dans le pays.
Et si dans ses critiques, il a visé essentiellement les formations souverainistes, notamment chrétiennes, il a pris soin de donner une dimension strictement politique à ses propos. «Ceci est un échantillon qui ne ressemble pas aux Libanais qui ont ouvert leurs maisons, au Qaa, à Deir el-Ahmar, au Liban-Nord, dans la Montagne et Beyrouth, pour accueillir les habitants du sud. Nous n’oublierons jamais cela, tant que nous vivrons», a-t-il dit.
Nabih Berry s’est néanmoins exprimé en faveur d’un débat autour du dossier des armes, «mais dans le calme et d’une manière consensuelle, dans la perspective d’une stratégie nationale de défense, sur base des dispositions de la Constitution, du discours d’investiture, de la déclaration ministérielle et des chartes internationales», reprenant ainsi la rhétorique du Hezbollah.
Il a ensuite affirmé qu’il n’est pas question que ce débat «se déroule sous la pression de menaces ou au prix d’un coup porté au pacte national et à la Constitution, en contournant la déclaration ministérielle, le discours d’investiture, ou encore en renversant l’accord de cessez-le-feu, qui constitue le cadre d’application de la résolution 1701» du Conseil de sécurité de l’ONU.
Selon M. Berry, Israël a occupé «davantage de positions au Liban depuis que le gouvernement a approuvé les objectifs du document américain».
Sur cette base, il a jugé «inacceptable de jeter la patate chaude dans le camp de l’armée qui reste un bouclier national», avant de conclure en réitérant son appel à une «coopération, à l’instar de celle qui est établie sur tous les dossiers, parce que c’est cet esprit qui va permettre de protéger le Liban et de le préserver des conflits internes».
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