Le pape Léon XIV a été profondément marqué par ses près de vingt ans passés au Pérou. Il y a côtoyé la pauvreté, dénoncé les excès du pouvoir et défendu l’environnement. Retour sur les moments clés de son parcours dans sa patrie d’adoption.
«J’aime profondément le Pérou et le peuple péruvien. Ils font partie de ce que je suis», confiait en 2025 le pape américain, naturalisé péruvien en 2015, à la journaliste Elise Allen, auteure d’une biographie.
«Père Roberto» à Piura
C’est en 1985 que Robert Prevost débarque pour la première fois dans le pays andin.
L’ordre augustinien l’y envoie comme missionnaire, avec pour tâche de préparer la transformation en diocèse de la petite prélature de Chulucanas, un district pauvre de la région de Piura, dans le nord du pays.
«Son approche de la pauvreté aurait été différente s’il n’avait pas connu le Pérou et mis les pieds dans la boue», souligne auprès de l’AFP la théologienne Véronique Lecaros, auteure d’un ouvrage consacré au parcours de Robert Prevost au Pérou.
À Chulucanas, la population l’accueille avec affection et hispanise son prénom pour l’appeler «padre Roberto».
Deux mois après son arrivée, il contracte la typhoïde et est hospitalisé.
En 1986, il quitte le Pérou pour retourner aux États-Unis, où il est chargé des vocations et des missions de son ordre religieux.
Trujillo, la violence
Il revient dans le pays andin en 1988 pour s’installer dans la ville agro-industrielle de Trujillo, à quelque 550 km au nord de Lima. Il y restera jusqu’en 1999. Ce sera son plus long séjour au Pérou.
Il est alors chargé de la formation des futurs religieux de l’ordre augustinien et enseigne au grand séminaire de la ville, où sont formés de futurs prêtres.
Il est également curé de paroisse et responsable du tribunal ecclésiastique du diocèse.
Le Pérou vit alors l’une des périodes les plus turbulentes de son histoire récente, ensanglanté par les violences du Sentier lumineux, guérilla maoïste responsable de nombreux attentats et massacres.
Le groupe assassine en 1991 trois prêtres étrangers, deux Polonais et un Italien, dans la région d’Ancash, dans le nord du pays.
Face à cette violence, l’ordre augustinien suggère aux religieux étrangers de quitter le pays.
Robert Prevost refuse. Il décline également l’offre d’un garde du corps.
«Je leur ai dit non. Je ne ressemble pas au gringo typique (...), j’ai le teint un peu plus foncé», raconte Léon XIV à Elise Allen. «Il était très important de rester aux côtés des personnes que nous servions», ajoute-t-il.
En 1999, il retourne aux États-Unis pour prendre la tête des Augustiniens de la région de Chicago.
Chiclayo, «mon cher diocèse»
Après une parenthèse de quinze ans, le Pérou réapparaît sur son chemin.
En 2014, le pape François le nomme administrateur apostolique de Chiclayo, toujours dans le nord du Pérou. Il en devient officiellement l’évêque en 2015, année où il obtient la nationalité péruvienne.
Dans l’un de ses premiers actes, il participe à une messe de béatification des trois prêtres assassinés en 1991, reconnus comme «martyrs» par l’Église.
Mais son engagement dépasse les questions strictement religieuses.
Il crée une Commission d’écologie intégrale, dans le sillage de l’encyclique Laudato Si’ (2015) du pape François, un manifeste historique sur la protection de l’environnement qui appelle à agir contre le réchauffement climatique d’origine humaine.
En tant qu’évêque, il n’hésite pas non plus à interpeller les responsables politiques.
En 2017, il exhorte l’ancien président Alberto Fujimori, condamné et emprisonné pour des violations des droits humains, à demander «personnellement pardon» aux victimes.
En 2023, alors que le Pérou est secoué par une vague de manifestations antigouvernementales meurtrières, il défend le droit de manifester.
Dans l’une de ses dernières actions au Pérou, il se rend dans une zone dévastée par des pluies torrentielles et appelle à venir en aide aux sinistrés.
Dans une vidéo, il apparaît en bottes et en chemise à manches courtes, de l’eau jusqu’aux chevilles, au milieu des habitations endommagées.
En avril 2023, il rejoint Rome pour prendre la tête du dicastère chargé de présélectionner les futurs évêques.
AFP