À l’appel de nombreuses organisations syndicales, une nouvelle journée de mobilisation est prévue jeudi en France. Près de 250 rassemblements sont attendus à travers le pays. Annoncée début octobre, cette journée doit rassembler salariés du privé, du public et retraités, mais aussi les jeunes lycéens et étudiants mobilisés depuis des semaines.

La SNCF anticipe un trafic «perturbé» sur la plupart de ses lignes régionales et franciliennes et «légèrement perturbé» pour les TGV. Le ministère de l’Éducation nationale table pour sa part sur environ 17% de grévistes à l'école primaire.

Cette journée fait suite à trois samedis consécutifs de mobilisation contre la vie chère, épousant les codes des gilets jaunes et soutenue seulement par certains syndicats. Jeudi, toutes les principales organisations de travailleurs, même le syndicat de l'encadrement CFE-CGC, initialement plus réservé, reprennent la main.

Insatisfaits des premières réponses du gouvernement, les lycéens et étudiants gonfleront les cortèges après une journée de blocages mardi et une manifestation sauvage à Paris.

La coordination des gilets jaunes, qui joue un rôle central dans l'organisation des manifestations contre la vie chère depuis le 17 octobre, participera à la grève et aux blocages de jeudi. Elle entend ensuite maintenir la pression jusqu'à samedi, date annoncée de l'«Acte IV» du mouvement.

«Taux de mécontentement»

La CGT réclame une hausse du Smic de 10%, et la CFDT, pourtant traditionnellement réticente aux coups de pouce par crainte de tasser l'échelle des salaires, de 100 euros net. Le gel du point d'indice des fonctionnaires concentre également la colère des syndicats, comme le maintien d'aides aux entreprises dans des branches dont les minima sont inférieurs au Smic.

Autres «mesures détestables» inscrites dans les projets de budget, le gel des aides personnalisées au logement (APL) et le délai de carence pour le versement d'allocations aux étrangers non européens, dénonce le secrétaire général adjoint de l'Unsa, Dominique Corona.

Mais, dans un contexte de pouvoir d'achat en berne, le taux de grévistes risque d'être plus faible que «le taux de mécontentement», prévoit-il. Solidaires appelle à reconduire la grève au-delà du 5, comme la coordination des gilets jaunes qui entend la poursuivre vendredi.

Samedi, la coordination appelle à un rassemblement place de la Concorde à Paris. «Nous irons quoi qu'il arrive, même en cas d'interdiction» et dans ce cas, «nous appellerons à désobéir massivement pour nos libertés», annonce déjà Benjamin Ball, membre de cette coordination.

L'intersyndicale des salariés de la Sécu a également appelé les agents à faire grève jeudi et les assurés sociaux à les rejoindre, dans une lettre ouverte.

La Sécu est «fragilisée par des choix budgétaires qui menacent à la fois vos droits (qui sont aussi les nôtres) et les moyens dont disposent les organismes pour remplir leurs missions de service public», écrivent les six syndicats représentatifs des 150.000 agents de l'institution (CFDT, CFE-CGC, CGT, CFTC, FO, UNSA).

«Bascule autoritaire»

Magistrats, avocats, syndicats et ONG ont dénoncé mercredi une «bascule autoritaire» du pouvoir dévoyant selon eux l'État de droit pour museler «toute voix discordante» depuis le début du mouvement de contestation sociale, avant un nouvel épisode national jeudi.

L'État déploie tout un «arsenal administratif» pour empêcher au maximum la population de manifester dans la rue, ont déploré lors d'une conférence de presse à Paris de nombreuses organisations, dont le Syndicat de la magistrature (SM), le Syndicat des avocats de France (Saf) ou encore la Ligue des droits de l'homme (LDH).

«Nous assistons à une bascule autoritaire: non seulement le gouvernement s'affranchit des règles légales, mais il a des pratiques déloyales puisque les préfets, après avoir négocié le parcours des manifestations avec les syndicats, changent d'avis et prennent un arrêté d'interdiction au dernier moment, sans réel motif et en grande impréparation, en ne permettant généralement pas l'exercice d'un recours», dénoncent notamment ces organisations.

Les défenseurs des libertés s'inquiètent également de la volonté du pouvoir de «dévoyer la législation antiterroriste pour permettre des interdictions de manifestation de façon déguisée», en ayant recours à des Micas, des mesures individuelles de contrôle administratif et de surveillance permettant notamment d'assigner des personnes à résidence.

À Paris, la préfecture de police n'a pas encore répondu, alors que les syndicats demandent à défiler de la place de la Bastille à celle de la Concorde. La justice est saisie avec une audience prévue mercredi.

«On est toujours en discussion. Et plus les discussions sont âpres et tardives sur la définition du lieu de départ notamment, plus ça pèse sur les conditions d'organisation de sécurité», a déclaré mercredi la secrétaire générale de la CFDT Marylise Léon.

«Depuis 15 jours, il n'y a aucune négociation sérieuse avec la préfecture de Paris. Juste, on (nous) dit ‘pas de centre-ville’. C'est une honte», a renchéri son homologue de la CGT Sophie Binet, sur RMC.

Selon elle, 20 départements sont concernés par ces restrictions autour des parcours.