Wall Street se dirige vers une ouverture en baisse mercredi, plombée par les craintes d'un tour de vis réglementaire sur les centres de données dédiés à l'intelligence artificielle (IA) après la déferlante démocrate aux élections de mi-mandat aux États-Unis.

Le marché boursier américain est plombé par son secteur technologique dans les échanges électroniques précédant la séance officielle.

Au terme d'une campagne marquée notamment par les débats sur l'implantation de centres de données, Donald Trump est confronté à un désaveu cuisant de la part des électeurs américains qui ont offert au Parti démocrate le contrôle des deux chambres du Congrès.

Le camp du président a perdu d'importants bastions comme le Texas, où les postes de sénateur et gouverneur ont basculé au profit de responsables démocrates favorables à plus d'encadrement des data centers.

«Il faut instaurer immédiatement un moratoire sur les centres de données», avait notamment inscrit dans ses engagements de campagne Gina Hinojosa, une avocate qui a battu le gouverneur sortant Greg Abbott. Ce dernier avait affirmé en 2025 vouloir faire du Texas «le centre névralgique du développement de l'IA», avant de faire évoluer sa position face à la contestation grandissante.

Mme Hinojosa plaide aussi pour la fin des exonérations fiscales appliquées au secteur, tout comme James Talarico, élu mardi sénateur du Texas.

Les élections dans cet État du sud historiquement conservateur ont été décrites par beaucoup d'analystes comme un enjeu crucial pour le futur des infrastructures liées à l'intelligence artificielle.

A la faveur de son énergie abondante et de réglementations favorables, le Texas devrait en effet concentrer en 2028 près de 30 % de la demande nationale en puissance électrique dédiée à l'IA, attendue en très forte augmentation selon les calculs de Bloom Energy.

Alphabet (Google) a annoncé y construire plusieurs centres de données tandis qu'Elon Musk - qui a dépensé des fortunes pour soutenir le camp républicain - y a déménagé les sièges de ses entreprises phares Tesla, SpaceX et X.

«Les centres de données spatiaux semblent particulièrement intéressants en ce moment», a ironisé dans la nuit le multimilliardaire sur X.

«Conserver leur emploi»

Wall Street doit sa fulgurante progression des dernières années à l'enthousiasme pour l'avènement de l'intelligence artificielle. Mais le marché boursier américain se montre de plus en plus pressant sur la question de la rentabilité de cette coûteuse technologie et s'inquiète des obstacles à son développement.

Dans les échanges préalables à l'ouverture, les géants technologiques Microsoft, Google et Amazon reculaient d'environ 1 %. SpaceX s'affichait en recul de 5 %.

«Compte tenu de l'ampleur de la victoire des démocrates» et des référendums appelant à restreindre les data centers - les électeurs votent pour des candidats mais aussi sur des mesures locales lors de ces élections -, «les politiciens qui veulent conserver leur emploi vont tenir compte de ces messages», estime sur X Jim Bianco, analyste pour Bianco Research.

Les experts s'accordent à dire que les conséquences seront les plus fortes à l'échelle des États et mettent en lumière le rôle des gouverneurs.

La démocrate Keisha Lance Bottoms, fraîchement élue à la tête de l'exécutif en Géorgie, a d'ailleurs «plaidé en faveur d'un gel temporaire, à l'échelle de l'État, de la construction de nouveaux centres de données, ainsi que de mesures visant à garantir que les gros clients prennent en charge les coûts liés à leurs infrastructures», rappelle Stephen Innes, analyste de SPI Asset Management.

Amy Acton, élue gouverneure de l'Ohio, entend elle aussi imposer des règles plus strictes.

Théo Marie-Courtois / AFP