L’Iran s’appuierait sur un réseau secret de plus de 5.000 agences militaires pour importer des équipements destinés notamment à ses programmes de missiles et de drones, malgré les sanctions occidentales et le blocus naval américain, révèle dimanche une enquête de l’agence de presse britannique Reuters.
Selon cette enquête, fondée sur des milliers de documents bancaires et gouvernementaux iraniens, des registres commerciaux et des données d’importation, ce dispositif aurait permis à Téhéran d’acquérir pour au moins deux milliards de dollars de matériel depuis janvier 2025.
Dissimulées derrière des appellations commençant par «MOD», en référence au ministère iranien de la Défense, ces agences partagent la même adresse à Téhéran que le ministère de la Défense et de la Logistique des forces armées. La plupart auraient été créées en 2013, alors que l’Iran subissait un durcissement des sanctions internationales.
L’une d’elles, identifiée comme «MOD 346428», aurait importé entre janvier 2025 et juin 2026 des propergols, des explosifs, des composants d’armes, des pièces de moteurs d’avion et des camions lourds pouvant servir de lanceurs de missiles.
Les cargaisons seraient entrées en Iran par voie terrestre, maritime et aérienne, notamment depuis la Chine, la Russie et l’Allemagne. Certaines ont transité par la mer Caspienne, l’Asie centrale ou des vols de fret en provenance de Chine.
Reuters indique que le réseau s’appuie sur des intermédiaires et des sociétés-écrans à l’étranger. Dans 97% des opérations examinées, les transactions auraient été réglées sans transfert international de devises, afin d’éviter les systèmes de surveillance liés aux sanctions. Les achats auraient notamment été financés par les recettes de ventes illicites de pétrole conservées dans des banques étrangères.
Parmi les bénéficiaires figureraient des unités chargées du programme balistique iranien ainsi que Sahara Thunder, une société sanctionnée par les États-Unis en 2024 pour son rôle présumé dans la fourniture de drones à la Russie.
L’agence précise toutefois qu’une partie des marchandises recensées, y compris certains explosifs et équipements industriels, peut avoir un double usage, civil et militaire. Elle n’a par ailleurs trouvé aucune preuve que les agences numérotées identifiées aient été individuellement sanctionnées par des gouvernements occidentaux.
Les autorités iraniennes sollicitées par Reuters n’ont pas répondu. Le Trésor américain a affirmé avoir coupé les principales ressources économiques du régime, assurant que Washington continuait de suivre ses tentatives de contournement des sanctions.
Pékin a déclaré ne pas avoir connaissance des faits décrits et a rejeté toute tentative de lier la Chine aux hostilités régionales. Les Émirats arabes unis ont également réfuté les informations selon lesquelles des marchandises destinées à l’armée iranienne auraient transité par leur territoire.