Le premier quinquennat d’Emmanuel Macron a été marqué par de nombreuses crises : celle des «Gilets jaunes», la guerre en Ukraine, en passant par l’affaire Benalla et la crise du Covid-19. En 2022, le président français est réélu pour cinq années de plus à la tête du pays. Mais tout comme lors de son premier mandat, le chef de l’État a dû affronter d’autres crises – d’ordre économique, social, politique ou international. Ici Beyrouth fait le point sur ces différentes crises.
La première crise est d’ordre politique. Car bien qu’Emmanuel Macron ait été réélu à la tête de l’État en avril 2022, il a toutefois perdu sa majorité absolue à l’Assemblée nationale à la suite des élections législatives du mois de juin. Cette situation oblige le locataire de l’Élysée à composer avec d’autres forces politiques pour faire passer les textes qu’il souhaite. C’est le début d’une longue période d’instabilité politique. Sans parler de la guerre en Ukraine qui, débutée quelques mois plus tôt, provoque une flambée de l’énergie et des prix alimentaires. L’État multiplie alors les boucliers tarifaires, tandis que la hausse des taux alourdit la dette.
Parmi les événements qui marquent l’année 2023: la réforme des retraites entreprise par le gouvernement de la Première ministre Élisabeth Borne – quelques années après la première tentative de réforme instaurant un système par point. Celle du gouvernement Borne – qui établit entre autres le recul de l’âge légal de départ à la retraite de 62 à 64 ans –, mobilise des millions de personnes dans la rue pendant plusieurs mois. Le 16 mars 2023, c’est dans une véritable bronca à l’Assemblée nationale que la cheffe du gouvernement n’a d’autre choix que de recourir à l’article 49.3 de la Constitution pour faire adopter le texte – un article qui permet de faire passer un texte sans vote en échange de l’engagement de la responsabilité du gouvernement.
Parmi les motions de censures qui sont déposées par les différents partis politiques, aucune n’atteint une majorité pour faire tomber le gouvernement. Celle du groupe parlementaire LIOT (Libertés, indépendants, outre-mer et territoires) avait recueilli 278 voix, soit neuf voix manquantes pour atteindre la majorité absolue et faire chuter le gouvernement. Celle du Rassemblement national (RN, extrême droite) ayant également été rejetée, le texte a donc été considéré comme définitivement adopté.
La motion de censure déposée par le groupe Liot est rejetée.
La motion a recueilli 278 voix sur les 287 nécessaires.#MotionDeCensureTransPartisane #MotionsDeCensure #DirectAN #RéformeDesRetraites pic.twitter.com/NisKZrxTo3
Émeutes en métropole et terrorisme
Cette même année 2023, au début de l’été, un jeune homme, Nahel, âgé de 17 ans, est tué par un policier à Nanterre (dans l’ouest de Paris) lors d’un contrôle routier. La mort de ce jeune homme déclenche plusieurs nuits de violences urbaines et d’émeutes à travers toute la France. Il a également rouvert le débat sur les rapports entre la police et les quartiers populaires. Selon un rapport du Sénat, ces émeutes ont engendré près d’un milliard d’euros de dommages aux biens. Les images de ces émeutes ont fait le tour du monde et des réseaux sociaux et ont ravivé le mauvais souvenir des émeutes qui avaient secoué la France en 2005, après que deux adolescents sont morts en essayant alors d’échapper à la police.
La France est par ailleurs une nouvelle fois confrontée, en cette année 2023, au terrorisme. Le 13 octobre 2023, quasiment trois ans, jour pour jour, après l’attentat qui a tué le professeur Samuel Paty en région parisienne, un autre professeur, Dominique Bernard, est à son tour tué à Arras, dans le nord de la France, par un autre terroriste islamiste.
Crise des agriculteurs et émeutes en Nouvelle-Calédonie
Mais c’est véritablement l’année 2024 qui marque un tournant (et non des moindres) dans la présidence d’Emmanuel Macron. Elle commence en janvier par la nomination de Gabriel Attal, alors âgé de 34 ans, au poste de Premier ministre. Il est alors le plus jeune chef de gouvernement de la Vᵉ République, battant le record jusqu’alors établi par Laurent Fabius sous la présidence de François Mitterrand.
Le nouveau «PM» est d’emblée confronté à une crise, celle des agriculteurs, qui se mobilisent à travers tout le pays. Différentes actions sont menées: notamment des blocages d’autoroutes, le déversement de fumier devant des lieux symboliques, ou alors la convergence de tracteurs jusqu’au centre de Paris. Parmi les images fortes de cette crise : la perturbation du salon international de l’agriculture à Paris lors de la traditionnelle venue du président Emmanuel Macron.
Quelques mois après ces événements, des émeutes éclatent le 13 mai 2024 en Nouvelle-Calédonie, territoire français situé à 17 000 km de la France métropolitaine, des émeutes en lien avec la contestation par le camp indépendantiste d'une réforme électorale. L'état d'urgence est alors décrété le 15 mai. Ces violences, les plus graves sur le territoire depuis les années 1980, durent environ un mois, font 14 morts dont deux gendarmes et provoquent plus de deux milliards d’euros de dégâts.
Des émeutes ont lieu en Nouvelle-Calédonie. Les indépendantistes s’opposent à un projet de loi constitutionnel visant à élargir le corps électoral aux élections provinciales. Depuis les années 1980, l’indépendance de l’île se retrouve souvent au cœur des débats. pic.twitter.com/ZirjE7Q05Y
Dissolution de l’Assemblée nationale et instabilité politique
Moins d’un mois après le début des émeutes en Nouvelle-Calédonie — et dans un contexte d’instabilité politique nationale — les Français sont appelés aux urnes pour les élections européennes. Résultat: c’est une débâcle pour le camp présidentiel. Le Rassemblement national (RN), avec à sa tête Jordan Bardella, arrive en tête des suffrages. Quelques minutes après l’annonce de ces résultats, le président Macron prend la parole en direct à la télévision et provoque la stupeur en annonçant la dissolution de l’Assemblée nationale. Il s’agit de la première dissolution de l’institution depuis celle de 1997, sous la présidence de Jacques Chirac. Notons par ailleurs que trois jours après cette décision, la discussion du projet de loi constitutionnelle concernant la Nouvelle-Calédonie est suspendue par le président.
La dissolution de l’Assemblée nationale entraîne l’organisation d’élections législatives anticipées. Elles ont lieu en deux tours, entre juin et juillet. Ces élections finissent par aboutir à une situation politique encore pire qu’auparavant. Elles ne donnent de majorité absolue à aucun bloc — malgré une victoire et une majorité relative au bloc de gauche – et dessinent un paysage politique fragmenté en trois blocs : un rassemblant les provinciales formations de gauche, le «bloc central» composé des forces qui soutiennent le président Macron, et un bloc formé par le RN et ses alliés. Le Premier ministre Gabriel Attal remet sa démission le soir même des résultats du scrutin et est chargé par le chef de l’État d’expédier les affaires courantes jusqu’à la nomination d’un nouveau chef du gouvernement. Ce dernier, selon la tradition, doit venir du bloc majoritaire à l’Assemblée nationale. Mais le président Macron choisit d’attendre…
Et bien que la parenthèse des Jeux olympiques organisés à Paris offre un peu de répit à Emmanuel Macron, les tractations politiques reprennent dans la foulée. Le président français tente de sortir de cette crise politique en nommant, en septembre 2024 – soit près de deux mois après les législatives anticipées –, Michel Barnier au poste de Premier ministre. Celui-ci est renversé trois mois plus tard à la suite d’une motion de censure des députés. Le centriste François Bayrou lui succède quelques jours plus tard, le 13 décembre.
Il doit, dans les premiers jours de sa prise de fonction, affronter les conséquences du cyclone Chido qui dévaste l’archipel de Mayotte. Désavoué à l’issue d’un vote de confiance des députés, il tombe début septembre 2025, plongeant à nouveau la France dans l’instabilité politique, sur fond, en plus, d'incertitudes budgétaires et économiques. L’actuel Premier ministre, Sébastien Lecornu, prend le relais en octobre 2025. Notons par ailleurs qu’après la chute du gouvernement Bayrou, l’agence de notation internationale Fitch avait abaissé la note de la France.
Mais voilà, au matin du 6 octobre – à la surprise générale – le Premier ministre Sébastien Lecornu démissionne, un peu moins d’un mois après sa nomination à la tête du gouvernement. Une démission acceptée par Emmanuel Macron. Mais ce qui a rendu cette démission spectaculaire – et surtout inattendue –, c’est qu’elle est intervenue un peu plus de douze heures seulement après la présentation d’une partie du nouveau gouvernement de Sébastien Lecornu. Ce dernier est alors devenu le Premier ministre le plus éphémère de la Ve République. Cet événement avait laissé craindre une nouvelle crise politique en France, comme elle en connaît depuis la dissolution de l’Assemblée nationale et les élections législatives anticipées. Sébastien Lecornu a toutefois été reconduit quatre jours plus tard comme chef du gouvernement par le président de la République et est parvenu à former un gouvernement qui a échappé, de peu, à une censure des députés de l’Assemblée nationale.
L’un des atouts qui lui a sans doute évité d’être renversé: une annonce de suspension de la réforme des retraites de 2023 dans la loi de financement de la Sécurité sociale (LFSS) pour 2026. Cette suspension reste toutefois limitée et ne remet pas en cause la réforme. La suspension court jusqu’au 1ᵉʳ janvier 2028.
Guerre au Moyen-Orient, canicules et incendies
Ce feuilleton politique permet par ailleurs de dresser un constat sans appel: depuis la réélection d’Emmanuel Macron en 2022, ce sont cinq premiers ministres qui se sont succédé. Et au-delà des crises, l’année 2025 est marquée par une série d'autres événements: le cambriolage spectaculaire du Louvre ou encore l’incarcération de l’ancien président français Nicolas Sarkozy — une première pour un ancien président de la République. Ce dernier est finalement libéré le 10 novembre 2025 dans l’attente de son procès en appel.
Informations relatives au vol par effraction survenu ce dimanche 19 octobre au musée du Louvre. pic.twitter.com/Qb1G8Jgg1w
Et comme cela ne suffisait pas, la France subit les conséquences de la guerre au Moyen-Orient — débutée par des frappes américano-israéliennes en Iran le 28 février 2026 — notamment au niveau des prix des carburants. Le prix du gazole avait même atteint un nouveau record en France, à près de 2,41 euros en moyenne. La crise réveille le souvenir des «Gilets jaunes». Des appels à relancer ce mouvement avaient d’ailleurs circulé dès septembre.
Parallèlement à la crise des carburants, le président français et le gouvernement doivent gérer une autre crise pendant l’été : la canicule et les incendies qui ravagent plusieurs régions de France, notamment la Gironde et les Landes. Aux termes d’un été caniculaire et marqué par une importante sécheresse, près de 100 000 hectares de forêt sont partis en fumée en France, un record en vingt ans de mesures satellitaires. Ces vagues de canicule ont également été meurtrières chez les humains. Le nombre de décès enregistrés entre janvier et août 2026 a légèrement augmenté par rapport à la même période en 2025, en raison d'un "été particulièrement meurtrier", le plus chaud jamais vécu par l'Hexagone depuis 1900, selon une étude de l'Insee diffusée jeudi 15 octobre. L'été 2026 a fait près de 8 000 morts en excès en France, selon des données provisoires des autorités sanitaires, diffusées mi-septembre.
Campagne présidentielle
Depuis plusieurs jours, les députés français examinent le projet de budget de l’État pour 2027. Les Parlementaires réussiront-ils à se mettre d’accord sans accroc? C’est la grande question.
Ce qui est sûr, en revanche, c’est qu’Emmanuel Macron présentera ses derniers vœux aux Français en tant que président lors de son allocution traditionnelle le 31 décembre prochain. L’occasion de faire le bilan de ses dix années à la tête de l’État et de passer en revue toutes les crises que la France a traversées durant cette période.
Il ouvrira ainsi la porte à 2027, année électorale — et donc cruciale. Le président Macron ne peut pas se représenter pour un troisième mandat consécutif à la tête du pays. Ce sera donc quelqu’un d’autre qui franchira, en mai prochain, les portes de l’Élysée. Reste à savoir à qui sera confié le trousseau de clés du bâtiment.
L’élection présidentielle se déroulera dans moins de six mois — le 18 avril pour le 1er tour et le 2 mai pour le second. D’ici là, qui sait si la France et la présidence d’Emmanuel Macron ne traverseront pas d’autres crises? Car cinq mois… c’est long.
Avec AFP