Le message adressé aux Iraniens est clair: c’est votre dernière chance. Vous n’avez aucun intérêt à vous engager dans une guerre qui dévasterait l’Iran.
Lundi, des délégations de haut rang d’Arabie saoudite, du Pakistan et de Turquie se sont rendues à Téhéran dans une ultime tentative diplomatique pour éviter une reprise des hostilités à grande échelle entre les États-Unis et l’Iran.
Téhéran a accueilli des représentants de ces trois puissances régionales, signataires du pacte de La Mecque, qui prévoit en principe qu’une attaque armée contre l’un de ses membres soit considérée comme une attaque contre tous. Mais les attaques des Houthis contre l’Arabie saoudite ont déjà mis en doute la crédibilité de cet accord, signé le 7 août.
L’analyste militaire et expert en sécurité Riad Kahwaji a déclaré à This is Beirut que les hauts responsables en visite à Téhéran cherchaient à empêcher un élargissement du conflit. Ces discussions, qui pourraient avoir des conséquences majeures, ont réuni lundi le ministre saoudien de la Défense, le prince Khaled ben Salmane, le chef de l’armée pakistanaise, le maréchal Asim Munir, et le chef des services de renseignement turcs, Ibrahim Kalin.
«Ils tentent de convaincre l’Iran d’accepter un accord avec les États-Unis», a déclaré M. Kahwaji. «Ce sont des puissances régionales influentes, désormais liées par un pacte de défense. Elles proposent à l’Iran une issue et lui apportent des garanties.»
Le général saoudien à la retraite Abdallah Kahtani a estimé que cette rencontre était une dernière tentative diplomatique pour éviter une guerre aux conséquences dévastatrices pour l’Iran et toute la région. «La guerre est imminente si rien n’est fait pour désamorcer la situation, mais le temps presse», a-t-il déclaré à This is Beirut.
M. Kahtani a précisé que les délégations voulaient adresser un «message clair et sincère» aux dirigeants iraniens: éviter une guerre qui embraserait l’Iran et toute la région. «Tout le monde en sortira perdant. Personne ne gagnera», a-t-il averti.
«Ils disent aux Iraniens que c’est leur dernière chance. Ils n’ont aucun intérêt à s’engager dans une guerre qui dévasterait l’Iran», a-t-il ajouté.
Cette initiative diplomatique intervient alors que les risques d’une reprise des hostilités à grande échelle entre Washington et Téhéran se précisent. Dans le même temps, les attaques des rebelles houthis au Yémen, soutenus par l’Iran, contre l’Arabie saoudite renforcent l’urgence des efforts visant à contenir les combats dans la région.
Le pacte de La Mecque comme moyen de pression
L’Arabie saoudite, le Pakistan et la Turquie cherchent à offrir à l’Iran des garanties de sécurité en échange de l’abandon de ses activités qui déstabilisent la région et alimentent les conflits. «Ils tentent de montrer à l’Iran que renoncer à son programme nucléaire et cesser de soutenir des groupes armés alliés ne signifierait pas pour autant s’affaiblir», a déclaré Riad Kahwaji.
L’analyste a évoqué les spéculations relayées par les médias selon lesquelles l’Iran pourrait, à terme, rejoindre le pacte de La Mecque s’il changeait de politique. «Ce pacte offre une autre voie, qui permettrait à l’Iran de devenir un pays comme les autres», a-t-il affirmé.
Abdallah Kahtani a expliqué que les délégations voulaient rassurer Téhéran: le pacte n’a pas pour but de menacer l’Iran ni de viser un autre pays, mais de favoriser la paix, la stabilité, la prospérité et les relations de bon voisinage. Il a toutefois souligné que l’Iran devait faire des concessions. Selon lui, Washington ne devrait pas assouplir ses exigences tant que Téhéran ne se sera pas engagé à mettre fin à son programme nucléaire.
Si l’Iran rejette l’offre des membres du pacte de La Mecque, M. Kahwaji estime que la rencontre de Téhéran leur fournira des arguments plus solides pour justifier auprès de leurs opinions publiques leur éventuelle implication dans une reprise du conflit. «Ils pourront dire qu’ils ont fait une dernière tentative et épuisé toutes les voies diplomatiques, mais que l’Iran a refusé cette possibilité», a-t-il expliqué.
Si le conflit devait s’étendre à nouveau à l’ensemble de la région, une attaque iranienne contre l’Arabie saoudite pourrait entraîner le Pakistan et la Turquie dans la guerre. «Ils devront respecter leurs engagements et prendront très probablement part aux combats», a estimé Riad Kahwaji.
Abdallah Kahtani s’est toutefois montré peu optimiste quant à la réponse de l’Iran à l’initiative des membres du pacte de La Mecque, au regard de la mentalité du régime iranien et de son comportement habituel.
De son côté, Riad Kahwaji a également exprimé peu d’espoir de voir l’Iran accepter cette initiative diplomatique. Il a décrit la rencontre de Téhéran comme une ultime tentative des membres du pacte de La Mecque, qui «savent que ce qui les attend pourrait être considérable».