Le dossier de l’EDL ne se prête plus au populisme. Il y a des décisions concrètes à prendre pour soustraire le pays à la menace permanente de sombrer dans un black-out.

Le Conseil d’administration d’Électricité du Liban (EDL) a décidé de couper le courant aux administrations et établissements publics ainsi qu’aux offices autonomes, y compris les offices des eaux, qui n’ont pas réglé leurs factures malgré plusieurs mises en demeure. Les hôpitaux gouvernementaux sont toutefois exemptés de ces coupures pour des raisons humanitaires. La mesure prendra effet le 2 novembre prochain.

L’ardoise est considérable: près de 300 millions de dollars d’arriérés de paiement dont 49 millions de dollars représentent les exemptions des habitants du sud. Ces créances correspondent à des factures émises entre le 1er novembre 2022 et le 30 juin 2026, calculées sur la base du nouveau tarif adopté sous le mandat de Walid Fayad, alors ministre de l’Énergie.

Ce relèvement tarifaire, pourtant conséquent, est passé comme une lettre à la poste. Un silence pour le moins étonnant au regard de son impact sur les factures d’électricité.

Un compromis pour éviter le pire aux citoyens et au pays

Aux dernières nouvelles, le ministre des Finances, Yassine Jaber, a transmis au Parlement un projet de loi visant à ouvrir un crédit de 100 millions de dollars, prélevé sur les réserves budgétaires de 2026, afin d’aider les administrations publiques à régler leurs factures impayées auprès d’Électricité du Liban (EDL).

L’article 26 de la loi sur la comptabilité publique, consacré aux réserves budgétaires, prévoit la possibilité d’ouvrir des crédits pour faire face à des dépenses imprévues.

Où sont les plans B des administrations publiques?

Interrogée par Ici Beyrouth sur les conséquences néfastes qu’aurait une coupure d’électricité pour le quotidien des citoyens — arrêt du pompage de l’eau, interruption des connexions à Internet et des lignes téléphoniques fixes, blocage de certaines formalités administratives, notamment le paiement des taxes —, une source au sein d’EDL balaie l’argument: «Il s’agit d’un faux problème.»

Selon cette source, le Conseil d’administration d’EDL est chargé de gérer le secteur de l’électricité et n’a pas vocation à se substituer aux autres administrations publiques. Elle pose dès lors une question: où sont les plans B de ces administrations pour assurer la continuité de leurs services?

EDL poursuit son objectif d’équilibre financier

Selon la source précitée, EDL s’emploie à assainir ses finances afin d’assurer sa pérennité. Il ne s’agit pas de rechercher une rentabilité commerciale, qui n’est pas nécessairement la vocation d’un service public, mais de couvrir les coûts liés à son fonctionnement.

Le tarif payé par l’usager doit ainsi permettre de financer l’exploitation du service, l’entretien des équipements et les investissements nécessaires (Recouvrement des coûts). Pour un organisme public, cette approche vise également à limiter les pertes chroniques et la dépendance aux transferts de l’État. Comme ce fut le cas pendant les dernières décennies.

Dans ce contexte, la tarification par tranche de consommation d’énergie devrait rester en vigueur afin de permettre un accès au courant électrique aux ménages à revenus limités.

Factures d’EDL: qui a payé, qui reste débiteur?

L’armée libanaise a été la première entité publique à régler ses arriérés auprès d’EDL, en août dernier, pour un montant de 11,4 millions de dollars. Parmi les autres entités qui se sont acquittées de leurs dettes figurent plusieurs branches de la Banque du Liban (BDL), l’Institut de recherche industrielle, le Centre des archives nationales, ainsi que les municipalités de Bikfaya, Hadath, Hasbaya et Qab Elias.

À l’inverse, plusieurs organismes publics affichent des arriérés particulièrement élevés. L’Office des eaux du Sud et ses antennes cumulent ainsi des montants de 88 millions. La Direction générale de l’aviation civile figure également parmi les entités débitrices avec 22 millions de dollars, de même que les hôpitaux publics, qui restent pour le moment exemptés des coupures d’électricité. Parmi ces derniers, l’hôpital Rafic Hariri présente la dette la plus élevée, à hauteur de 5,44 millions de dollars.

Du côté des municipalités, celle de Sohmor arrive en tête avec des arriérés de 1,7 million de dollars. Le ministère des Télécommunications figure également parmi les débiteurs, avec des montants impayés dans tous les mohafazats de l’ordre de 7,36 millions de dollars.