À deux jours des élections législatives israéliennes, prévues mardi, le président américain Donald Trump a appelé dimanche les électeurs à voter pour le Premier ministre sortant Benjamin Netanyahou, mettant en avant la guerre menée conjointement par Israël et les États-Unis contre l’Iran comme exemple de «victoire commune». Ce soutien intervient alors que le chef du gouvernement affronte une opposition qui promet de tourner la page de ses trois décennies sur la scène politique.
«Lorsque vous irez voter, n'oubliez pas que Bibi a été un Premier ministre guerrier exceptionnel», a écrit Donald Trump sur son réseau social Truth Social, en référence à Benjamin Netanyahou, dont il a salué le rôle dans la guerre contre Téhéran.
Le président américain a ainsi placé le conflit avec l’Iran au cœur de son appel électoral, à l’instar du Premier ministre israélien, qui a axé sa campagne sur la sécurité et présenté la menace iranienne comme un enjeu déterminant du scrutin. Donald Trump a publiquement soutenu la candidature de son allié israélien, qui revendique les résultats de l’offensive menée depuis février contre l’Iran.
https://truthsocial.com/@realDonaldTrump/posts/117504022227510179
Netanyahou mise sur la sécurité
Sur la chaîne privée 14, qui lui est favorable, Benjamin Netanyahou a de nouveau accusé ses adversaires de vouloir créer un État palestinien, ce qui constituerait, selon lui, «une catastrophe pour Israël». Tout au long de la campagne, des affiches à son effigie ont été placardées dans le pays avec le slogan: «Soit la droite, soit la Palestine».
Le Premier ministre a également mis en avant les résultats de la guerre contre l’Iran, affirmant que l’essentiel du travail avait été accompli. «Nous avons accompli 90% du travail, il en reste 10%. Qui va s'en charger? Eisenkot et les Frères musulmans? Non. Moi seul peux le faire», a-t-il lancé.
Plus tôt dimanche, il avait publié une image générée par intelligence artificielle montrant un champignon atomique engloutissant ce qui semble être Tel-Aviv. Le texte accompagnant l’image présentait l’Iran comme une menace existentielle éclipsant les autres enjeux électoraux.
Eisenkot promet de rassembler le pays
Face à lui, Gadi Eisenkot a consacré son dernier meeting de campagne, dimanche à Tel-Aviv, à un appel à l’unité nationale. Devant plusieurs centaines de partisans, l’ancien chef d’état-major, dont le bloc est donné au coude-à-coude avec celui de Benjamin Netanyahou, a promis de réconcilier un pays profondément divisé.
«Notre objectif n'est pas qu'un camp l'emporte sur l'autre», a-t-il déclaré. «Nous travaillerons à rassembler à nouveau tous les Israéliens, ceux qui ont voté pour nous et ceux qui ne l'ont pas fait.»
S’adressant directement aux électeurs du Likoud, le parti de Benjamin Netanyahou, il a affirmé: «Au fond de vous, vous savez vous aussi qu'Israël ne peut pas continuer ainsi.»
Gadi Eisenkot a réaffirmé son engagement en faveur de la sécurité et de l’économie, tout en promettant de rompre avec la gouvernance de son rival. «Je vous regarderai toujours dans les yeux et vous dirai la vérité. J'assumerai la responsabilité tant des succès que des échecs, car c'est ça le véritable leadership», a-t-il assuré.
Il impute à Benjamin Netanyahou une part de responsabilité dans les défaillances sécuritaires ayant permis l’attaque du Hamas du 7 octobre 2023 et s’est engagé à créer une commission d’enquête indépendante sur ces événements.
Lui aussi opposé à la création d’un État palestinien, Gadi Eisenkot promet en revanche de réprimer les violences commises par des colons israéliens contre les Palestiniens en Cisjordanie occupée. Il accuse également le Premier ministre d’instrumentaliser la menace iranienne. «Vous avez une fois de plus échoué de manière spectaculaire et flagrante à atteindre les objectifs de guerre que vous vous étiez vous-même fixés», lui a-t-il reproché samedi sur X.
L’opposition dénonce la campagne de Netanyahou
Yaïr Lapid, figure de l’opposition qui a promis de s’allier à Gadi Eisenkot, a lui aussi dénoncé la mise en scène atomique du Premier ministre. «Cet homme a perdu les pédales. Nous devons impérativement le renvoyer chez lui», a-t-il déclaré.
Sur le terrain, certains électeurs d’Eisenkot mettent en avant leur besoin de confiance et d’unité après des années de divisions. «J'ai le sentiment qu'il est un pilier pour nous (...) c'est quelqu'un en qui je peux avoir confiance», confie à l’AFP Yael Shkedi, créatrice de bijoux de 66 ans. «Au milieu de tout ce chaos, ce qui compte vraiment pour moi, c'est ce sentiment d'avoir quelqu'un capable, d'une manière ou d'une autre, de rassembler tout le monde, un peu comme une figure paternelle.»
«Nous avons besoin de quelqu'un aux valeurs duquel nous pouvons réellement croire», affirme de son côté Chen Sharon, réserviste travaillant dans les hautes technologies.
À la veille du scrutin, le soutien renouvelé de Donald Trump renforce la place de la guerre contre l’Iran dans la campagne de Benjamin Netanyahou, tandis que Gadi Eisenkot tente de mobiliser les électeurs autour de la responsabilité politique, de la sécurité et de la réconciliation nationale.
Avec AFP