Les Israéliens éliront le 27 octobre leur 26e Knesset, lors du premier scrutin national depuis l’attaque du Hamas du 7 octobre 2023. Benjamin Netanyahou brigue un nouveau mandat face à l’ancien chef d’état-major Gadi Eisenkot dans une course que les sondages donnent au coude-à-coude. Les électeurs placent le coût de la vie au même rang que la sécurité, et une large majorité d’électeurs juifs réclame une commission d’enquête sur le 7 octobre et la conscription des ultraorthodoxes. 

Deux priorités presque à égalité

Selon un sondage de la radiotélévision publique Kan publié le 18 octobre et rapporté par le Jerusalem Post, 34% des électeurs israéliens citent l’économie comme leur principale préoccupation, contre 32% pour la sécurité nationale. L’enquête mensuelle de l’Israel Democracy Institute (IDI), réalisée du 31 août au 3 septembre auprès de 755 personnes, aboutit à un équilibre comparable chez les électeurs juifs. 39% d’entre eux placent la position des partis sur les affaires étrangères et la sécurité au premier ou au deuxième rang de leurs critères de vote, et 38% celle sur l’économie et le coût de la vie.

Cette égalité occulte une ligne de fracture partisane. D’après Kan, 45% des électeurs proches de la coalition sortante font de la sécurité leur priorité, tandis que 41% des électeurs de l’opposition mettent en avant l’économie et le coût de la vie. Seuls 19% des premiers privilégient l’économie, et 28% des seconds la sécurité.

L’IDI affine ce découpage. La sécurité n’arrive en tête qu’à droite, avec 47%. Au centre, l’économie domine (40,5%), suivie de la conscription (34%), et la sécurité ne vient qu’en quatrième position. À gauche, la question des rapports entre religion et État occupe la première place (39%).

La vie chère malgré la croissance

Le poids de l’économie peut surprendre au regard des indicateurs. Selon Al Jazeera, le chômage s’établit à 2,8% et l’inflation à 1,5%. Les prix alimentaires ont toutefois progressé de 8% entre le début de 2024 et la mi-2026, selon l’association de consommateurs Lobby 99, citée par la chaîne qatarie.

«Les gens s’inquiètent de l’économie, mais moins de la situation macroéconomique que de leur situation personnelle, en particulier du coût de la vie», a expliqué à Al Jazeera Ayal Kimhi, vice-président du Shoresh Institution for Socioeconomic Research. L’économiste estime néanmoins que la sécurité domine le débat public et que l’économie ne devrait pas jouer un rôle majeur dans le vote. 

Les finances publiques sont elles aussi sous pression. Benjamin Netanyahou défend un budget de la défense de 183 milliards de shekels (environ 59 milliards de dollars), soit environ 9% du produit intérieur brut et deux fois et demie le niveau antérieur au 7 octobre 2023, selon la même source.

Conscription et commission d’enquête

Deux revendications concrètes rassemblent une large majorité d’électeurs juifs. Selon l’Israeli Voice Index de septembre de l’IDI, rapporté par le Times of Israel, 71% d’entre eux souhaitent que le prochain gouvernement crée une commission d’enquête de haut niveau sur le 7 octobre. Ils sont 72% à réclamer une loi de conscription égalitaire visant la communauté ultraorthodoxe (haredi). 

Le gouvernement sortant a jusqu’ici refusé les deux mesures. En juillet, 67% des sondés s’opposaient à la loi suspendant l’arrestation des déserteurs, d’après le Jerusalem Post.

Le 7 octobre reste un facteur central du vote pour 68% des électeurs juifs, selon l’enquête d’août de l’IDI. La proportion tombe à environ un quart chez les haredim. Cet électorat se tient à rebours du reste de la population juive. Lors d’une enquête de l’IDI de novembre 2024, 61% des haredim défendaient le statu quo sur le service militaire, et 20% seulement acceptaient une forme de conscription.

L’opposition a d’ailleurs concentré sa campagne sur l’échec du 7 octobre et sur les privilèges des ultraorthodoxes, en se gardant de critiquer les choix militaires du gouvernement.

La criminalité, priorité de l’électorat arabe

Chez les citoyens arabes, qui représentent environ un cinquième de la population, le classement diffère nettement. L’IDI relève que 53,5% d’entre eux placent la position des partis sur la criminalité dans la société arabe au premier ou au deuxième rang, devant l’économie (46%). Au moins 175 citoyens arabes ont été tués dans des violences criminelles depuis le début de l’année, selon l’organisation Abraham Initiatives citée par l’AFP.

La participation de cet électorat, traditionnellement plus faible, pourrait peser. Une enquête du Moshe Dayan Center de l’université de Tel-Aviv, publiée en mai, l’estimait à 53%. Elle pouvait atteindre 67% si les quatre partis arabes se réunissaient de nouveau au sein de la Liste commune. Ce scénario ne s’est pas réalisé. En août, Hadash, Ta’al et Balad ont reconstitué la Liste commune, tandis que Ra’am a choisi de se présenter seul. 

Ra’am et la Liste commune ont pu maintenir leur candidature. Le 2 octobre, la Cour suprême a annulé à l’unanimité leur exclusion, votée le 23 septembre par la Commission électorale centrale.

Kan crédite le bloc mené par Gadi Eisenkot de 52 sièges, contre 51 pour la coalition sortante, loin des 61 nécessaires à une majorité. Environ 30% des électeurs se disent encore indécis, tandis que 39% affirment que rien ne les fera changer d’avis.