À l’approche de l’hiver, 19,2 millions d’Afghans pourraient être confrontés à une insécurité alimentaire aiguë d’ici avril 2027 a alerté mardi le Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires (Ocha).
«Durant la période de soudure hivernale, qui s'étend de novembre à avril, le nombre de personnes confrontées à une insécurité alimentaire aiguë devrait atteindre 19,2 millions», a annoncé à la presse, à Genève depuis Kaboul, Olga Cherevko, porte-parole d'Ocha en Afghanistan.
«Parmi elles, cinq millions devraient être exposées à des niveaux de faim correspondant au stade d'urgence», soit «à deux doigts de la famine», a-t-elle encore alerté.
Le pays est touché par une grave crise, alimentée par la baisse de l’aide humanitaire, le chômage persistant, la hausse des prix des denrées alimentaires et des coûts de transport, et le retour de plus d’1,2 million d’Afghans dans le pays. L’Afghanistan a également été frappé par des catastrophes naturelles comme des séismes meurtriers l’année dernière, ou plusieurs désastres climatiques cette année.
Selon le Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC) entre septembre et octobre, 15,9 millions de personnes ont été ou sont confrontées à une insécurité alimentaire aiguë atteignant le niveau «crise» ou pire. Ce chiffre inclut déjà 3,4 millions de personnes vivant dans des conditions relevant du niveau d'«urgence».
Malnutrition infantile
Selon l’IPC, le nombre de provinces afghanes confrontées à des niveaux critiques de malnutrition est passé de 7 en 2025 à 10 en 2026 et devrait atteindre 14 en 2027, soit plus d’un tiers des provinces du pays. La forme la plus sévère de malnutrition aiguë progresse également très rapidement.
Ainsi, «plus de quatre millions d’enfants, âgés de six mois à cinq ans, auront besoin d’un traitement contre la malnutrition aiguë l’année prochaine», prévient Olga Cherevko.
«Ces chiffres correspondent à des enfants dont les parents n’ont pas les moyens d’acheter une alimentation nutritive, et à des familles dont les capacités de résilience ont été érodées par des années de conflit, de difficultés économiques, de sécheresse et d’autres chocs», a-t-elle expliqué.
La situation est aggravée par le fait qu'environ un tiers des centres de nutrition à travers le pays ont fermé leurs portes ou suspendu leurs services, «en grande partie en raison de coupes budgétaires». «Une fois ces services disparus, les conséquences pourraient être irréversibles, en particulier pour les enfants», a indiqué la porte-parole.
Selon elle, «cette crise ne se résume pas à la simple disponibilité de la nourriture ; elle porte sur la capacité des populations à se la procurer, à générer des revenus, à accéder aux services de base, et sur leur aptitude à faire face au prochain choc».
Les familles afghanes peinent en effet à avoir une alimentation suffisamment diversifiée et nutritive, pour favoriser la croissance des enfants, et à accéder à l’eau potable. Près de la moitié des ménages afghans ont ainsi du mal à accéder à une eau suffisante et salubre. Cela augmente les risques d’épidémies de diarrhée, de rougeole et d’autres maladies pourtant évitables.
Agir avant l’hiver
Face à l’ampleur des besoins, les organisations humanitaires appellent à renforcer l’aide alimentaire et les programmes de prévention et de traitement de la malnutrition avant l’arrivée de l’hiver. Mais les financements insuffisants limitent leur capacité d’intervention. «Il est impératif d’agir avant l’hiver, plutôt que d’attendre que les familles aient épuisé toutes leurs ressources», a ainsi exhorté Olga Cherevko.
Selon le Programme alimentaire mondial (PAM), l’agence onusienne ne peut actuellement venir en aide qu’à deux millions de personnes par mois en Afghanistan, contre quatre millions lors de l’hiver précédent.
Le PAM estime avoir besoin de 540 millions de dollars pour poursuivre ses opérations jusqu’en janvier 2027. De son côté, le plan de réponse humanitaire de l’ONU pour 2026 nécessite 1,71 milliard de dollars. Fin août, moins d’un tiers de cette somme avait été reçu, selon l’Ocha.
Au-delà de l’urgence alimentaire, les agences onusiennes plaident pour des investissements durables dans l’agriculture, l’accès à l’eau et les moyens de subsistance, afin de permettre aux familles de mieux résister aux crises successives.