Le chef de la diplomatie américaine Marco Rubio a plaidé lundi à Samarcande, en Ouzbékistan, pour des partenariats renforcés avec les pays d'Asie centrale et assuré que les États-Unis comptaient bien y renforcer leur présence, dans un mélange de diplomatie et de commerce.

Arrivé la veille au soir à Samarcande, ville emblématique de la Route de la Soie, naguère au carrefour du commerce entre l'Asie, l'Europe et le Moyen-Orient, M. Rubio a visité la célèbre place du Registan, avant de participer dans un centre de congrès de la ville à une série de réunions bilatérales et conjointes avec les pays du C5, qui comprend le Kazakhstan, le Kirghizstan, le Tadjikistan, le Turkménistan et l'Ouzbékistan.

«Les États-Unis souhaitent être un partenaire fort en Asie centrale», a-t-il déclaré à des journalistes l'accompagnant, avec en toile de fond l'ancienne Madrasa devenue site touristique classé par l'Unesco.

Il a mis en avant la présence à Samarcande d'une délégation commerciale de près de «300» entreprises américaines, donnant «l'occasion de signer des milliards de dollars de contrats».

Interrogé par l'AFP pour savoir si cela avait pour objectif de contrer l'influence chinoise grandissante dans la région, il a répondu : «C'est une compétition».

«Nous avons des produits, nous avons des entreprises, elles fabriquent des choses, et nous voulons simplement une concurrence loyale et avoir notre chance. Il n'y a aucun endroit au monde où nous estimons que les États-Unis et les entreprises américaines ne devraient pas avoir la possibilité de rivaliser à armes égales», a-t-il déclaré, réfutant l'idée que ce rapprochement visait à contrer des pays tiers.

L'objectif affiché de cette tournée éclair en Asie centrale, qui l'amènera aussi en Inde mardi et mercredi, est de parler diplomatie et affaires.

Mais elle intervient en pleine guerre en Ukraine et en Iran, donnant l'impression que M. Rubio, qui est également conseiller à la sécurité nationale, un poste clé, délaisse les dossiers chauds du moment, qui plus est en pleine campagne électorale aux États-Unis.

Interrogé sur le regain de tensions avec l'Ukraine, le secrétaire d'État américain a affirmé, lors de cette même conférence de presse, qu'il n'y avait eu «aucune pause» dans le partage de renseignements avec Kiev, tout en appelant le président ukrainien Volodymyr Zelensky à «se concentrer» sur la manière de «mettre fin à la guerre».

Dans la délégation américaine figure l'envoyé spécial du président Donald Trump pour l'Asie centrale et du sud, Sergio Gor, qui est également ambassadeur des États-Unis en Inde et est né à Tachkent, la capitale ouzbèke.

Le président américain avait accueilli en novembre de l'année dernière à la Maison-Blanche les dirigeants de ces cinq ex-républiques soviétiques encore largement autoritaires.

Pékin en embuscade

L'Asie centrale est vaste comme l'Union européenne mais peuplée d'environ 80 millions d'habitants seulement, et dotée d'immenses réserves de matières premières.

«On s'est préparé à (cette visite) depuis des mois et cela représente une formidable occasion de renforcer la présence des États-Unis dans une région vitale du monde», déclarait vendredi un haut responsable américain sous couvert d'anonymat pour parler du voyage.

Ces pays d'Asie centrale demeurent liés à Moscou par des réseaux énergétiques, migratoires et sécuritaires, mais l'influence russe s'érode depuis le début de la guerre en Ukraine, notamment au profit de la Chine.

Pékin est le principal partenaire commercial de toutes les républiques d'Asie centrale. Les entreprises chinoises signent un nombre croissant d'accords dans le secteur de l'énergie, cherchant par exemple à s'approvisionner en gaz naturel au Turkménistan, en uranium au Kazakhstan et en terres rares au Tadjikistan.

Les États-Unis ont également fait des minéraux critiques et de la diversification énergétique des axes majeurs de leur politique étrangère.

Après l'Ouzbékistan, M. Rubio doit se rendre mardi soir en Inde, pour sa seconde visite officielle dans ce pays après son voyage en mai dernier à Delhi et Calcutta.

Par Léon BRUNEAU / AFP