Alliés de l’Arabie saoudite et signataires du pacte de La Mecque, la Turquie et le Pakistan n’ont pas encore mobilisé l’ensemble des moyens militaires susceptibles de renforcer la défense du royaume face aux attaques des Houthis. Signé le 7 août et activé le 5 octobre dernier, l’accord, fondé sur le principe de la défense collective, n’a pas encore donné lieu à un engagement militaire à la hauteur de ce qu’il pourrait permettre. Pourquoi?
Ankara attend encore le feu vert parlementaire
S’il est vrai que la Turquie apporte déjà une assistance à l’Arabie saoudite, elle n’a pas annoncé de déploiement supplémentaire de forces au titre du pacte. Ankara fournit notamment des équipements militaires, des systèmes de défense aérienne et du renseignement, tout en apportant un soutien à la planification stratégique et à la logistique. Le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, a d’ailleurs insisté sur le caractère défensif de l’accord, excluant que celui-ci serve de prétexte à l’envoi de troupes turques dans un autre pays pour y mener des opérations offensives.
La coopération reste donc principalement bilatérale, dans l’attente de la ratification de l’accord par le Parlement turc. Le 12 octobre, le président Recep Tayyip Erdogan a annoncé que le texte serait soumis aux députés dans les jours suivants. Au 16 octobre, aucune ratification n’avait été annoncée publiquement.
Cette étape compte sur le plan juridique. L’article 90 de la Constitution turque prévoit en principe une approbation parlementaire des traités internationaux avant leur ratification par le président, sous réserve des exceptions prévues par la Constitution. L’article 92 encadre, quant à lui, l’autorisation d’envoyer des forces armées à l’étranger.
La procédure parlementaire n’empêche pas Ankara de poursuivre son assistance technique et sa coopération bilatérale avec Riyad. Elle constitue néanmoins une étape importante pour l’institutionnalisation de sa participation au pacte.
Islamabad s’appuie sur des forces déjà présentes
La situation pakistanaise est différente. Islamabad affirme que ses militaires sont présents en Arabie saoudite depuis plusieurs décennies, dans le cadre d’accords antérieurs. Cette présence constitue une base de coopération, mais elle complique l’évaluation de ce que le pacte ajoute réellement aux engagements existants.
Le 9 octobre, le porte-parole du ministère pakistanais des Affaires étrangères, Tahir Andrabi, a indiqué que les déploiements en Arabie saoudite reposaient sur le cadre juridique déjà en vigueur. Il a, en outre, rejeté les informations faisant état d’une participation d’avions pakistanais à des frappes contre les Houthis et réaffirmé que l’accord était défensif, sans vocation à servir de fondement à des opérations offensives au Yémen.
Islamabad n’a toutefois publié aucun bilan permettant de distinguer les effectifs déjà présents dans le royaume des renforts éventuellement mobilisés depuis la signature du pacte. Les autorités n’ont pas davantage précisé les capacités supplémentaires qui pourraient être engagées ni le calendrier de leur déploiement. Cette absence de données ne signifie pas qu’aucun renfort n’est prévu, mais elle empêche de mesurer la portée militaire réelle de la contribution pakistanaise.
Une alliance défensive, pas un blanc-seing pour intervenir
La prudence des deux partenaires s’explique aussi par la nature même de l’accord. Ankara et Islamabad insistent sur son caractère défensif et affirment qu’il ne vise aucun pays en particulier. Ils invoquent le droit à la légitime défense individuelle et collective consacré par l’article 51 de la Charte des Nations unies.
Cette prise de position fixe donc une limite politique au pacte. La solidarité promise à Riyad n’implique pas que les trois armées doivent participer de manière identique à toute opération, ni qu’elles sont automatiquement tenues de rejoindre une offensive au Yémen. Elle ne permet pas, non plus, de déterminer les effectifs appelés à être déployés, ni les équipements prévus, ni le calendrier de leur mise en place, même si la commission politique et de défense des trois pays a nommé le général pakistanais à la retraite, Nauman Mahmood, au poste de premier secrétaire général de l’alliance, pour un mandat de trois ans. Le texte renvoie, en effet, aux arrangements convenus entre les trois États et à leurs législations nationales, sans préciser qui commanderait les forces engagées ni selon quelles procédures leur intervention serait autorisée.
Ainsi, si l’alliance est aujourd’hui activée sur le plan politique, les déclarations d’intention n’ont pas encore été suivies d’un engagement militaire clairement défini.